Revivez notre direct du procès Wesphael.


Me Jean-Philippe Mayence, avocat de Bernard Wesphael, a lancé un pavé dans la mare, mercredi après-midi devant la cour d'assises du Hainaut en révélant que des réunions préalables au procès avaient eu lieu entre le parquet, le juge d'instruction et les enquêteurs et que cela n'avait pas été acté dans un procès-verbal. Le magistrat instructeur a confirmé cette information. Christine Pottiez a répondu que ces réunions avaient pour but de "convenir des aspects pratiques en vue du procès devant la cour d'assises du Hainaut à Mons, et notamment la rédaction d'un power point". Elle ajoute que le procureur général lui a donné des directives pour l'informer de l'organisation de la cour d'assises du Hainaut.

Me Mayence regrette qu'aucun procès-verbal n'ait été dressé lors de ces réunions "auxquelles la défense n'a pas été invitée". Il a demandé à la cour d'acter cette information.

La défense de Bernard Wesphael n'a pas fini de critiquer l'enquête.

Me Mayence s'est encore insurgé, en découvrant sur un site internet d'information, une photo prise sur la scène de crime alors que cette photo ne figure pas dans le dossier. Il avait été fait état de cette photo quelques minutes plus tôt lors de l'audience. "Ce ne sont pas des conditions pour travailler", a estimé l'avocat qui avait déjà exprimé son mécontentement sur RTL-TVI, jeudi dernier, à la suite de la diffusion d'un reportage sur l'affaire Wesphael, accablant pour son client.

"Notre magistrat presse se renseigne mais rassurez-vous, le jury n'est pas connecté sur internet", a répondu le président de la cour d'assises. Mardi, un journaliste avait aussi publié sur son compte Twitter des photos contenues dans le dossier répressif. Après enquête, ces photos n'avaient pas été prises par ce journaliste dans une de deux salles d'audience où les photos sont interdites.


Bernard Wesphael prétend que son épouse buvait "trois bouteilles" d'alcool par jour

Interrogé une seconde fois par les policiers d'Ostende au sujet des lésions relevées sur le corps de Véronique Pirotton, et notamment sur des lésions sur le foie, Bernard Wesphael a raconté que son épouse buvait énormément d'alcool, "trois bouteilles par jour", et consommait beaucoup de médicaments. Selon lui, les lésions sur le foie ne s'expliquent pas car il maintient qu'il ne s'est pas montré violent avec son épouse. Lors d'un second interrogatoire devant la police, Bernard Wesphael a indiqué que Véronique Pirotton consommait trois bouteilles d'alcool par jour, ce qui pourrait expliquer la taille de son foie qui pesait près de deux kilos, alors que le foie d'une femme pèse entre 1.300 et 1.400 grammes. Le médecin légiste avait constaté des déchirures sur le foie de la victime lors de l'autopsie. Selon l'accusé, choqué d'avoir lu dans la presse qu'il avait été question de violence entre eux, ces lésions ne s'expliquent pas.

Bernard Wesphael avait indiqué aux policiers que son épouse était devenue un danger pour elle et pour la société. "Elle était maniao-dépressive et névrotique, elle consommait beaucoup de médicaments", a-t-il commenté lors de son audition, ajoutant qu'elle s'automutilait, ce qui pourrait expliquer, selon lui, certaines lésions.

Au total, le médecin légiste avait relevé trente-cinq zones hématiques sur le corps de la victime.


"Véronique était couverte de bleus"

Confronté au rapport du médecin légiste lors d'une troisième audition, le 13 décembre 2013, qui a duré 7h15, Bernard Wesphael évoque des lésions déjà existantes sur le corps de sa femme à la suite d'une chute dans l'escalier. Un résumé de cette audition a été raconté par un inspecteur mercredi et traduit simultanément devant la cour. "Le lundi de la semaine du drame, le soir, chez elle, elle est tombée dans l'escalier à cause de l'alcool à trois ou quatre reprises, lorsqu'elle montait. Elle rencontrait régulièrement des difficultés pour monter jusqu'au troisième étage, où se trouvait la chambre à coucher. Maintenant que j'y repense, Véronique était couverte de bleus (...) qui n'ont pas été constatés médicalement. Son fils en a réellement été le témoin", déclare Bernard Wesphael aux enquêteurs.

Interrogé sur l'origine de chaque lésion découverte sur le corps de la victime par le légiste, l'accusé renvoie aux trois chutes de Véronique Pirotton le soir des faits. "Je suis convaincu que je ne porte pas de responsabilités pour ces lésions. (...) Je veux préciser que je n'ai pas mis fin aux jours de mon épouse."

Il ajoute avoir vu "deux visages" de Véronique Pirotton après son décès. L'accusé indique que, selon un inspecteur, certaines lésions, dont aux lèvres, étaient dues à l'appareillage de la réanimation. "Le visage a été montré dans cet état à la famille. Cela a fait penser à la famille que je l'avais frappée. (...) Tout le monde qui, ce jour-là, aurait vu le visage de Véronique, aurait dit la même chose. Moi-même j'ai trouvé facile de considérer qu'elle avait en effet reçu des coups de poing dans la figure."


La reconstitution avec Bernard Wesphael en metteur en scène

Lors de sa deuxième audition par la police, le 6 novembre 2013, Bernard Wesphael avait été confronté à la relation entre Véronique Pirotton et l'ancien compagnon de celle-ci, Oswald D. Il a indiqué avoir déjà eu "des soupçons" mais sans être néanmoins au courant. "Nous lui avons mentionné l'existence de l'enregistrement d'une conversation entre Véronique Pirotton et Oswald, qu'il n'a pas voulue entendre", précise l'inspecteur brugeois venu témoigner au procès. Entre le mercredi soir et le jeudi en milieu de journée, Bernard Wesphael décrit un "moment merveilleux". "Je ne pense pas qu'elle attendait Oswald. (...) J'aimais tellement cette femme que je ne pouvais pas m'imaginer que cela s'arrête. (...) Je suis sûr qu'il y aurait vraiment eu un enfant entre nous."

"Pour le reste je n'étais pas au courant", déclare encore l'accusé au policier. "Je n'ai jamais vu cet homme comme un rival, mais plutôt comme quelqu'un qui détériorait l'atmosphère dans notre couple." Il précise ne pas être jaloux, car "Véronique était capable de parler de différentes manières en fonction de ce quelle avait bu ou pas".

L'inspecteur lui précise par la suite que les analyses de téléphonie montrent qu'Oswald D. était l'amant de Véronique Pirotton et lui demande s'il est au courant. "Non, c'était ce que je ne voulais pas entendre", répond l'accusé. Il avait toutefois déjà eu des soupçons lors de la dernière tentative de suicide de la victime, "car elle avait appelé Oswald lorsque les secours sont arrivés". Il se demande par contre, à la lumière de ce qu'il vient d'apprendre, "ce que Véronique a fait entre 11h et 20h30 le mercredi 30 octobre".

Lors de cette première réaudition, Bernard Wesphael répète encore qu'il n'a "certainement pas frappé Véronique". "Le fait que cette question soit posée, je trouve ça terrible. Je n'ai encore jamais frappé une femme, pas même un homme d'ailleurs. Cela est impossible, contraire à mes valeurs et qui je suis. Il y a certainement 100 personnes capables d'en témoigner." "J'ai envie de crier partout mon innocence."

L'accusé tient également à saluer le respect et "l'humanité" avec lesquels il a été traité par la police ostendaise. Selon les inspecteurs, lors de cette audition, Bernard Wesphael était toujours "étonnement calme". Il devenait par ailleurs "fort rouge lorqu'il est confronté à certaines constatations et découvertes". Son attitude est "amicale et pleine de respect".

Pour son avocat, Me Mayence, ce résumé d'audition "confirme bien" les déclarations précédentes de l'accusé, a-t-il indiqué à la suite du résumé de l'inspecteur mercredi matin.


Bernard Wesphael prétend qu'il est incapable de hausser la voix

Le procès de Bernard Wesphael a repris mercredi devant la cour d'assises du Hainaut à Mons avec la poursuite des auditions du juge d'instruction et des policiers chargés de l'enquête sur la mort de Véronique Pirotton. Les enquêteurs ont noté que plusieurs personnes, qui occupaient des chambres voisines de la 602 à l'hôtel Mondo, avaient entendu un homme qui parlait sur un ton agressif. Lors d'une audition, Bernard Wesphael a affirmé qu'il était incapable de hausser la voix. Le 6 novembre 2013, deux policiers de la PJ de Bruges ont réentendu Bernard Wesphael, placé sous mandat d'arrêt pour "assassinat" cinq jours plus tôt. Lors de cette audition, les enquêteurs lui ont signifié que des gens qui occupaient les chambres voisines de la 602 avaient entendu un homme qui parlait sur un ton agressif. Bernard Wesphael leur a répondu qu'il était incapable de hausser le ton de sa voix pour des raisons de santé et que ses proches confirmeraient ses déclarations.

Les voisins ont aussi entendu du bruit, comme des rapports sexuels intenses. Bernard Wesphael a expliqué qu'ils n'ont pas eu de relations sexuelles ce soir-là, mais le matin, vers 10h.

Bernard Wesphael a évoqué la thèse de l'overdose par médicaments mais elle n'a pas été confirmée par le médecin légiste qui a procédé à l'autopsie du corps de la victime. Il a alors déclaré que Véronique Pirotton disposait d'une capacité extraordinaire d'élimination car elle avait pris ses médicaments habituels et du clozan, en plus de l'alcool car la victime avait 2,99 grammes d'alcool par litre de sang. Selon Bernard Wesphael, Véronique Pirotton ne pouvait pas avoir bu autant. Selon lui, elle avait bu un apéritif dans un débit de boisson, du vin dans un restaurant et deux Amarettos au bar de l'hôtel.

Vu que l'hypothèse d'overdose ne tenait pas, Bernard Wesphael a juré sur l'honneur qu'il ne l'avait pas frappée ni étouffée avec un sac en plastique.


Me Mayence revient en début d'audience sur la perte d'échantillons

L'avocat de Bernard Wesphael, Me Mayence, est revenu mercredi en début d'audience sur la perte d'échantillons prélevés par les enquêteurs le soir des faits, qu'il avait évoquée précédemment. "Nous avons fait des vérifications pendant la nuit" à ce sujet, a souligné la défense. Il apparaît que des prélèvements ont été effectués sur les doigts et les ongles de la victime, et que des boucles de cheveux ont également été prélevées. "Un PV rapporte que les souillures d'ongles ont été déposées au greffe, par contre, il n'y a pas de traces de dépôt et analyse des boucles de cheveux", indique Me Mayence.

En ce qui concerne les prélèvements effectués sous les ongles de M. Wesphael, ils auraient été déposés au greffe. "Il n'y a pas d'éléments concernant ce dépôt au greffe, mais ils se trouvent quelque part dans les pièces à conviction. Ils n'ont pas été analysés", ajoute l'avocat.

Par ailleurs, Me Mayence a sollicité, dans le cadre de son droit de défense, l'accès à plusieurs pièces à conviction. Il a dans ce cadre constaté "qu'une partie des DVD n'était pas lisible", car il s'agit pour certains de disques Blu-Ray. "Je souhaiterais, d'une manière ou d'une autre, pouvoir regarder ces pièces. Vous en avez peut-être vues à la télévision, mais moi, je n'y ai pas accès", déplore-t-il.

Le président, Philippe Morandini, a demandé au procureur général que la police fédérale soit sollicitée "pour fournir du matériel permettant aux parties de lire les documents". Concernant les boucles de cheveux, "nous y reviendrons à la fin de la clôture de l'exposé sur l'instruction", a-t-il conclu.

L'audition de la juge d'instruction et des inspecteurs se poursuit mercredi matin devant les assises du Hainaut.

Bernard Wesphael est accusé du meurtre de son épouse, le 31 octobre 2013 à Ostende.

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