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Le procès de Bernard Wesphael, accusé du meurtre de son épouse Véronique Pirotton, a repris mardi matin, devant deux prétoires combles, avec l'audition du docteur Hans Hellebuyck, psychiatre désigné par le juge d'instruction dans le cadre de l'enquête sur les faits qui ont eu lieu dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende, le 31 octobre 2013. Selon cet expert, Bernard Wesphael était responsable de ses actes; il est aussi narcissique, manipulateur et il a tendance à mentir. La première prestation du Dr Hellebuyck s'est déroulée lors de la reconstitution organisée dans la chambre 602, le 6 novembre 2013. L'accusé lui a donné sa version des faits et a ensuite regardé l'enregistrement vidéo de la reconstitution et le médecin l'a confronté aux données de l'enquête et du médecin légiste. "Il s'est comporté de manière impersonnelle, neutre, et très maîtrisé lors de la reconstitution. Confronté plus tard aux constations du médecin légiste, il a perdu le contrôle et a commencé à réagir de manière irritable en criant "pensez vous que je l'ai tuée? ". Il a commencé à pleurer d'une manière théâtrale. Ce qui frappe, c'est qu'il raconte parfois des choses dont lui même se rend compte que c'est impossible".

Le médecin a ensuite rencontré l'accusé à la prison de Bruges. "Ce que nous retenons comme enseignement, c'est qu'il a connu des échecs scolaires. Si on compare ça avec son récit, il présente cela comme s'il avait réussi toutes ses formations".

L'expert résume la vie professionnelle de l'accusé qui fut éducateur, militaire, employé dans l'aide sociale à la jeunesse avant de se lancer en politique et de co-créer le parti Ecolo, groupe politique qu'il a quitté en 2012. "Il nous a raconté un récit qui ne correspond pas à la réalité. Il dit que, en 2012, il a quitté Ecolo mais on ne parvient pas à connaître la véritable raison. Il dit qu'il a quitté un parti de valeur devenu un parti de puissance".

Concernant sa vie relationnelle, l'accusé a raconté qu'il avait eu plusieurs partenaires, treize selon le dossier, et qu'il avait eu des relations extra-conjugales qu'il a réussi à cacher. "Certaines dames prétendent que leur relation fut destructrice. Une autre femme déclare qu'il utilise les femmes en fonction de ses besoins".

Sur le plan médical, l'expert note que l'accusé nie son problème d'alcool. "Il dit qu'il buvait du vin le soir avec son épouse alors que d'autres témoins disent qu'il était ivre dès le matin".

Aucun test d'intelligence n'a été fait, "Quand vous regardez sa carrière scolaire, il est évident qu'il n'est pas handicapé mental mais qu'il a une intelligence moyenne, inférieure à la moyenne. Il a une tendance à la manipulation impitoyable"

Selon l'expert, les faits pourraient s'expliquer par certains traits de personnalité. "Il a un état d'esprit narcissique, ce qui est confirmé par certains témoins. D'autres disent qu'il est du genre rebelle et qu'il souhaite beaucoup de reconnaissance. Dans l'enquête de moralité, il y a des déclarations qui vont dans tous les sens. Certains disent qu'il est honnête, idéaliste. D'autres sont moins positifs".

L'expert constate que, lors d'auditions à la police, Bernard Wesphael ne présentait pas d'émotions notables. "Ces dernières années, il a subi beaucoup d'humiliations dans son parcours politique et il avait des dettes. Un rejet est, pour lui, probablement une vexation narcissique importante qui l'a incité à commettre les faits si on admet qu'il est coupable".

Me Mayence, avocat de la défense, se demande si l'expert accepte le respect de la présomption d'innocence. "S'il dit qu'il est innocent, je peux l'inscrire dans le rapport", répond l'expert.

Le docteur Hellebuyck note cependant que l'accusé a une certaine tendance à mentir. "Il raconte des choses dont tout le monde sait que c'est impossible, notamment avec sa version du sac en plastique qui se trouvait sur le visage de la victime. Il a tendance à manipuler l'opinion publique comme par exemple avec une lettre envoyée à Belga dans laquelle il essaye d'instaurer la pitié en menaçant de se suicider". L'expert avoue cependant qu'il a pris connaissance de cette lettre après sa rencontre avec l'accusé.

Sur le plan émotionnel, l'accusé s'est montré assez superficiel. "L'ami du réceptionniste à l'hôtel déclare qu'au départ il pensait à une blague car il était venu lui annoncer le suicide de son épouse de manière très calme. Sur ce genre de personne, on voit souvent des expressions théâtrales".

L'expert conclut que, pour le moment, l'accusé n'est pas un danger pour la société mais peut être agressif sous influence de l'alcool. "On ne peut pas changer grand chose à son caractère mais le problème avec l'alcool devrait être pris en main pour limiter les risques".

L'expert psychiatre reconnaît avoir repris des éléments dans la presse pour son rapport

L'expertise du Dr. Hellebuyck a suscité de vives réactions dans le chef de la défense de Bernard Wesphael. "Il faut écouter le reste, et je pense que certains vont comprendre dans quel guet-apens j'ai été mis", a déclaré Bernard Wesphael lors d'une interruption d'audience. "Vous avez été mandaté le 5 novembre, la reconstitution a eu lieu le 7. Pourquoi n'avez-vous pas rencontré M. Wesphael une première fois avant cette reconstitution?", a tout d'abord souligné l'avocat général. "Je ne sais pas", a répondu l'expert.

"Vous mettez tout à fait en doute les propos qu'il tient, vous écrivez dans votre rapport: 'si on admet qu'il est coupable'. De quelles informations partez-vous au moment de la reconstitution?", a demandé Me Mayence. "Je ne me prononce pas sur sa culpabilité ou son innocence, j'écris cela pour éviter qu'on me le reproche. La possibilité existe en effet qu'il soit innocent", répond l'expert.

L'avocat de la défense est ensuite monté dans les tours, s'en excusant au passage, au sujet d'éléments repris dans le rapport du Dr. Hellebuyck piochés dans la presse, dont Paris Match, ou encore sur Facebook. "Il n'est pas exclu que, dans mon premier rapport, j'aie pris des éléments de la presse. C'est M. Wesphael lui-même qui m'a donné pour conseil de consulter internet. Mais ensuite, j'ai lu l'enquête de moralité", a rétorqué le psychiatre. Également interrogé à ce sujet par le président, il a fini par déclarer: "C'est exact, j'ai écrit: 'd'après témoins et la presse', l'intéressé a des problèmes avec l'alcool".

Me Mayence a encore relevé que l'expert avait écrit dans son rapport que l'accusé avait "une capacité extraordinaire à mentir et qu'on ne peut rien croire de lui qui n'est pas prouvé", et qu'il "avait tu un certain nombre d'éléments". "Sur quoi vous basez-vous?", a questionné la défense.

Par exemple, "il dit qu'elle s'est suicidée avec un sac en plastique sur le visage, mais ce n'est pas possible de commettre un suicide comme cela. Tout le monde sait ça, mais il le maintient alors qu'il sait que personne ne va croire ça", a cité l'expert en réponse.

La défense pointe encore que le psychiatre n'était pas accompagné à la prison par un psychologue et que, par conséquent, des tests psychologiques n'ont pas été réalisés. De plus, l'expert a actualisé son rapport sans revoir l'accusé.

Les conseillers techniques de la défense seront également entendus mardi, ainsi que d'autres experts.


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