L’axe de la défense de Mehdi Nemmouche est désormais connu. L’homme, accusé d’un quadruple assassinat terroriste au Musée juif le 24 mai 2014, ainsi que ses avocats en ont dessiné mardi à gros traits les contours. Mehdi Nemmouche ne s’exprimera pas, en tout cas “dans un premier temps”, comme il l’a signifié lui-même à la présidente.

Il s’est contenté d’un “non” ferme à la première question de la présidente de la cour d’assises, qui lui demandait s’il était l’auteur du quadruple assassinat.

Il a reconnu qu’il avait bien détenu les armes utilisées au Musée juif. Elles ont été retrouvées sur lui lors de son arrestation à Marseille six jours plus tard.

Mais Mehdi Nemmouche n’a pas voulu en dire plus, indiquant que “respectueusement, dans un premier temps, je ne m’exprimerai pas”. Il s’est justifié par le fait que la plupart des 130 témoins, que lui et sa défense auraient souhaité faire venir à la barre n’ont pas été retenus. “En conséquence, je ne suis pas en mesure de me défendre convenablement. Toutes les personnes qui auraient pu venir apporter un autre son de cloche et une lecture du dossier aux antipodes de celle de messieurs les procureurs fédéraux ont été refusées”, a-t-il expliqué sur un ton revendicatif.

Il laissera le soin de s’expliquer à ses trois avocats qui, mardi peu avant lui, via la lecture d’un acte de défense, ont développé quelques-uns des éléments, qui, selon eux, prouveront qu’il “n’est pas le tueur”.

Haro sur l’enquête

À aucun moment, les avocats n’ont employé le terme d’attentat pour qualifier le quadruple assassinat et, malgré le long séjour de leur client en Syrie, ils ont dit sans fard qu’“il est grotesque de prétendre que Mehdi Nemmouche serait un terroriste islamiste voulant commettre des attentats”.

Pour Mes Sébastien Courtoy, Henri Laquay et Virginie Taelman, “la tuerie n’était pas un attentat de l’État islamique, mais une exécution ciblée d’agents du Mossad”. Seuls auraient été visés Emanuel et Miriam Riva, le couple israélien venu à Bruxelles en citytrip pour fêter un anniversaire de mariage. Dans cette thèse, Dominique Sabrier et Alexandre Strens, employés au Musée juif, étaient des victimes collatérales.

Ce sera difficile à défendre. Les avocats n’auront donc d’autre choix que d’attaquer l’enquête pour démonter les nombreux éléments qui pointent vers Mehdi Nemmouche.

Comme en amuse-bouche, la défense a pointé quelques éléments qu’elle mettra en avant. Elle a promis d’en dévoiler d’autres, mais pas avant l’audition de témoins qu’elle entend mettre sur le gril. La défense l’a justifié par le fait que, si elle dévoilait ses cartes, des enquêteurs appelés à témoigner – qu’elle accuse notamment d’avoir truqué les images de vidéosurveillance – pourraient adapter leur discours devant les assises.

Un ADN contesté

Me Laquay a dévoilé son argumentation sur une partie des expertises ADN. Se basant sur les vidéos de surveillance, l’avocat a indiqué que l’on y voit le tueur saisir vigoureusement la poignée de la porte et porter les mains à deux endroits sur la porte pour éviter qu’elle se referme.

Or, note l’avocat, on ne retrouve pas l’ADN de Nemmouche. Il en conclut que ces analyses innocentent son client, qui “a été piégé”, en étant mis en possession d’un sac, dont il ignorait d’abord qu’il contenait les armes du Musée juif.

Me Laquay a mis en avant l’attitude de Nemmouche lors de son arrestation dans un bus à Marseille. Il n’oppose aucune résistance, ce qui, pour l’avocat, n’est en rien compatible avec le “tueur professionnel surentraîné”, qui a frappé au Musée juif.

La défense se fait fort de pointer, au fil du procès, d’autres anomalies qui prouveront que la tuerie était une exécution ciblée d’agents du Mossad.

Et Me Sébastien Courtoy a laissé entendre que les auteurs pourraient bien en être les personnes qui, en 2014, ont pris en location, sous un faux nom, une maison proche du Musée juif.

Ayant choisi de ne pas parler, Nemmouche n’a pu contredire son coaccusé, Nacer Bendrer, dont l’accusation pense qu’il lui a fourni les armes. Ce Marseillais a confirmé que Nemmouche lui avait bien demandé des “Kalach”, avant de préciser qu’il n’avait pas donné suite.

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Lecture de l'acte de défense

Retrouvez ici les détails de l'acte de défense et les preuves que comptent utiliser les avocats de Nemmouche pour démontrer son innocence.

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