Egales, vraiment ? Plus nombreuses ? Mieux diplômées ? En meilleure santé ? Piètres conductrices ? Mal payées ? Moins représentées dans les hautes fonctions politiques ? Davantage au chevet des enfants malades ? Au fond, quelles sont les principales différences entre hommes et femmes en Belgique ? La deuxième édition des Statistiques et indicateurs de genre (la première remonte à 2006), que vient de publier l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, donne un aperçu clair et objectif de la société actuelle par rapport au genre. Quel intérêt ? "Disposer d’informations qualitatives et quantitatives correctes et actualisées sur les tendances sociales relatives au genre contribue à l’identification de nouvelles lignes d’action et de recommandations destinées aux différents acteurs, notamment politiques" , répond Michel Pasteel, directeur de l’Institut.

On découvre dans les statistiques que 50,9 % de la population est composée de femmes; que les mamans ont, en moyenne, 28 ans à la naissance de leur premier enfant; que dans 72 % des cas, les suicides sont commis par des hommes, contre 28 % par des femmes

Certains constats restent très interpellants, poursuit Michel Pasteel : si 54,8 % des étudiants des Hautes Ecoles et des universités sont des filles, une fois sur le marché du travail, seules 56,5 % des femmes décrochent un emploi, contre 67,4 % des hommes.

Ces indicateurs renversent aussi certains stéréotypes de genre, très coriaces. Comme "femme au volant, mort au tournant". Faux ! Dans plus de deux accidents de voiture sur trois (69 %), le conducteur est un homme. Autre idée préconçue qui s’avère inexacte : seules les femmes seraient victimes de viol. Erreur : dans 13 % des cas, ce sont des hommes qui les subissent.

Ces statistiques, comme autant de photographies, montrent la problématique de la dimension du genre dans toute une série de domaines sans offrir pour autant, dans l’immédiat, des pistes de solution. Mais elles constituent un instrument essentiel dans le cadre de la mise en œuvre du gender mainstreaming (ou l’intégration de la dimension de genre) dans les politiques publiques, souligne encore le directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Et précisément, peut-on à cet égard parler de progrès ? En comparant les statistiques actuelles avec celles récoltées il y a cinq ans, on observe "une évolution positive progressive vers plus d’égalité" . Les femmes sont aujourd’hui plus actives sur le marché du travail et leur proportion a légèrement augmenté au niveau des organes et des mandats politiques, dans la magistrature et la diplomatie.

"Mais, il y a un gros mais" : des différences flagrantes persistent dans de nombreux domaines. C’est le cas en matière d’écart salarial (observé sur la base du salaire horaire brut) : les employées gagnent en moyenne 25 % de moins que les employés et les ouvrières 17 % de moins que les ouvriers.

En matière de répartition des tâches relatives au foyer, rarement équitable, "on reste loin du compte" , commente Michel Pasteel. "Les mamans qui ont de jeunes enfants s’en occupent deux fois et demie de plus que les papas." Cela se traduit notamment par un nombre élevé de femmes qui choisissent (ou qui sont contraintes) de travailler à temps partiel : 44,3 % des femmes, contre à peine 9,3 % des hommes. Autre illustration : 95 % des crédits temps à temps plein pris pour éduquer de jeunes enfants sont pris par des femmes

Conséquence : il est quasi impossible pour les femmes d’être aussi flexibles que les hommes dans la sphère professionnelle. Et il est donc nettement plus difficile pour elles de faire "une belle carrière". Et d’avoir une aussi belle [?] pension que les hommes.

Les indicateurs de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes jettent d’ailleurs une lumière crue - et cruelle - sur l’actuel chaud débat sur l’avenir des pensions. En moyenne, l’écart de pension entre les femmes et les hommes s’élève à 23 % et grimpe à 33 % chez les indépendants. Un pensionné sur trois et plus d’une pensionnée sur deux (60 %) doivent vivre avec moins de 1 000 euros par mois. "Le débat actuel ne peut pas faire l’impasse sur la précarité cachée des femmes plus âgées , insiste Michel Pasteel. Ces constats objectifs confirment ce que l’Institut a déjà dénoncé à plusieurs reprises : les femmes sont davantage confrontées à la précarité que les hommes." Plus crûment dit : "La pauvreté a un sexe."

En d’autres termes, ces chiffres révèlent que les différences entre les femmes et les hommes conduisent parfois à des inégalités, voire à des discriminations dont les premières semblent être le plus souvent victimes.