"Oswald D., ce n’est pas l’accusé principal dans ce dossier !" C’est ce qu’on appelle un lapsus révélateur. Quand la langue fourche inconsciemment. C’est arrivé, jeudi, à Monsieur l’avocat général au quatrième jour du procès de Bernard Wesphael, poursuivi pour le meurtre de sa femme à Ostende le dernier jour d’octobre 2013. Il n’y a, en effet, qu’un accusé sur le banc…

Me Mayence, avocat de la défense, venait de brandir un courriel reçu mercredi soir d’un ami de longue date de l’amant de Véronique Pirotton et accablant pour Oswald.

Alors, c’est vrai : physiquement, Oswald D. n’était pas à la mer le jour du drame. Mais cet homme avec lequel Véronique Pirotton avait renoué n’a pas qu’un rôle de composition dans cette tragédie conjugale. SMS incessants, coups de fil, mails, lettres : Oswald D., omniprésent, envahissait le quotidien de la victime.

"Irresponsable"

"Le comportement d’Oswald a été irresponsable dans cette affaire" , affirme donc un de ses proches dans une lettre qu’il a fait parvenir à Me Mayence - elle a été lue à l’audience.

Véronique Pirotton voulait se marier avec Oswald et avoir un enfant; lui pas, mais il temporisait pour éviter la rupture, explique l’auteur du courrier. La séparation a tout de même eu lieu, fin 2011. "Oswald l’a quittée parce qu’il l’avait rencontrée, ivre, au bras d’un inconnu rencontré dans un café."

Durant leur vie commune, la relation n’était pas calme, décrit-il. "Il se plaignait sans cesse de Véronique ." Ça allait bien entre eux pendant les accalmies entre les grosses ivresses. Sinon, le psychologue rencontrait d’autres femmes sur Internet. Mais il continuait à écrire à Véronique…

Curieuse réaction

Au moment du mariage de Mme Pirotton avec Bernard Wesphael, Oswald a fait "une fixation" sur ce dernier. Il était blessé, "c’était malsain" . Il n’avait pas l’intention de se remettre avec elle, "mais de la posséder et de foutre la merde" , dit-il. "Comme un gosse qui préfère briser un jouet plutôt que le donner."

On sait qu’il a repris une relation intime avec Mme Pirotton deux mois après son mariage avec Bernard Wesphael… En apprenant le décès de Véronique, Oswald a eu une curieuse réaction, relève-t-il : "Celle qui était pleine de défauts est soudain devenue une sainte qu’il aimait."

Un autre document évoqué jeudi à l’audience éclaire la personnalité machiavélique de l’amant. Il s’agit d’une lettre signée "ton Os." et retrouvée sur l’ordinateur de Bernard Wesphael au cours d’une perquisition au domicile liégeois du couple le 7 novembre 2013.

Une lettre hallucinante

Ce document Word a été rédigé le 26 octobre 2013 à 19h12, cinq jours avant le drame d’Ostende. Le fichier avait été supprimé de l’ordinateur et n’était plus lisible; il a été restitué au cours de l’enquête. La prose, aux connotations sexuelles crues, est sans équivoque sur ses relations avec Véronique Pirotton.

"W. n’est pas parti comme tu me l’as annoncé avec fermeté la semaine dernière. Je le pressentais, hélas. Il ne faut pas que ça t’inquiète outre mesure", entame-t-il. On trouve ensuite une série hallucinante de propos dénigrants à l’égard de l’accusé, "une chose inerte et hautement toxique" , qui s’est installé chez Véronique "comme une méduse échouée sur une plage" .

Pour faire "déguerpir" l’époux, les méthodes à l’amiable ne fonctionnent pas, poursuit Oswald D. qui se livre à une analyse psychologique de l’accusé. Son opposition "bête et méchante" témoigne de son immaturité; il est dans "le déni de la réalité" et atteint d’une "psychose plus ou moins compensée, à moins qu’il ne soit stupide ou de mauvaise foi" . Voilà une contre-expertise qui n’a pas coûté un euro à la Justice…

Qui a utilisé l’ordinateur ?

Oswald D. ajoute que "l’éviction" de Bernard Wesphael est éprouvante "bien que salutaire pour ta santé psychique". Elle ne souffrira pas davantage; elle ira mieux, lui promet-il.

Il lui conseille de prendre un avocat pour lui faire "débarrasser le plancher" , écrit-il. "Tu lui as dit que nous nous revoyons. Il ne peut plus te faire croire qu’il ne sait pas ce qu’il en est entre nous." Il ajoute : "Je t’en prie, ne cède pas à ses pressions, son chantage et ses manipulations perverses qui n’ont d’autre fin que de te détruire."

Impossible, pour les enquêteurs, de déterminer quand ce fichier a été effacé, ni par qui. Mais une - autre - chose étrange est apparue : l’ordinateur de l’accusé a été utilisé le 30 octobre à 18h58 (Bernard Wesphael était alors dans sa Volvo en route vers Ostende), ainsi qu’entre le 1er novembre vers 23h et le 7 novembre à 6h du matin. Par qui ? Véronique est morte, Bernard Wesphael en prison et Victor, le fils de la victime, n’est pas dans la maison. Qui a alors utilisé cet ordinateur ?


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