Véronique Pirotton avait une relation extrêmement suivie avec Oswald D. Bernard Wesphael en mesurait-il l’ampleur, l’étendue, la profondeur ? Au cours de l’enquête qui a suivi la mort de sa femme, il avait refusé d’écouter une conversation enregistrée par l’amant, la veille du drame - la victime venait d’arriver à Ostende.

Lundi, à l’entame de la deuxième semaine de son procès devant la cour d’assises de Mons, l’accusé a bien été obligé d’entendre cette preuve, tangible, de la double vie de Véronique. Au cours des treize minutes diffusées à l’audience, on distingue deux voix, celles d’Oswald D. et de Véronique Pirotton. Le ton, le timbre et l’accent liégeois marqué de la victime emplissent la salle. Avant même de capter le moindre mot, Bernard Wesphael, prostré, se protège le visage dans les mains.

La voix de la morte

Sa femme raconte une dispute, remontant au mardi, au cours de laquelle son mari "lui a pris les poignets, mais fort hein". Véronique poursuit. "Il m’a traitée de pute. […] Il était déchaîné." La voix de la morte évoque l’appartement que Bernard Wesphael a visité. "Il m’a dit qu’il le prenait." Elle tousse. "Il a pété une case, il avait bu." Elle dit avoir expliqué à son fils, Victor, que ça n’allait plus avec Bernard, qu’ils allaient se séparer. Oswald D. demande des détails, appuie là où ça fait mal. Elle parle d’une procédure devant le juge de paix pour "mésentente irrémédiable" entre conjoints. Elle dit encore : "Je suis contente de ce que j’ai fait. J’ai l’impression qu’il n’y a plus de machine arrière possible."

L’accusé se lève, à la demande du président. "Oui", il reconnaît cette voix. "J’aimais ma femme. Le 31 fut une belle journée, outre le drame", répète-t-il faiblement. "C’est une souffrance épouvantable d’entendre cela. Parce qu’à moi, elle disait le contraire. Elle refaisait des projets avec moi. Elle me parlait d’enfant." Sa voix se brise. Il se déclare profondément bouleversé. " Ma femme avait deux discours complètement différents en fonction de ses interlocuteurs. Je l’ignorais complètement. La police d’Ostende m’a fait comprendre que c’était la réalité. Si j’avais su, j’aurais réagi autrement. J’ai un minimum d’orgueil. "

Le plan final et puis le noir, absolu

Après la voix - un peu traînante - de Véronique Pirotton, son image a envahi lundi la salle d’audience. Une silhouette plutôt floue, déformée par les captures d’écran des caméras de surveillance de l’hôtel Mondo. Là encore, Bernard Wesphael détourne les yeux ostensiblement, incapable de tourner le regard vers ces instantanés de vie avec son épouse, les derniers avant le drame qui s’est déroulé à huis clos dans la chambre 602.

On les voit le matin du 31 octobre 2013 dans la salle du petit déjeuner de l’hôtel. Elle embrasse son mari à plusieurs reprises, l’enlace, prend clairement l’initiative.

Les caméras captent aussi le couple en début de soirée, après leur dîner en ville. Véronique semble déjà tituber. Ils entrent dans le bar. Ils commandent un amaretto et un cognac. Câline, elle pose, à deux reprises, sa tête sur la poitrine de Bernard Wesphael, selon les enquêteurs. Il sort pour fumer; elle tente d’ouvrir la porte, n’y parvient pas, revient vers le bar, s’affale dans un fauteuil. On lui sert un second amaretto. Bernard Wesphael rentre et la rejoint. Elle le tient, l’embrasse encore.

Le couple se rend ensuite aux toilettes. Bernard Wesphael en ressort quelques minutes avant son épouse. Il ignore qu’en bas, elle compose, à plusieurs reprises, le numéro de téléphone de son amant. Elle remonte, doit s’appuyer au chambranle, chancelante.

20h33. Le couple grimpe dans l’ascenseur. Lui porte le sac et le bonnet de son épouse qui s’accroche à son bras, tenant difficilement debout. Les portes se referment. Dernière image. Plan final. Avant le noir, absolu. La suite et la fin se déroulent hors caméras.


Un monsieur qui avait l’air "très fâché"

Chambre 601. Les occupants de la chambre d’hôtel, jouxtant celle du drame, sont venus témoigner lundi à Mons. Le couple, originaire de Grande-Bretagne, séjournait avec ses deux enfants de 8 et 11 ans dans l’hôtel Mondo le soir du drame. En rentrant dans leur chambre, vers 22h15 (selon les caméras du Mondo), Nathalie et Graham ont mis les enfants au lit. Ils ont ensuite entendu du bruit venant de la chambre 602. Cela aurait duré une heure.

"J’ai d’abord pensé à un couple qui avait une relation sexuelle, mais cela a duré plus longtemps que ce à quoi on pouvait s’attendre", indique le père. "Je pensais que le couple se livrait à des ébats violents", continue son épouse, qui a entendu des coups, comme des meubles cognant contre un mur. "Nos enfants se sont réveillés. Ils nous ont dit que l’homme de la chambre d’à côté avait l’air ‘très fâché’. Ils avaient peur", ajoute-t-elle.


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