La mère d'Alexandre Hart, principal accusé de l'assassinat de Valentin Vermeesch, a été entendue mercredi matin devant la cour d'assises de Liège.

Elle a dressé le portrait d'un enfant hyperactif, qui était devenu violent et qui vivait dans un monde imaginaire. Valentin Vermeesch, un Hutois âgé de 18 ans souffrant d'un léger handicap mental, avait été tué la nuit du 26 au 27 mars 2017 à Statte (Huy). Il avait subi une très longue scène de violences et de tortures avant d'être précipité dans la Meuse, où il s'était noyé, les mains menottées dans le dos.

La mère d'Alexandre Hart a livré devant le jury les premières informations relatives à sa personnalité. Elle a exposé que son fils était un bébé très facile mais qu'il est devenu jaloux à la naissance de son frère. Dès l'école maternelle, il était renfermé sur lui-même. Un pédopsychiatre avait confirmé son hyperactivité. Dès l'école primaire, Alexandre Hart avait reçu une médication pour être calmé.

Très fusionnel avec sa mère, Alexandre Hart n'a jamais su couper le cordon avec elle. Mais il se sentait rejeté par son père qui lui donnait régulièrement la fessée. Ce père ne s'occupait pas de ses études et venait vers lui uniquement pour le gronder. Alexandre Hart ne comprenait pas pourquoi son père le fessait et il n'a jamais obtenu d'explications.

Durant sa jeunesse, la mère d'Alexandre Hart a découvert ses attitudes étranges. "Il était comme déconnecté, comme s'il était dans un jeu vidéo. Il n'avait pas la notion du réel. Nous l'avons orienté vers des activités sportives mais cela n'a servi à rien. Il n'osait pas s'exprimer. Il a trop été influencé par les jeux vidéo. Au décès de sa grand-mère, qui était proche de lui, il n'a pas pleuré. Il ne voulait pas montrer ses sentiments. Il est toujours resté dans son monde imaginaire, dans une bulle, dans un cocon", a raconté la mère de l'accusé.

Toujours rabaissé par les autres, Alexandre Hart voulait se montrer. Un accident a marqué un tournant dans sa vie lorsqu'il a blessé son frère avec une tronçonneuse. Dès cette époque, il s'est promis de ne plus être rabaissé. Alexandre Hart a commencé à faire de bêtises et à consommer de l'alcool. "Il consommait parfois une bouteille de vodka avant d'aller à l'école et il a connu son premier coma éthylique à l'âge de 14 ans", a confirmé la mère.

Alexandre Hart a toujours été suivi par un pédopsychiatre. Il a été hospitalisé en psychiatrie en 2012 à Bertrix. Il a aussi été placé dans un centre pour solutionner ses problèmes d'alcool. Vers 17 ans, il a connu ses premières consommations de stupéfiants. Le tribunal de la jeunesse est intervenu car Alexandre Hart est devenu plus agressif avec la consommation de drogue. En décembre 2015, il a volé sa mère et a menacé de mettre le feu à sa maison.

"Il a tendance à narguer et à sourire dans les moments de tension. Alexandre ne veut pas montrer ses faiblesses. Il préfère sourire plutôt que de montrer qu'il a mal ou qu'il souffre. Il a besoin d'être important et de servir à quelqu'un. Cette place, il ne l'avait pas chez nous", a confirmé la mère.

Selon la mère de l'accusé, la relation qu'Alexandre Hart a nouée avec Belinda Donnay s'est inscrite dans la continuité de la relation fusionnelle qu'il avait avec sa mère. Belinda Donnay était apparue comme complémentaire. Elle était la seule à savoir le calmer et elle s'en ventait.

La mère d'Alexandre Hart l'a résumé comme un enfant hypersensible, gentil, serviable et poli jusque ses 13 ans mais devenu violent sous l'influence de l'alcool. Alexandre Hart n'était pas valorisé chez lui et n'a pas pu acquérir la confiance. "J'ai l'impression que ce qui est arrivé est de ma faute, car je l'ai trop couvé. C'est dur d'aimer son enfant, de savoir ce qu'il a fait et de ne pas avoir su l'aider", a ajouté le témoin.


Alexandre Hart avait besoin d'être encadré

Les témoins de moralité ont poursuivi mercredi matin leurs dépositions devant la cour d'assises de Liège. Ces témoins ont rapporté qu'Alexandre Hart n'était pas réfractaire à l'autorité mais qu'il avait besoin d'être très encadré. Un éducateur de l'Ecole Polytechnique de Huy a révélé à la cour les difficultés rencontrées face au comportement adopté par Alexandre Hart durant sa scolarité. L'adolescent se présentait régulièrement à l'école avec une haleine alcoolisée et présentait des problèmes de discipline.

"Il n'était pas réfractaire à l'autorité mais les remarques n'étaient pas suivies d'efficacité. Il affichait continuellement un petit sourire qui mettait mal à l'aise. Il pratiquait aussi l'automutilation. Nous avions remarqué des traces sur ses bras. Alexandre Hart manifestait de l'agressivité et de la grossièreté. Il est le genre d'élève qui vous dégoûte de travailler dans l'enseignement. Nous étions impuissants face à lui, dépourvus de tout. Le personnel de l'école a mis tout en œuvre pour essayer de le faire avancer. Nous avons usé de tous les moyens possibles. Mais, à un moment donné, quelque chose vous échappe", a indiqué l'éducateur.

Les témoins de moralité d'Alexandre Hart l'ont décrit comme un enfant qui était gentil, agréable, serviable et souriant. Sa cousine et un de ses frères ont exposé qu'il était quelqu'un de sérieux qui rigolait beaucoup durant son enfance. Alexandre Hart aimait faire la fête et savait se montrer courageux quand il le souhaitait vraiment.

Alexandre Hart était aussi introverti et fort influençable. "Il voulait avoir de la valeur aux yeux de ses amis. Il voulait être reconnu, même si ses fréquentations n'étaient pas toujours les meilleures", a indiqué son frère. Ce frère a par ailleurs confirmé qu'il refuse désormais de rendre visite à Alexandre Hart en prison car il considère que les faits qu'il a commis sont inacceptables.

Alexandre Hart avait été engagé comme apprenti maçon par plusieurs patrons. Mais ces expériences ont été négatives. "Il était présent sans l'être. Il semblait parfois absent, pas intéressé, pas motivé et pas courageux. Il affichait toujours ce sourire narquois", a indiqué un premier patron. "Il était capable du pire et du meilleur. Volontaire par passades, lorsqu'il était encadré. Parfois, il était à côté de la plaque. C'est en raison de ses absences que nous avons mis fin à son contrat", a précisé un second patron.

Alexandre Hart avait intégré en qualité d'assistant en mécanique une ASBL qui pratiquait des activités dans la course automobile. Sa personnalité avait aussi interpellé les membres. "Il manquait de maturité, très influencé par les jeux vidéo. Nous avons été interpellés par sa manière de répondre. On se demandait parfois s'il était tout seul dans son cerveau. Parfois, il avait la tête ailleurs. Il était imbu de lui-même, il avait besoin de se faire reconnaître et de se mettre en avant", a indiqué un membre de l'ASBL.