ÉCLAIRAGE

Pourquoi le Premier ministre a-t-il couvert les premiers pas, les premières gaffes de Karel De Gucht à l'étranger? Pourquoi convoque-t-il ce lundi l'ambassadeur du Congo en Belgique alors que, comme le disent certains, De Gucht n'a eu que la monnaie de sa pièce? Tentative d'explication. Entre Guy et Karel, c'est une longue histoire d'amour-haine. Leurs relations ont toujours été tantôt cordiales, tantôt orageuses. Elles se sont réellement détériorées lorsque, à la fin de la dernière législature, De Gucht, alors président du VLD, s'est opposé à l'attribution du droit de vote aux étrangers non européens lors des élections communales. Il a fini par être dégommé de son poste pour y être reconduit. Mais Guy Verhofstadt avait juré que De Gucht ne resterait pas à la direction du parti libéral flamand. Trop gênant, trop encombrant.

A présent, Verhofstadt couve et couvre De Gucht. Pourquoi?

Il faut se rappeler que Guy Verhofstadt a tout fait pour que son «ami» libéral devienne ministre des Affaires étrangères. A ce poste, croyait-il, il pourrait plus facilement le surveiller, le dompter. Lorsque Louis Michel a choisi de quitter le gouvernement belge pour la Commission européenne, il avait fait savoir, à Guy Verhofstadt, qu'il souhaitait qu'Armand De Decker, alors président du Sénat, lui succède. Polyglotte, De Decker avait toutes les qualités pour lui succéder: la diplomatie, la connaissance des dossiers, l'expérience politique. Mais Verhofstadt a toute de suite refusé de s'inscrire dans ce scénario car, à ce moment-là, il espérait encore envoyer Karel De Gucht à la Commission européenne là où il lui ficherait enfin la paix. Verhofstadt était sûr de lui: juste après les élections de 2003, le président du PS, à qui «appartenait» le mandat de Commissaire, avait promis ce poste au VLD. Mais il se fait qu'entretemps, Elio Di Rupo, avait changé d'avis et décidé d'offrir à Louis Michel un avenir européen, après avoir, il est vrai, viré les libéraux des majorités régionales et communautaires, au motif que son parti ne supportait plus le fils de Louis Michel, Charles.

Voilà pourquoi, quoi qu'il fasse, enfin presque, Karel De Gucht sera toujours couvert par le Premier ministre. Cela ne veut pas nécessairement dire que Guy Verhofstadt approuve sans limite l'action de Karel De Gucht aux Affaires étrangères. Après son premier voyage au Congo et ses imprudentes déclarations sur l'absence d'hommes d'Etat dans ce pays, Karel De Gucht avait quand même été invité à s'expliquer au sein du conseil de cabinet restreint. Et là, sur le ton de l'humour mais avec la plus grande fermeté, les collègues de De Gucht lui avaient rappelé les fondements essentiels de la diplomatie. En privé, pas en public.

Depuis lors, il semble que De Gucht se soit un peu calmé. On le dit concentré sur ses dossiers plutôt que sur sa personne. Si Verhofstadt se montre patient, tous les ministres ne font pas preuve de la même mansuétude. Il ne faudrait pas que son «ego» lui fasse commettre d'autres dérapages verbaux avec des dirigeants dont les pays s'ouvrent à peine à la démocratie. Cela pourrait nuire à l'ensemble de la politique en Afrique centrale de la Belgique.

Il est utile de condamner les travers de pays qui ne sont pas des modèles de démocratie. La question est de savoir s'il faut le faire en tête à tête avec les dirigeants ou, en l'occurrence à propos du Congo, dans une déclaration publique au Rwanda.

© La Libre Belgique 2004