Me Dalne, conseil de la mère d'Alexandre Strens, a entamé les répliques, lundi, devant la cour d'assises de Bruxelles. L'avocat s'est insurgé du "scénario rocambolesque" élaboré jeudi dernier par Me Courtoy, conseil de Mehdi Nemmouche, et du "manque de dignité" de sa plaidoirie. "Me Courtoy, vous ne nous avez pas manqué vendredi!", s'est exclamé Me Dalne.

"J'ai du respect pour votre capacité de travail et votre sens de l'imagination", a-t-il poursuivi, tout en dénonçant les invectives lancées par l'avocat à l'encontre de ses confrères des parties civiles et des procureurs. "Ce n'est ni normal ni habituel, je n'ai jamais vu de déchaînement aussi violent en 30 ans de carrière. Ce n'est pas anodin, c'est même interdit."

Le conseil de la mère d'Alexandre Strens a fustigé une stratégie qui vise à s'attaquer personnellement à l'adversaire pour déplacer le débat, soit un "art de la coïncidence et de la question sans réponse".

Ces "coïncidences ne sont corroborées par aucun élément du dossier", qu'il s'agisse de l'alarme soi-disant désactivée, des prétendus guetteurs, des personnes en permanence dans le duplex de Molenbeek alors que sa propriétaire n'a rien entendu ou encore des chaussures Calvin Klein trop petites alors que Mehdi Nemmouche les a portées pendant tout le trajet vers Marseille..., a égrené Me Dalne.

Pour lui, ce "scénario rocambolesque" élaboré par le "ventriloque" de l'accusé s'apparente à de "l'enfumage".

Il est sorti de prison le 4 décembre 2012 et aurait été approché par les services secrets libanais et iraniens pour infiltrer l'Etat islamique, selon son conseil. "Il ne reste qu'un jour et demi à Beyrouth, c'est court pour une formation d'espion", a relevé l'avocat de la partie civile. En outre, cette fonction nécessite des connaissances en langues étrangères dont ne dispose pas Mehdi Nemmouche, a-t-il insisté.

Sur son retour en Europe, "on en saura pas plus", a souligné Me Dalne. "Pourquoi reste-t-il à Bruxelles pendant deux mois, pourquoi demande-t-il une kalachnikov à Nacer Bendrer? Tout ça pour attendre une voiture qui va lui déposer des sacs à ramener à son duplex, chez ces prétendus agents? Il veut quitter son job d'espion et se réfugier à Marseille, et tant qu'à faire il embarque les sacs avec les armes et les vêtements, pour passer incognito?"

Manque de chance pour lui, a ironisé l'avocat, "les services iraniens et libanais sont en lien avec les français, qui lui tombent dessus. Et les services belges sont aussi sur le coup, les chefs d'enquête élaborent un faux dossier avec des rapports bidouillés et des images truquées".

"Ne vous laissez pas séduire par ce terrorisme intellectuel, par ces affabulations qu'on sort sans le moindre élément de preuve. Ne laissez pas le terrorisme entrer dans le prétoire", a adressé le conseil de la famille Strens aux jurés.

Son collègue de la partie civile Me Danloy a lui répété qu'il n'y avait "aucun doute" quant à l'identité d'Alexandre Strens, comme a tenté de le faire croire Me Courtoy.

L'activisme du père de la victime se limitait à quelques réunions religieuses, a-t-il souligné. "Même après avoir changé de nom et s'être fait ficher S en 1992, il ne s'évanouit pas dans la nature. Il est encore en Belgique."

Le pseudonyme utilisé par Alexandre Strens sur les réseaux sociaux, et qu'il présentait à une certaine époque comme son vrai nom, s'explique quant à lui par le fait qu'il n'assumait pas son homosexualité.

"Respectons la dignité des morts", a encore réclamé Me Danloy.


Me Libert "remet les pendules à l'heure"

L'avocat de la famille d'Emanuel et Miriam Riva, deux victimes de l'attentat au Musée juif de Belgique en 2014, est revenu une nouvelle fois lundi matin sur le parcours du couple israélien, lors des répliques devant la cour d'assises de Bruxelles. Me Libert s'est attelé à lever une dernière fois les "prétendues zones d'ombre" qui planent, selon la défense du principal accusé Mehdi Nemmouche, sur l'occupation professionnelle des Riva. "Je ne pensais pas encore devoir revenir sur la vie de M. et Mme Riva, mais je vais prendre cinq minutes pour remettre les pendules à l'heure", a entamé Me Libert.

L'avocat a rappelé que Miriam Riva était attachée entre 1990 et 2014 au service non opérationnel, a-t-il insisté, de la comptabilité du Mossad. Elle et son mari n'étaient donc pas des agents sous couverture des services secrets israéliens comme le prétend Me Courtoy, a balayé le pénaliste. "En 2012, Mme Riva arrête de travailler pour se consacrer à sa passion: créer des bijoux. Elle avait également passé le concours pour devenir agent immobilier mais n'en aura pas le temps."

Quant à son époux, "il a été fonctionnaire et comptable entre 1987 et 2011", employé au Nativ, "une agence qui permettait aux juifs de pratiquer leur culte librement en ex-URSS, et qui est ensuite devenu une agence d'immigration pour ces citoyens", a poursuivi Me Marc Libert. "Rien à voir avec le Mossad."

L'installation du couple israélien dans la capitale allemande pour cinq ans tient en outre à l'affectation de Mme Riva. "Tous deux étaient attachés -soit employés, pas consul ni vice-consul- à cette ambassade, mais c'est Miriam Riva qui a été envoyée à Berlin. Pourquoi là-bas? Parce que c'est là que toutes les comptabilités des ambassades israéliennes dans l'UE sont vérifiées. Emanuel Riva a simplement suivi son épouse et on lui a trouvé un job", a exposé l'avocat.

"L'Iran exécute des espions israéliens à Bruxelles avec la complicité des polices française et belge, voilà donc la théorie de Me Courtoy", selon lequel le couple était la cible de la tuerie, a ironisé le pénaliste. "N'est pas scénariste qui veut (...) et ce scénario est pourri. Vous condamnerez donc le terroriste Mehdi Nemmouche", a conclu la défense de la famille Riva à l'attention des jurés.