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Me Mayence, avocat de Bernard Wesphael, a lu jeudi devant la cour d'assises du Hainaut un courrier reçu d'un ami de longue date d'Oswald D., l'ex-compagnon de Véronique Pirotton avec qui elle avait manifestement encore une relation au moment des faits.

A la suite de cette lecture, Me Moureau a quant à lui dévoilé le contenu d'un mail envoyé par un journaliste en février 2016 mentionnant une scène de violence concernant Bernard Wesphael. L'auteur du premier courrier indique qu'à l'époque, avant la séparation entre la victime et Oswald D., Véronique Pirotton avait dit à celui-ci qu'elle souhaitait se marier et avoir un enfant, mais il temporisait, voulant éviter la rupture. Il l'avait finalement quittée car elle l'avait trompé avec un inconnu dans un café. Durant leur vie commune, "il se plaignait sans cesse de Véronique. Ils rompaient tous les mois et reprenaient quelques jours plus tard. Entre deux accalmies, il rencontrait d'autres femmes mais continuait à écrire à Véronique". Il avait été jusqu'à faire part de "son envie de la tuer".

Quand Bernard Wesphael a épousé Véronique, Oswald D. a "été blessé, il en a fait une fixation". Il n'avait pas l'intention de se remettre avec Véronique mais "de la posséder, et surtout de foutre la merde".

"Lorsque nous avons entendu le décès de Véronique, mon épouse et moi avons d'abord pensé qu'il s'agissait d'Oswald." Après la nouvelle, il a eu une "curieuse réaction: Véronique était devenue une sainte qu'il aimait".

A la suite de cette lecture, Me Philippe Moureau, avocat des parties civiles, a tenu a lire, lui aussi, un courrier provenant d'un journaliste. Celui-ci revient sur une scène à laquelle il a assisté lors d'un voyage de presse, "il y a bien 15 ou 16 ans", auquel participait l'accusé en tant qu'élu. "Il est monté dans le bus de presse avec sa compagne, une femme slave s'exprimant en anglais", précise l'auteur. Le couple se disputait et Bernard Wesphael faisait tout pour que la dispute ne soit pas trop bruyante, jusqu'à ce qu'il "empoigne sa compagne par les cheveux et la secoue d'avant en arrière trois ou quatre fois". "Cette scène m'est restée en mémoire du fait de sa violence", conclut le journaliste, qui pense en avoir parlé alors avec d'autres témoins sans se souvenir de qui.

Les deux courriers ont provoqué de vives réactions chez les parties.

"On parle de pommes et de poires!", a réagi Me Mayence. "Cette compagne, on va l'entendre ici en tant que témoin principal", puisqu'il s'agit de la mère de la fille de l'accusé, ajoute la défense. De plus, il y a sûrement 50 personnes dans le bus "et on ne sait citer aucun nom", relève-t-il. Pour moi, "ça n'a rien de comparable".

Ce à quoi Me Moureau a rétorqué que les accusés semblaient être "Véronique Pirotton, le psychiatre, Oswald, bref, tous ceux qui ne sont pas d'accord avec M. Wesphael". Pour lui, le courrier dévoilé par la défense n'a aucun rapport avec les faits, Oswald D. n'étant "ni sous le lit, ni dans l'armoire" de la chambre d'hôtel à Ostende. "Savoir que monsieur D. avait pensé à tuer Mme Pirotton... mais qu'est ce que ça peut bien faire puisqu'il n'était pas là?"

Il lui semble par contre important de tenir compte du mail qu'il a reçu, car "le fait dire que M. Wesphael est violent vient en contradiction avec les témoignages récoltés par les enquêteurs". "Ca ne me gêne pas qu'on entende ce comique", ajoute-t-il, en référence à l'ami d'Oswald D. qui a contacté Me Mayence, "et même des choses sur la victime puisqu'on n'a pas arrêté de le faire dans le chef de la défense depuis le début du procès!"

Personnellement, "je ne traite pas les gens avec des qualificatifs comme cela", a encore répondu l'avocat de la défense.

Après ce début d'audience agité, les enquêteurs et la juge d'instruction poursuivaient le compte-rendu de leur enquête. Les légistes seront entendus dans l'après-midi.


De nombreux médicaments retrouvés dans le domicile Wesphael-Pirotton

Les policiers et le juge d'instruction qui ont enquêté sur la mort de Véronique Pirotton, décédée le 31 octobre 2013 dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende, ont présenté la perquisition qui a été effectuée le 7 novembre 2013 dans le domicile de Véronique Pirotton, où vivait aussi Bernard Wesphael, situé le long de la rue Comhaire à Liège. Le bureau de Bernard Wesphael au Parlement wallon a aussi été perquisitionné. Le parlementaire s'était endetté. Le domicile de Véronique Pirotton et de Bernard Wesphael a été perquisitionné entre 11h00 et 13h10 le 7 novembre 2013 en présence notamment de Pierre-Yves Jeholet, qui représentait le Parlement wallon, et du premier mari de Véronique, Konstantinos, qui s'était installé là afin de soutenir son fils, Victor.

Dans cette maison de rangée, les policiers ont retrouvé de nombreuses boites de médicaments mais pas un nombre exagéré de bouteilles d'alcool, vides ou pleines. Des boites de médicaments, entamées ou non, ont été retrouvées dans presque toutes les pièces de l'habitation.

Des documents ont aussi été saisis dont notamment la dernière lettre écrite par la victime à son fils, dans laquelle elle déclare que Bernard ne lui pardonnerait jamais son infidélité avec Oswald alors que l'accusé prétend qu'il ne lui en voulait pas mais qu'il craignait une nouvelle crise d'hystérie dans le chef de son épouse.

"Je ne comprends pas pourquoi elle a tenu ce discours alors qu'il n'y avait rien de neuf sous le soleil", répond l'accusé, interrogé par le président de la cour d'assises. Il ne sait pas dire si Véronique était partie à Ostende pour se reposer de lui ou d'Oswald, alors que celle-ci lui avait répondu "pourquoi faire?" quand il lui a proposé de la rejoindre sur la côte.

Les policiers ont aussi découvert que Bernard Wesphael était endetté avec menace de saisie sur salaire. Bernard Wesphael s'était endetté après l'achat d'un tracteur pour un ami qui avait lancé une affaire mais il avait récupéré une somme de 21.000 euros dans la vente de meubles anciens et par un emprunt en septembre 2012.

Il dit aussi avoir dû vendre sa maison, en janvier 2013, pour rembourser ses dettes et éviter d'autres saisies sur salaire. Il a alors emménagé chez la victime. Rappelons que Véronique Pirotton se plaignait que le parlementaire ne s'investisse pas plus dans les frais du ménage et elle avait emporté des extraits de banque à Ostende.

Un document concernant la location d'un immeuble à Cointe, contre un loyer de 900 euros, a aussi été saisi par les enquêteurs. Selon les policers, il s'agissait d'une annonce. Bernard Wesphael prétend qu'il cherchait un appartement à acheter pour vivre avec Véronique mais qu'il avait finalement trouvé un appartement à louer, pour lui seul, avant le départ de Véronique pour Ostende. "J'avais décidé de partir afin de protéger ma famille", dit-il.

Les enquêteurs ont également saisi un ordinateur appartenant à Bernard Wesphael, qui avait laissé peu d'effets personnels dans cette habitation. "Avant mon départ pour Ostende, j'avais déposé mes vêtements au nettoyage à sec à la rue des Guillemins et j'ai pu les récupérer après ma sortie de prison", a expliqué l'accusé qui ne portait que des vestons et des chemises. "Et je n'avais que deux paires de chaussures, une que je portais et une qui était restée à la maison", dit-il.

Le même jour, le bureau de Bernard Wesphael au sein du parlement wallon à Namur avait aussi été perquisitionné en présence du président du parlement wallon. Cette perquisition n'a rien donné et rien n'a été saisi par le juge d'instruction.


Une lettre d'Oswald D. à Véronique Pirotton retrouvée dans l'ordinateur de l'accusé

Une lettre écrite plus que probablement par Oswald D., ex-compagnon et amant de Véronique Pirotton, à cette dernière, a été retrouvée dans l'ordinateur de Bernard Wesphael par les enquêteurs lors d'une perquisition le 7 novembre 2013 au domicile de la victime, où vivait l'accusé. Ce document Word a été rédigé le 26 octobre 2013 à 19h12, soit cinq jours avant les faits à Ostende. Le document avait été supprimé de l'ordinateur, et n'était donc plus visible pour un utilisateur "normal", a précisé l'enquêteur jeudi.

"W. n'est pas parti comme tu me l'annonçais avec fermeté la semaine dernière. Je le pressentais, hélas. Il ne faut pas que ça t'inquiète outre mesure."

L'accusé y est décrit comme "un chose inerte" s'étant installée chez la victime "comme une méduse échouée sur une plage". "Cette expropriation le met dans l'embarras, car il ne sait pas où il va aller. Il ne veut pas non plus te faire de cadeau, nous savons pourquoi", est-il encore écrit. "Les méthodes à l'amiable ne fonctionneront pas avec lui. Il ne fait que de la résistance bête et méchante qui témoigne de son immaturité et son incapacité à résoudre le problème qui vous occupe. Il est dans le déni de la réalité" et atteint d'une "psychose plus ou moins compensée, à moins qu'il ne soit stupide ou de mauvaise foi".

Oswald D. ajoute que "l'éviction" de Bernard Wesphael est éprouvante "bien que salutaire pour la santé psychique" de Véronique Pirotton. "Sans tarder, tu dois prendre conseil auprès d'un avocat pour savoir ce qu'il convient de faire pour qu'il débarrasse le plancher", écrit-il. "Il ne peut plus te faire croire qu'il ne sait pas ce qu'il en est entre nous et que votre situation est en complète déliquescence. (...) Ne cède pas à ses pressions, ce chantage et ses manipulations perverses qui n'ont que le but de te détruire."

Le courrier est signé, "je t'aime, ton Os". Le président a questionné les enquêteurs pour savoir s'il est possible de savoir quand le fichier est apparu sur le disque dur et quand il a été effacé, ce qui n'a pas pu être établi.

L'ordinateur a cependant visiblement été utilisé le 30 octobre à 18h58 ainsi qu'entre le 1er novembre vers 23h00 et le 7 novembre à 6h00 du matin. Me Bauwens, avocat de la défense, a soulevé que le 30 octobre à 18h58, son client était en voiture vers Ostende et le fils de la victime absent, et que Bernard Wesphael était par ailleurs déjà privé de liberté aux autres dates. Les enquêteurs ont également confirmé devant la cour que la famille de la victime était présente chez celle-ci le jour de la perquisition. "Est-il possible que la lettre ait été placée sur l'ordinateur entre le 1er et le 7 novembre?", a encore questionné Me Bauwens. "En théorie, c'est possible", a répondu l'inspecteur. "Je ne vois pas l'intérêt de placer une lettre sur un ordinateur puis de la supprimer sans qu'on puisse la retrouver sans un logiciel spécialisé", a commenté Me Moureau, avocat des parties civiles.

Bernard Wesphael "dit ne jamais avoir eu cette lettre. Il y a des éléments objectifs qui nous permettent d'établir ce qui s'est passé", a conclu Me Mayence.

L'audience a repris peu après 13h jeudi, avec l'audition des experts de l'institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) quant aux analyses textiles et traces de maquillage.


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