Il n’y a pas l’ombre d’un doute : pour les parties civiles (le fils de la victime, sa sœur, son cousin, son ex-mari…), Bernard Wesphael a volontairement tué sa femme Véronique, "Mme Pirotton pour son mari."

Au cours de sa plaidoirie, Me Philippe Moureau a proposé une reconstitution du tragique huis clos qui s’est déroulé dans la chambre 602 de l’hôtel Mondo. Un scénario basé sur sa lecture du dossier, "une hypothèse qu’une caméra aurait pu filmer" . Un film qui décrit clairement une scène d’homicide.

Avant lui, Me Diëgo Smessaert avait énuméré "13 éléments" permettant d’exclure les deux autres thèses (le suicide et l’accident) et de conclure au meurtre : l’autopsie qui a révélé 35 zones hématiques et l’impression des dents sur l’intérieur de la joue; les fibres de l’oreiller sur le visage; le fond de teint sur l’armoire; le bras droit replié sous le corps; le sachet en plastique avec des traces de maquillage et de salive; les blessures sur les mains de Bernard, qui saignent encore à 23 heures, et les blessures sur celles de Véronique; la tache de sang dans le lit; les témoignages des occupants des chambres voisines; la fille au chien dans le bar qui a entendu une dispute; les coups dans la structure du lit; le pull noir de Véronique, enroulé dans les draps…

Les 13 éléments trouvent leur place

"Dans mon histoire, les 13 points s’expliquent" , affirme Me Moureau. Son histoire ? On est le 30 octobre 2013. Véronique Pirotton a dit à de nombreuses personnes qu’elle allait divorcer, que ça n’allait plus. Mais elle est coincée. Elle a une certaine crainte par rapport à Bernard Wesphael. Il y a Victor, aussi; il a une bonne relation avec son beau-père; ce serait un coup pour lui. La jeune femme part à la mer pour prendre du recul, se reposer. Pourquoi a-t-elle accepté que Bernard Wesphael l’y rejoigne ? Peut-être comme dans la chanson : "Faisons l’amour une dernière fois avant de nous dire adieu" , avance l’avocat.

Les deux appels d’Oswald

Quoi qu’il en soit, l’accusé se retrouve à la mer, avec l’assentiment de sa femme. Le premier soir; on fait un bon repas; on boit, mais pas trop; cela se passe bien. Le lendemain, après le déjeuner, ils font l’amour deux fois. En trouvant le temps de beaucoup téléphoner et d’échanger des SMS. Arrivent les deux appels d’Oswald sur le téléphone fixe de la chambre 602. "A partir de là, Bernard Wesphael est vigoureusement fâché , poursuit Me Moureau. Il envoie un message de menaces très fâché à Oswald."

Le couple quitte ensuite l’hôtel vers 15h30. Là, commence "une période mystérieuse" , selon l’avocat. Où sont-ils ? Que boivent-ils ? Elle surtout : elle sera saoule une heure plus tard, en entrant dans le snack à pittas. "Elle a bu 15, 16, 20 verres ?" Il ne vous le dira pas, tonne l’avocat en désignant l’accusé. "Elle avait 2,9 g d’alcool par litre de sang. Je pense que c’est là que ça se passe." Ils restent environ deux heures dans le snack. "Elle a Oswald sur le dos. Elle ne doit pas passer un bon moment. Je veux bien admettre qu’elle a repris un cachet ou deux."

Il va farfouiller dans son GSM

Lui marche devant elle pour rentrer à l’hôtel. Passage au bar : amaretto pour elle; cognac pour lui; nouvel amaretto pour elle. Ils remontent à la chambre 602. Devant l’ascenseur, elle doit s’appuyer sur lui.

Ils entrent dans la chambre à 20h40. Véronique enlève ses vêtements "comme quelqu’un qui n’a qu’une seule idée en tête : dodo" . Effet conjugué de l’alcool et des médicaments, elle s’endort lourdement. Elle n’entend pas un appel de Victor, son fils, vers 21 heures, ni son dernier SMS, à 21h20.

Que fait-il, lui ? Il rumine ses échecs, accumulés : politiques, financiers, son mariage,… Il consulte sa boîte vocale à 21h28. Et après ? "Soit il a envie d’une relation et elle ne veut pas. Soit, il va farfouiller dans le GSM de Véronique." Il constate qu’elle a repris contact avec son amant, découvre le SMS qu’elle lui a envoyé plus tôt : "Mon amour, je viens d’écrire le premier chapitre." Exactement les mêmes mots qu’elle lui a adressés un peu plus tôt. "Ça achève de le rendre enragé , postule l’avocat. Il la frappe sur le lit, tente de l’étouffer avec le coussin. Elle se défend, elle crie, elle hurle comme un loup comme le décrivent les occupants des chambres 601 et 502" , poursuit-il .

Avec une idée derrière la tête…

La suite du scénario imaginé par les parties civiles ? Soit elle s’échappe à quatre pattes du lit; soit il la traîne dans la salle de bains "avec une idée derrière la tête" . Elle tombe sur le dos; il la maintient avec un genou sur le foie et plaque le sachet en plastique sur son visage et l’empêche de respirer. "Elle meurt de cette épouvantable façon" , termine Me Moureau.

A propos de Véronique, il dira : "Cette femme fragile est devenue un enjeu entre deux hommes aussi manipulateurs que menteurs. Une petite souris coincée entre deux matous dont l’un l’a détruite et l’autre, tuée."