La Belgique doit développer sa propre "machine de propagande" pour combattre celle de l'organisation terroriste Etat islamique, a préconisé lundi le directeur de l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (Ocam), Paul Van Tigchelt, devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats. 

Pour endiguer la radicalisation des jeunes, supprimer les contenus ne suffit pas, il faut favoriser la diffusion de la parole des "forces positives" de la société civile, que ce soit en ligne ou dans les mosquées, clubs, écoles, etc., recommande-t-il. Les médias sociaux sont un élément primordial dans la stratégie de recrutement de l'organisation Etat islamique, mais "nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur la suppression des contenus", a expliqué M. Van Tigchelt.

L'Organe a constaté que l'objectif du groupe djihadiste était désormais d'inciter des "homegrown terrorist fighters" (HTF) à passer à l'acte chez eux plutôt que de recruter des combattants pour l'étranger (foreign terrorist fighters, FTF). La communication de l'EI, qui passait davantage par de la propagande via les médias sociaux comme Facebook, se fait dès lors plus via des canaux que l'Ocam n'est pas en mesure de décrypter, comme Whatsapp ou Telegram. "Nous ne devons pas pouvoir tout lire, mais nous avons besoin de la collaboration des grandes entreprises et fournisseurs internet" pour accéder techniquement aux données juridiquement utiles, souligne son directeur.

Interrogé sur son éventuelle opportunité, M. Van Tigchelt ne pense pas que la création d'un grand service centralisé de surveillance des médias sociaux soit une option intéressante. "Ce serait très difficile à mettre en place, et ces médias ont une implication dans des types de criminalité très variés, une bonne collaboration entre les services est donc plus importante."

Pour mener à bien sa mission, l'Ocam a été renforcé et continue à recruter. Six personnes de l'unité R de prévention du radicalisme ont été mises à disposition de l'Organe, où elles ont rejoint une équipe de six autres personnes pour remplir des tâches opérationnelles, ce qui est une nouveauté pour l'Ocam, a pointé son directeur.

Les HTF constituant désormais la menace principale, M. Van Tigchelt a aussi indiqué qu'un cadre juridique était en cours d'élaboration afin que les suspects puissent être intégrés à la base de données qui ne concerne pour l'instant que les FTF.