Les enquêteurs ont montré les images de l'attaque au Musée juif de Belgique, mardi matin, devant la cour d'assises de Bruxelles, sur lesquelles on voit l'auteur pénétrer dans le couloir d'entrée du musée, abattre directement les deux personnes qui s'y trouvaient puis se diriger immédiatement vers le bureau d'accueil.

"Il ne marque aucune hésitation et il sait où il va", a commenté le chef d'enquête. Les enquêteurs ont projeté les images de l'attaque en lecture normale, puis plusieurs fois en marquant des pauses pour les ponctuer de commentaires.

Les premières minutes montrent deux dames qui se trouvent dans le bureau d'accueil du musée, face à Dominique Sabrier qui y travaillait comme bénévole.

Les visiteuses quittent ensuite la pièce et prennent à droite, vers la cour intérieure. Celle-ci mène à un bâtiment annexe, où se tenait une exposition temporaire.

Lorsque les deux dames sortent du bureau, Emanuel et Miriam Riva se présentent devant la porte d'entrée de l'accueil puis suivent les visiteuses dans la cour intérieure. Alexandre Strens, un employé du musée, leur emboîte le pas, "probablement pour expliquer (au couple de touristes israéliens) qu'il y a une exposition et qu'ils doivent prendre un ticket pour la voir", a commenté le chef d'enquête.

Le couple fait alors demi-tour et repart en sens inverse dans le couloir d'entrée, vers la sortie. Juste avant de repasser la porte cochère donnant sur la rue des Minimes, Emanuel et Miriam Riva s'arrêtent encore devant un présentoir de folders. C'est à ce moment que l'auteur entre et arrive derrière les deux touristes.

"Avec sa main gauche, il saisit une arme puis la fait passer dans sa main droite. Il tire sur Emanuel Riva, puis sur Miriam Riva. Ensuite, il se précipite vers le fond du couloir et tourne à droite vers l'accueil. Il ne marque aucune hésitation et il sait où il va", a encore commenté l'enquêteur.

À ce moment, Alexandre Strens, qui a probablement entendu les deux premiers coups de feu selon les policiers, se précipite vers la porte de l'accueil pour la refermer. Avant qu'il ne puisse l'atteindre, l'auteur tire sur lui et le jeune homme s'écroule.

L'auteur fait ensuite feu en direction de Dominique Sabrier, assise derrière un bureau, mais aucun projectile n'est expulsé. La bénévole tente d'atteindre un bouton d'alarme situé derrière son bureau. Les images ne permettent cependant pas de déterminer si elle a bien pu l'enclencher.

Après ce tir raté, l'auteur recule alors d'un pas, la porte du bureau d'accueil se referme devant lui et il change d'arme. Pendant ce temps, Dominique Sabrier semble encore essayer d'atteindre le bouton d'alarme.

L'auteur tire alors dans la vitre de la porte, pousse cette dernière avec son pied gauche et fait à nouveau feu en direction de Dominique Sabrier, qui s'écroule.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteur et co-auteur de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles.

L'attentat avait coûté la vie à quatre personnes: Emanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier, une bénévole du musée, et Alexandre Strens, un employé du musée.

Emanuel Riva, Mirima Riva et Alexandre Strens ont été abattus d'un tir de revolver. Dominique Sabrier, elle, a été abattue de plusieurs tirs de kalachnikov.


"Impossible techniquement d'ajouter un visage sur l'image du tueur"

Il aurait été "techniquement impossible" pour les enquêteurs d'ajouter un visage sur l'image du tueur issue de la vidéo-surveillance du Musée juif en raison de la trop faible résolution de celle-ci, a témoigné mardi devant la cour le spécialiste de la police fédérale qui a travaillé sur le cliché. Les avocats de Mehdi Nemmouche avançaient, dans leur acte de défense, que des lunettes portées par l'auteur avaient été effacées et qu'un visage avait été reconstitué. Les images issues des caméras du musée sont de faible qualité, a rappelé devant la cour l'analyste en vidéogrammétrie.

Il s'est dit de ce fait "incapable" de trancher la question des lunettes et a expliqué l'intervention qu'il avait effectuée sur le cliché.

Le spécialiste a réalisé, à l'aide de Photoshop, une "balance entre les tons clairs et foncés" pour améliorer le contraste du visage. "C'est un traitement, pas une manipulation. Rien n'a été effacé ou ajouté", a-t-il insisté, ajoutant que l'historique des modifications apportées au cliché original permettait de le constater.

La taille du visage sur l'image est de 30 pixels sur 30 pixels. "Il faudrait une bien meilleure résolution pour changer les contours d'un visage, qui est rond, alors que les pixels sont des carrés", a encore expliqué le spécialiste.

Sur le banc des avocats, l'explication a fait s'agiter Me Courtoy, qui accuse les enquêteurs d'avoir "truqué" la photo. Dans leur acte de défense, les conseils de Mehdi Nemmouche considéraient que la "disparition" de lunettes du visage du tireur, entre les images de vidéo-surveillance et celles diffusées dans les médias, constituait une preuve de l'innocence de leur client.

"Quand bien même ces images auraient déjà été manipulées avant qu'elles ne nous parviennent, il aurait fallu que l'individu dont on aurait voulu placer le visage sur la photo soit exactement dans la même position que l'homme sur le cliché initial et que la résolution des deux clichés soit parfaitement identique", a conclu le spécialiste, qui précise que le moindre changement de nuance de gris se serait vu. "Il aurait fallu truquer toutes les séquences vidéo."


Le nom d'Alexandre Strens remonte à l'adoption de son père par un couple belge

La juge d'instruction Berta Bernardo Mendez a expliqué, mardi devant la cour d'assises de Bruxelles, le changement de nom de la famille Strens par l'adoption du père d'Alexandre par un couple de Belges qui souhaitait léguer ses biens. Le jeune homme est l'une des victimes de l'attentat au Musée juif de Belgique, commis le 24 mai 2014. La juge Bernardo Mendez a confirmé que les parents d'Alexandre Strens sont d'origine marocaine mais ont changé de nom et adopté celui de Strens, "probablement pour des raisons fiscales".

"Il ressort de l'enquête de personnalité d'Alexandre Strens qu'un couple sans enfant avait adopté le père de celui-ci, parce que ce couple souhaitait léguer ses biens", a-t-elle expliqué.

Vendredi, la maman d'Alexandre Strens avait, elle, expliqué le changement de nom par une forte volonté d'intégration. "Nous avons été accueillis en Belgique par la famille Strens. Mon mari rentrait régulièrement au Maroc, j'ai donc élevé mes enfants avec leur aide", avait-elle dit.

Pour rappel, la défense de Mehdi Nemmouche s'était interrogée sur une possible "double identité" d'Alexandre Strens.

Mardi, la juge d'instruction Bernardo Mendez a également évoqué la note de la Sûreté de l'État concernant le père d'Alexandre Strens, évoquée aussi par la défense de Mehdi Nemmouche.

"Cette note fait état de la participation du papa d'Alexandre Strens, dans les années 80-90, à des manifestations, notamment pour l'anniversaire de la révolution iranienne. Il se revendiquait chiite", a-t-elle expliqué. Cette information a cependant été considérée comme datée et sans grandes implications pour Alexandre.

Pour le reste, Alexandre Strens a été décrit par ses proches comme ambitieux, dynamique, organisé, méticuleux et ayant le contact facile, a relaté la juge.


Les juges d'instruction ont voulu éteindre elles-mêmes la piste d'un assassinat ciblé

Les juges d'instruction ont pris elles-mêmes l'initiative de contacter la justice israélienne pour éteindre la piste d'un assassinat ciblé visant les époux Riva, hypothèse évoquée dans la presse par la défense de Mehdi Nemmouche. Le principal accusé de l'attentat au Musée juif, le 24 mai 2014, n'a lui-même jamais demandé de devoir d'enquête à ce sujet, ont répété mardi les juges d'instruction devant la cour d'assises de Bruxelles. Les juges ont entendu une dizaine de personnes en Israël, dans le cadre de l'enquête de moralité sur le couple Riva.

Il en est notamment ressorti que les époux voyageaient beaucoup et qu'ils étaient très appréciés. Ils s'étaient connus dans un contexte professionnel mais ne travaillaient pas ensemble. Au moment des faits, Miriam Riva, dont la dernière mission de comptable avait été réalisée pour le Mossad, était prépensionnée depuis quatre mois, a précisé la juge d'instruction Bruyneel. Elle n'a donc jamais occupé de fonction opérationnelle et ne faisait l'objet d'aucune menace particulière.

En Israël, les demandes d'audition de la justice belge pour l'enquête de moralité ne sont pas très bien passées, l'État hébreu ne comprenant pas pourquoi les enquêteurs s'intéressaient à ce point à des victimes innocentes. Une demande d'entraide judiciaire pour effectuer des vérifications sur le parcours professionnel des Riva, en vue d'écarter la thèse d'une exécution ciblée, a d'abord été refusée. Les juges ont finalement reçu un courrier détaillant leurs occupations dans la fonction publique.

Aucun élément n'a laissé penser que la justice israélienne avait des choses à cacher au sujet du couple, ont également répondu les juges à une question de la présidente.

Dans la chambre d'hôtel qu'Emanuel et Miriam Riva occupaient à Bruxelles, les enquêteurs ont découvert de nombreux dépliants touristiques, dont un relatif à une promenade médiévale qui passait par la rue des Minimes, où se situe le Musée juif. Rien n'indique que le but de leur visite était autre que touristique, ont ajouté les juges.

Invité une nouvelle fois par la présidente à expliquer pourquoi il n'a pas demandé de devoir d'enquête pour démonter le "piège" dont il aurait fait l'objet, Mehdi Nemmouche n'a pas apporté de réponse. "Mes avocats vous l'expliqueront ultérieurement", a seulement déclaré l'accusé.


Dominique Sabrier a tenté d'atteindre le bouton d'alarme du musée

Dominique Sabrier, employée bénévole du Musée juif de Belgique, a tenté d'atteindre un bouton d'alarme avant d'être abattue par des tirs de kalachnikov le 24 mai 2014, est-il apparu mardi sur les images des caméras de vidéo-surveillance de l'institution présentées devant la cour d'assises de Bruxelles. Sur les images, commentées par le chef d'enquête devant la cour, on aperçoit d'abord l'employée française de 66 ans et son collègue Alexandre Strens s'adresser à deux visiteuses du Musée, dans le local d'accueil. Ils dirigent ces dernières vers l'espace d'exposition temporaire, situé de l'autre côté de la cour intérieure.

Les deux femmes sont suivies par le couple Riva, qui venait d'arriver sur les lieux. Alexandre Strens quitte alors le local pour aller renseigner le couple israélien, avant de revenir à l'accueil.

Emanuel et Miriam Riva se ravisent et se dirigent vers la sortie, où ils seront abattus quelques instants plus tard.

Alexandre Strens et Dominique Sabrier n'étaient pas en mesure de voir ce qui venait de se produire à quelques mètres d'eux mais, alertés par les coups de feu, la bénévole s'est levée et le jeune homme s'est dirigé vers la porte du local d'accueil, qu'il avait laissée ouverte quelques minutes plus tôt.

Il se retrouve alors nez-à-nez avec le tueur, qui l'abat immédiatement. L'assaillant se tourne ensuite vers Mme Sabrier, mais ne parvient pas à tirer avec son revolver. Il recule alors hors du local pour se saisir de sa kalachnikov, avec laquelle il tire dans la porte, qui s'était entre-temps refermée et verrouillée, avant de faire feu sur l'employée.

Celle-ci tente, dès qu'elle aperçoit le tueur, d'atteindre un bouton d'alarme située derrière le bureau qu'elle occupe. Les images ne permettent cependant pas de déterminer si elle a bien pu l'enclencher. Dominique Sabrier décède sur place, atteinte par trois tirs de kalachnikov.


Les images montrent que l'auteur a touché trois fois la porte du musée

L'auteur de la fusillade au Musée juif de Belgique le 24 mai 2014 a touché la porte d'entrée du bureau d'accueil avec le coude, selon les images visionnées mardi matin par la cour d'assises de Bruxelles.

Il l'a ensuite touchée deux fois avec la main gauche. Les enquêteurs ont projeté, mardi matin, les images de l'attaque et les ont commentées en étant particulièrement attentifs au fait de voir si l'auteur a touché ou non la porte.

Pour rappel, l'ADN de Mehdi Nemmouche, principal accusé, n'a pas été décelé sur la porte du bureau d'accueil du Musée juif. Or, les images montrent tout d'abord un contact avec le coude puis deux touchers avec la main gauche de l'auteur, lorsqu'il se trouve dans l'embrasure de la porte du bureau d'accueil.

Sur les images, ce dernier arrive sur le pas de la porte, qui était ouverte, et tire immédiatement vers Alexandre Strens qui se précipitait pour venir la fermer, après avoir entendu les premiers tirs dans le couloir.

L'auteur tire ensuite en direction de Dominique Sabrier qui se trouvait derrière la table de bureau mais aucun projectile n'est éjecté.

L'auteur recule alors d'un pas, la porte se referme devant lui, il change d'arme puis tire dans la vitre de la porte. Il pousse ensuite celle-ci avec son pied gauche et fait à nouveau feu en direction de Dominique Sabrier.

Peu avant, l'auteur avait déjà abattu le couple Riva dans le couloir d'entrée du musée.

L'attaque a duré au total, selon les enquêteurs, environ 1 minute et 22 secondes.


La comparaison entre les mains de l'auteur et de passants satisfaisante pour la défense

Le chef d'enquête a débuté mardi matin son exposé devant la cour d'assises de Bruxelles par la présentation d'images des mains du tueur provenant d'une caméra de vidéo-surveillance d'une galerie d'art voisine du Musée juif de Belgique. La défense, qui avait déploré lundi en fin d'audience que l'arrêt sur image n'avait pas été fait au bon moment pour les comparer à celles d'autres passants, a semblé satisfaite par le résultat obtenu. L'enquêteur a montré à la cour des captures d'écran de deux passants et de l'assaillant, pour comparer leurs mains. L'objectif est de déterminer si l'auteur portait des gants, ce qui pourrait expliquer l'absence d'ADN de l'accusé sur la porte d'accueil du Musée.

Sur les images, de qualité moyenne, les mains des trois personnes sont assez semblables. La comparaison a été effectuée au même endroit, pour éviter qu'une éventuelle réverbération du trottoir puisse influencer la perception, un aspect qui avait été dénoncé par la défense de Mehdi Nemmouche en fin d'audience lundi.

Bien qu'ils n'aient pas eu l'occasion de commenter la séquence, les avocats du principal accusé ont semblé assez satisfaits par le résultat de la comparaison.

Avant la présentation des images, la juge d'instruction Bernardo Mendez a souligné que les enquêteurs s'étaient "posé la question" des gants, mais qu'ils avaient travaillé sur base de l'hypothèse que l'auteur n'en portait pas. "C'était une question accessoire", a-t-elle insisté.