«L'Université de Bruxelles devrait sérieusement reconsidérer son appellation car il semble que la liberté de pensée et d'expression s'y portent mal, du moins dans certaines sections où cette liberté n'est apparemment reconnue qu'à certains». Il n'y était pas allé avec le dos de la cuillère, le Pr Alan Dershowitz, éminent théoricien et praticien du droit à l'université de Harvard dans une interview publiée sur le site de l'Atlantis Institute, un think tank indépendant aux thèses souvent très libérales.

Le juriste de Harvard entendait ainsi réagir, avant d'émettre toute autre réflexion, à un incident à l'encontre d'une étudiante juive rapporté par son intervieweur Joël Rubinfeld. Selon ce dernier, voici deux ans, une étudiante juive de l'Ecole de Commerce Solvay se serait fait traiter de «You bloody Jew!» lors d'un cours d'anglais par un professeur qui n'aurait pas apprécié son hommage personnel à George Bush, «pas aussi mauvais que ce que l'on en disait». Selon Rubinfeld, l'étudiante a quitté le cours en larmes mais elle ne fut pas la seule cible d'agressions antisémites: ainsi, toujours à en croire l'Atlantis Institute, plusieurs étudiants juifs auraient été menacés de mort. C'est cette évocation qui a fait réagir Alan Dershowitz de manière un peu vive à l'égard de l'Alma Mater bruxelloise.

Ces propos un peu durs ont ému au Solbosch et extensions.

Pour le Pr Victor Ginsbourgh, il s'impose de mettre très vite les choses au point. D'abord parce qu'il y va de l'honneur de l'ULB mais aussi parce que selon ce spécialiste de l'économie, Alan Dershowitz se serait vu présenter une version un peu biaisée de l'incident survenu à Solvay: «lors d'une discussion résumant un article en anglais sur la politique de George Bush, et parce que l'article citait les aspects négatifs mais aussi positifs de cette politique, l'enseignante a pris des positions gauchistes et anti-israéliennes, c'est-à-dire antisionistes mais pas du tout antisémites. Il n'y a jamais eu la moindre insulte antisémite, a-t-elle ajouté et certainement pas de «bloody Jew».

Pour Victor Ginsburgh, il est, évidemment, farfelu d'accuser l'ULB d'antisémitisme: «je n'ai jamais entendu cela en près de 50 ans de vie commune. L'ULB antisioniste, alors? Pas assez à mon goût mais il est temps en tout cas qu'elle éjecte les provocateurs qui la salissent».

Et de pointer l'index vers l'Atlantis Institute dont certains membres ont pignon sur rue à l'Université de Bruxelles. Le débat gêne quelque peu les hautes sphères de l'Université. C'est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpellée par nos soins n'a fini par diffuser un communiqué de presse, que jeudi en toute fin de journée.

Tout en s'interrogeant sur les visées de l'Atlantis Institute, le texte précise que l'étudiante en question a été contactée par la Solvay Business School et qu'elle a confirmé la teneur de l'incident mais qu'elle avait décidé de ne pas en informer les autorités. Cela n'empêche pas la direction de «réaffirmer son attachement à la liberté d'expression et de pensée» mais aussi de «condamner toute forme de racisme et d'antisémitisme».

© La Libre Belgique 2006