"Est-ce ainsi que les hommes vivent. Et leurs baisers au loin les suivent…" A cet instant, solennel, terrible, où le président Philippe Morandini intime à Bernard Wesphael de se lever, ces paroles d’Aragon chantées par Léo Ferré résonnent dans la tête de l’accusé. Il vient de les écouter, avec sa fille Saphia, dans la voiture qui le conduit vers le palais de justice de Mons.

L’audience a repris à 16 h 31. C’est l’heure du verdict pour l’ex-député wallon poursuivi pour le meurtre de son épouse, Véronique Pirotton, dans la chambre 602 de l’hôtel Mondo à Ostende. On le sent au bord de l’écroulement. Me Jean-Philippe Mayence s’approche de son client, lui parle, tente de le détendre. Lui aussi doit avoir une boule dans le ventre. Me Tom Bauwens, l’autre avocat de la défense, les traits tirés, l’air claqué, les rejoint.

Renfrogné, l’avocat général, Alain Lescrenier, a sa tête des mauvais jours.

"Non" en réponse à la seule question

Dans la salle, la tension est palpable - on peut la toucher du doigt. Une porte claque et tout le monde sursaute. Devant, sur le banc où les témoins se sont succédé, la famille de Véronique, la victime, se serre. Derrière, à bonne distance, les proches de Bernard, l’accusé, se tiennent les mains.

Les douze jurés, juges citoyens, ont repris leur place. Impassibles : rien ne permet de deviner dans quel sens ils ont tranché la seule question qui leur était posée : Bernard Wesphael est-il coupable, oui ou non, d’avoir, volontairement et avec intention de donner la mort, commis un homicide sur la personne de Véronique Pirotton ?

"La réponse est non", déclare le président Morandini. L’accusé est acquitté. "Oooh…" Au fond de la salle, un cri étouffé, mais on ne sait pas de qui. Bernard Wesphael se prend le visage entre les mains. C’est fini. Cette attente interminable, ces heures où on a déballé sa vie, ses amours, ses travers. Cette incertitude sur les jours, les années à venir.

La défense a gagné sur toute la ligne

Le jury a répondu non "malgré l’existence d’éléments troublants", poursuit le président : la position du corps de la victime; l’existence et l’emplacement du sac en plastique; la présence de nombreuses lésions sur le corps de la victime; les bruits entendus par plusieurs voisins et l’attitude de Bernard Wesphael immédiatement après les faits.

Pour le jury, l’enquête et les éléments développés lors des débats ne permettent pas d’établir la culpabilité de Bernard Wesphael. La motivation est cinglante pour l’instruction et le ministère public. "L’absence de vérification aboutie de certains indices" et "le caractère incomplet des éléments présentés par l’accusation" (la présence de fibres et de traces biologiques retrouvées à différents endroits) ne permettent pas de valider la thèse de l’étouffement. Les jurés, visiblement très attentifs, ont relevé que le petit coussin d’ornement, vert, qui se trouvait sur le lit présentait aussi des traces de salive de Véronique - c’est dans le dossier.

Bernard Wesphael pleure. Les lésions sur le corps de la victime peuvent être expliquées par l’effet des médicaments absorbés et les manœuvres de réanimation, continue le président. Enfin, tous les experts sont unanimes : l’intoxication alcoolo-médicamenteuse ne peut être exclue comme cause de la mort de Véronique Pirotton. "Il existe donc un doute raisonnable qui doit profiter à l’accusé", conclut Philippe Morandini. La défense a gagné sur toute la ligne.

Bernard Wesphael tombe dans les bras de ses avocats.