Alexandre Strens a été touché par un tir "chirurgical" en plein milieu du front, a raconté lundi devant la cour d'assises le premier médecin intervenu au Musée juif, le 24 mai 2014. Les premiers pompiers-ambulanciers arrivés sur les lieux ont d'emblée constaté le décès des époux Riva, qui se trouvaient dans le couloir d'entrée du Musée.

Plus loin, au niveau du local d'accueil, gisait Alexandre Strens. Il était en position latérale de sécurité, ne parlait pas et tentait de se relever "instinctivement", ont rapporté les pompiers devant la cour. Placé sous assistance respiratoire, il a été emmené par le Smur quelques minutes plus tard.

Un témoin s'est également souvenu avoir heurté des douilles, dans un mélange de sang et d'eau issue des radiateurs perforés par les coups de feu.

Le premier médecin arrivé sur place a été marqué par la trace de tir "chirurgical" que portait Alexandre Strens au milieu du front. Le témoin avait par ailleurs "très peur", les lieux n'ayant pas encore été sécurisés au moment de son intervention, a-t-il raconté, tremblant, en dépit de ses 25 années d'expérience sur le terrain.

La peur face à la scène de crime a également saisi l'une de ses collègues médecin, qui a évoqué une véritable "exécution".

Miriam et Emanuel Riva, atteint chacun d'une balle dans la nuque, sont morts sur le coup selon les premières constatations. Alexandre Strens, touché à la tête, est décédé à l'hôpital une quinzaine de jours plus tard.


Evocation du travail avec la France

Les juges d'instruction Berta Bernardo Mendez et Claire Bruyneel ont entamé lundi leur témoignage devant la cour d'assises de Bruxelles en détaillant leur rôle dans le cadre de l'enquête sur l'attentat au Musée juif, le 24 mai 2014.

Elles se sont également félicitées de la bonne collaboration internationale qui a prévalu durant l'enquête. Les témoins ont entamé leur exposé en rappelant notamment la spécificité du terrorisme, matière dans laquelle deux juges peuvent être désignés, et en détaillant le fonctionnement de la police, fédérale comme locale.

Berta Bernardo Mendez et Claire Bruyneel vont, durant six jours, revenir devant la cour sur une enquête de près de quatre ans.

Elles ont évoqué l'équipe commune mise sur pied avec la France jusqu'en juillet 2016, qui a "très bien fonctionné". Le "dossier est exemplatif en matière de collaboration entre services étrangers", a insisté Mme Bruyneel.

Les équipes belge et française agissaient réellement en "fusion". Au total, cinq juges des deux pays sont intervenus dans le dossier.

Une présentation Powerpoint illustrant l'exposé des juges a été distribuée aux parties. Mehdi Nemmouche a insisté pour en recevoir une copie.


Premières auditions des témoins

Après l'introduction, la parole a été donnée aux premiers policiers dépêchés sur les lieux de la tuerie.

Les premières auditions des témoins, juste après la fusillade au Musée juif de Belgique, faisaient état d'un véhicule à bord duquel l'assaillant aurait pris la fuite, ressort-il lundi de l'audition devant la cour d'assises de Bruxelles des premiers enquêteurs arrivés sur les lieux le 24 mai 2014. La police a débuté les auditions des témoins juste après la tuerie, afin de garder intacts les souvenirs de chacun.

Un témoin a ainsi indiqué à un policier avoir relevé la plaque d'immatriculation d'un véhicule qui aurait démarré en trombe après l'attaque. Une amie de ce témoin "a ajouté qu'elle avait vu l'auteur de s'engouffrer à l'intérieur de la voiture", a précisé ce policier devant la cour.

Le véhicule a été identifié comme appartenant à une à une société privée de taxis. Muni d'un système de géolocalisation, il a été intercepté à Jette à 16h14, soit 25 minutes après le signalement de l'attaque au dispatching de la police. Une seule personne se trouvait à bord. La voiture a été saisie pour constatations.

La piste a cependant pu être écartée rapidement et le conducteur mis hors de cause.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteur et co-auteur de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles.


Plusieurs prélèvements effectués

Les enquêteurs de la police judiciaire fédérale ont évoqué, lundi en fin de matinée, devant la cour d'assises de Bruxelles, les premières constatations faites au Musée juif de Belgique. Plusieurs éléments, comme des douilles et des cheveux, ont été décrits, inventoriés et saisis. Des traces ont aussi été repérées et analysées. "Lorsqu'on arrive sur place, on ne s'intéresse pas tout de suite à la scène de crime. Nous travaillons 'en progression'. Nous avons donc commencé à inventorier des mégots retrouvés dans la rue du Musée et des traces sur une voiture garée tout près, dont l'aile gauche était griffée et le rétroviseur rabattu", a expliqué l'un des membres de la police technique et scientifique.

Les enquêteurs ont ensuite dévoilé des images difficiles, celles des corps des deux premières victimes, Emanuel et Miriam Riva. Ceux-ci se trouvaient allongés dans le couloir d'entrée du musée. Une partie de leurs vêtements avaient été déchirés par les services de secours qui avaient tenté de les réanimer.

Les enquêteurs ont montré sur photos les orifices d'entrée des balles qui ont tué les deux victimes, situés précisément dans leur nuque, ce qui a provoqué l'important écoulement de sang visible au niveau de leur tête.

Les enquêteurs ont encore expliqué les bandes collantes placées sur les corps par la nécessité de prélever d'éventuels poils ou cheveux provenant de l'auteur du crime.

Au terme de cette matinée d'audience, la présidente de la cour, Laurence Massart, a tenté à nouveau d'interroger Mehdi Nemmouche. Elle a voulu connaître la raison pour laquelle il n'avait pas engagé de procédure juridique pour remettre en cause les juges d'instruction s'il considère, comme il l'affirme, que l'enquête a été menée de manière partiale.

L'intéressé est resté muet.


Le tireur connaissait les lieux

Les théories du complot laissent à présent place à la réalité avec l'audition des enquêteurs et des deux juges d'instruction, a estimé Me Vincent Lurquin lundi après-midi devant les portes de la cour d'assises de Bruxelles, où se déroule le procès de l'attentat au Musée juif de Belgique. Le couple de touristes israélien ne connaissait pas la disposition des lieux, selon la juge d'instruction Claire Bruyneel. La défense de Mehdi Nemmouche, accusé d'être le tireur qui a abattu de sang froid quatre personnes au Musée juif le 24 mai 2014, avait avancé la thèse selon laquelle les époux Riva étaient la cible de l'attaque en raison de leurs liens avec le Mossad.

"On a dit qu'on les avait peut-être repérés là parce qu'ils allaient au Musée juif. Emanuel et Miriam Riva n'allaient pas au Musée juif", a assené Me Lurquin, qui représente une artiste chilienne de 81 ans présente sur les lieux au moment de la tuerie. "Ils sont entrés dans le Musée, ont regardé ce qu'il en était et c'est au moment où ils allaient sortir qu'ils ont été assassinés. Toutes ces thèses de complot ne résistent pas aux faits", a ainsi estimé le pénaliste.

Sur les images vidéo de l'établissement, le couple israélien ne semble pas remarquer le bureau d'accueil et se dirige vers le bâtiment destiné aux expositions temporaires, avant d'être rejoint par l'employé Alexandre Strens. Les époux Riva n'achètent pas de ticket et se dirigent vers la sortie, où ils s'arrêtent encore quelques instants auprès des promontoires de dépliants, où ils ont été abattus.

À l'inverse, "le tireur, lui, connaissait visiblement les lieux, qui ne sont pas simples. Cela veut dire qu'il y avait été précédemment et il n'y a donc pas de doute sur le fait que son acte était prémédité", a conclu Me Lurquin.

Les enquêteurs et les juges d'instruction ont exposé lundi les devoirs d'enquête effectués immédiatement après l'attaque terroriste.

La défense de Nemmouche s'insurge de la présentation des images de vidéo-surveillance

La défense de Mehdi Nemmouche a dénoncé la manière dont ont été présentées aux jurés les images de vidéo-surveillance qui montrent l'auteur de l'attentat passant devant le Musée juif. Passablement énervé, Me Courtoy s'est insurgé du fait qu'un arrêt sur image n'a selon lui pas été fait au bon moment pour constater si le tueur portait ou non des gants au moment de l'attaque. La question des gants éventuellement portés par l'auteur de la tuerie est importante, dans la mesure où elle peut apporter des éléments quant aux traces ADN retrouvées au Musée juif.

Pour le parquet, le tueur portait des gants, ce qui expliquerait que le profil génétique de Mehdi Nemmouche n'ait pas pu être mis en évidence sur les lieux de l'attaque. Un point de vue qui constitue déjà une "volte-face" par rapport à la position initiale des procureurs, qui avançaient dans un premier temps que le tueur n'en portait pas et soulignaient que l'ADN de Mehdi Nemmouche avait été retrouvé sur les armes utilisées, a raillé Me Courtoy.

Les images, de qualité moyenne, n'ont pas permis pour l'instant de trancher la question.

L'accusation considère que l'aspect "cireux" des mains de l'auteur démontre qu'il portait des gants en latex. Un point de vue fortement contesté par la défense du principal accusé, qui estime qu'un arrêt sur image sur les mains d'un passant montre un aspect similaire. Mais cet arrêt n'a pas été fait au bon moment lors de l'audience, dénonce Me Courtoy, qui réclame que la séquence soit à nouveau diffusée mardi.

L'avocat considère également que le refus par la présidente d'autoriser le prélèvement de la voix de son client, réclamé par le conseil du CCOJB et auquel Mehdi Nemmouche serait favorable, a pour but de l'empêcher de démontrer son innocence. Il est par ailleurs pour le moins perplexe quant aux explications données par les enquêteurs sur l'alarme du musée.

Me Courtoy, qui dénonce depuis le début de l'affaire une enquête uniquement à charge du principal accusé, rappelle enfin que celui-ci était âgé de 29 ans au moment des faits. Soit nettement moins qu'indiqué par les premiers témoins, qui donnaient environ 40 ans au suspect, a fustigé l'avocat.