Le Centre islamique belge (CIB), qui avait eu son siège à Molenbeek et Anderlecht, a été, sous ses différentes déclinaisons, le véritable terreau où s’est nourri l’islamisme radical lié à al Qaeda en Belgique. Et il semble bien qu’hier, le tribunal correctionnel de Bruxelles a arraché les dernières racines de cette plante qui donnait de l’urticaire à tous les services belges de l’antiterrorisme.

Les derniers animateurs du CIB qui, selon le tribunal, géraient les principaux sites Internet francophones de propagande, d’endoctrinement et de recrutement pour al Qaeda ont été condamnés à des peines allant jusqu’à huit ans de prison. Les précédentes têtes pensantes du CIB étaient déjà derrière les barreaux, comme le cheikh Bassam Ayachi. Ce prédicateur franco-syrien, qui s’était installé en Belgique en 1992, est ainsi détenu depuis 2008 en Italie avec son bras droit, le converti Raphaël Gendron. Ils avaient été interceptés alors qu’ils tentaient de faire passer la frontière à cinq Syriens et Palestiniens, logés dans une cache aménagée dans leur mobil-home revenant de Syrie, via la Turquie et la Grèce.

Le flambeau du CIB avait été repris par le fils du cheikh, Abdel Rahman Ayachi - en fuite en Syrie - et Ali Tabich. Ils ont été condamnés lundi à huit ans de prison, auxquelles il faut ajouter trois ans pour le second. Ali Tabich a été reconnu coupable d’une peu glorieuse tentative de vol de la recette d’un café que convoyait un serveur.

N’accédait pas qui veut au CIB. Les premiers contacts étaient noués via deux sites Internet. Ils étaient alimentés et gérés par Abdel Rahman Ayachi et, avant son arrestation à Bari, par Raphaël Gendron. La propagande d’al Qaeda y était en évidence. Le but était d’imprimer l’idée que l’islam était menacé partout dans le monde et qu’il fallait réagir. Par les armes. Des forums anonymes permettaient les échanges de messages discrets entre les recrues potentielles et leurs mentors.

Pour passer du virtuel au réel, ces apprentis djihadistes transitaient par le CIB où les prêcheurs donnaient du poids aux arguments islamistes. C’était le rôle du cheikh Ayachi Bassam et d’Olivier Dassy. Ce métis, né à Kinshasa et converti à l’islam, a été condamné hier à cinq ans de prison. Le premier avait célébré le premier mariage de Malika El Aroud avec l’homme qui a commis l’attentat suicide qui a tué le commandant Massoud en Afghanistan deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001. Le second avait célébré le second mariage d’El Aroud avec Moez Garsallaoui.

Cet homme, qui est aujourd’hui en zone pakistano-afghane où il serait un cadre important d’al Qaeda, était un des deux recruteurs qui entraient en scène après les prêcheurs. Le second était Ali Tabich, revenu tout auréolé d’Irak en 2006 où il avait combattu avec un autre Bruxellois qui y est mort sous les bombardements américains.

Une vingtaine de personnes, coachées au CIB, sont parties de Bruxelles pour se battre en Irak ou en Afghanistan sous la bannière d’al Qaeda. Samer Azouagh, condamné hier à trois ans de prison, n’avait pas été plus loin que la Syrie car les filières d’acheminement s’étaient taries. Aujourd’hui, le CIB semble bel et bien mort.