Les garçons, vous allez en cours. Les filles, vous participez à une activité exceptionnelle aujourd’hui : vous allez nettoyer les toilettes et éplucher les pommes de terre."

Telle est l’injonction qui a été formulée à l’adresse d’une poignée d’élèves de troisième secondaire issus du collège Saint-Pierre de Jette et de l’athenée de Lokeren. Immédiatement, les filles se réjouissent d’échapper aux équations du second degré et autres joies de la mathématique pour se rendre en cuisine et aux alentours. Les garçons protestent et déclarent trouver cela "totalement injuste". Une plainte qui sera rapidement revue et corrigée lorsque, après plus d’une heure d’ouvrage, les filles commencent à se révolter : "C’est dégueulasse. Pourquoi faisons-nous cela ?" s’exclament-elles. "Parce que vous êtes des filles", leur répond-on.

Cette capsule vidéo bilingue sous-titrée en anglais d’un peu plus de deux minutes tournée à l’initiative de l’ONG Plan Belgique - avec l’autorisation des parents et de la direction des deux écoles concernées - vise à susciter le débat autour de la question cruciale qu’est l’accès des jeunes filles à l’éducation et à l’enseignement.

Dans cette optique, et pour la première fois, le monde reconnaît leur potentiel et célèbre ce jeudi 11 octobre 2012 la journée mondiale de la fille. Concrètement, le sixième rapport de Plan - coalition internationale regroupant pas moins de 68 pays - intitulé "Parce que je suis une fille : apprendre pour la vie" sera présenté ce jeudi aux décideurs des Nations unies, à New-York. "Cela fait six années déjà que nous travaillons à la lutte contre la discrimination envers les jeunes filles. Qu’il s’agisse du droit à venir au monde, de l’accès aux soins de santé, des mariages précoces ou des violences physiques et verbales", déclare-t-on du côté de Plan Belgique.

Cette année, c’est donc l’éducation des jeunes filles, plus particulièrement lorsqu’elles atteignent l’adolescence, qui est au cœur du débat. "A ce stade de leur vie, leur rôle domestique et reproductif commence à dominer leur vie, aux dépens de leur éducation." Dans le monde, pas moins de 75 millions de filles, soit une sur trois, ne terminent pas leurs études secondaires. Parmi lesquelles 35 millions ne sont même pas arrivées sur les bancs de l’école primaire. En cause donc : la pauvreté, la violence et la discrimination. "Cette situation est non seulement totalement injuste, mais constitue un énorme potentiel perdu pour les pays du Sud. Si une jeune fille est éduquée, qu’elle est allée à l’école pendant neuf ans au minimum - six en primaire, trois en secondaire - qu’elle travaille et qu’elle contribue à la bo nne santé du ménage, cela aura des effet s bénéfiques sur l’économie du pays. Cela brisera, à terme, le cycle de pau vreté " , estime-t-on dans les rangs de l’organisation non gouvernementale. L’objectif de Plan International : scolariser quatre millions de jeunes filles dans le monde d’ici 2016.

Ainsi, ce jeudi à New York, des représentants de Plan Belgique - dont l’actrice Marie Gillain et le "bekende vlaming" Koen Wauters sont les ambassadeurs - ainsi que ceux des 67 autres pays de la Coalition appelleront symboliquement le monde entier à lever la main au nom du droit des filles à l’éducation. Désormais, on veillera à ne pas confondre la journée mondiale de la femme, consacrée tous les 8 mars, de celle de la fille, célébrée le 11 octobre.