Dans son boulot, la discrétion est de mise. Et Romuald s’y tient, même quand un client adresse une demande un peu particulière. Comme ce 30 octobre 2013, quand Véronique Pirotton vient le prier d’indiquer qu’elle est seule, au cas où quelqu’un chercherait à la joindre dans sa chambre. Le réceptionniste de l’hôtel Mondo ne pose pas de question. "Ce ne sont pas mes affaires."

Mais il envoie un mail interne à ses collègues pour leur passer l’information, ponctuée d’un smiley. "Je pensais qu’il y avait une histoire d’adultère." D’ailleurs, plus tard, quand il verra Bernard Wesphael au bras de la cliente, il pense que c’est l’amant de Mme Pirotton, pas son mari !

Une blague de mauvais goût

Le 31 octobre 2013, Romuald prend son service à 15 heures, comme d’habitude. Il termine normalement à 23 heures. Son copain Joachim l’attend au comptoir pour sortir en ville. Il a déjà sa veste sur le dos quand Bernard Wesphael débarque dans la mezzanine à l’entresol. "Il nous a très calmement indiqué que son épouse s’était suicidée ou qu’elle avait eu une overdose." Romuald appelle immédiatement la police, puis le patron du Mondo, avant de s’engouffrer avec Joachim dans l’ascenseur pour monter au sixième.

Joachim précise : "Il a aussi dit, mais mon ami était au téléphone, que sa femme s’était suicidée, peut-être avec un sac en plastique." Il a voulu accompagner son ami. "Je ne sentais pas du tout cette histoire." Les deux pensent d’abord à une blague de mauvais goût en ce soir d’Halloween. Le mari restait planté dans la mezzanine, observe-t-il. "J’ai arrêté l’ascenseur à l’entresol et il est monté avec nous."

C’est Bernard Wesphael qui pousse sur le bouton du 6. Romuald remarque "des griffes" à hauteur de son poignet. Joachim précise : "Une blessure qui saignait encore". Ont-ils remarqué autre chose ? L’homme, un peu débraillé, ne portait pas de chaussettes; il avait l’air de "quelqu’un qui a remis ses vêtements à la hâte". La suite, hélas, on la connaît : le corps inerte de Véronique est découvert dans la salle de bains. La femme est déjà morte. Ses lèvres et le bout des doigts sont bleus, dit Romuald. La doctoresse du Smur, arrivée quelques minutes plus tard, dira pourtant l’inverse…

Invraisemblances

On a encore mesuré mercredi combien les témoignages peuvent être fragiles; les souvenirs élastiques, fuyants; la mémoire capricieuse. Les récits se déroulent, s’enchaînent et se contredisent, avec des détails qui tuent avant de se fracasser sur des invraisemblances abyssales - même si les témoins sont de bonne foi.

Comme cette amie du réceptionniste qui était dans le bar avec son petit chien le 31 octobre à 20 heures. Au moment où le couple Wesphael-Pirotton sirote cognac et amaretto, elle voyait "qu’ils se disputaient". La dame était très agitée, le monsieur, "avec une chevalière et une grosse chaîne", sortait souvent pour fumer. A ce même moment, les caméras de l’hôtel enregistraient des baisers et des gestes tendres; le mari ne portait pas de bijoux…