Quelle sera la position du PS si, d'aventure, l'orange bleue sollicite son soutien pour une réforme de l'Etat ? Réponses avec Laurette Onkelinx, toujours vice-Première ministre du gouvernement démissionnaire de Guy Verhofstadt.

Vous avez passé un été relax, des vacances en famille... Auriez-vous préféré être à la table de négociation à Val Duchesse ?

Quelle question ! Non, nous n'avions pas à être à la table des négociations. Nous avons subi un échec électoral le 10 juin. Il ne nous paraissait pas anormal que les partenaires de l'orange bleue essayent de former un gouvernement. Le PS n'est pas un parti de pyromanes : nous avons laissé faire. Pendant de longues semaines, on ne nous a pas entendus. On sait que ce pays a besoin d'un gouvernement fédéral. Le problème, c'est la longueur de ces négociations. On n'a pas avancé d'un iota depuis le 10 juin. Au contraire, on recule. Les tensions communautaires sont plus importantes que jamais. Les noms d'oiseau volent. Pendant 80 jours, on a juste assisté à un "tour des nombrils"... Ce n'est pas sérieux. Quand on se promène en rue, on ressent une inquiétude, une angoisse. On est un peu ridiculisé au niveau international. Maintenant il faut y aller. Soit l'orange bleue réussit - et tant mieux, on fera notre job dans l'opposition - soit elle ne réussit pas et il faudra tourner la page. L'acharnement thérapeutique, ça suffit ! Car qu'ont-ils fait de leur victoire, ceux qui ont gagné le 10 juin ?

Vous êtes ministre depuis 1992. Comment vit-on la perspective d'abandonner cette fonction ?

Au début, c'est un choc. Il y a la tristesse de se séparer de gens avec lesquels on a beaucoup travaillé. Puis vient le temps de la réflexion : l'électeur nous a sanctionnés, il faut savoir comment interpréter ce signal. Par rapport au SP.A ou au PS en France, je suis fier de la manière dont le PS aborde cette question. Tout de suite, on a pris les décisions qui s'imposent, notamment à Charleroi. Le parti a maintenant un président à part entière. On a relancé les exécutifs communautaires et régionaux. Nous organisons ce week end une vaste réflexion sur l'emploi et le travail. Il faut rester mobilisé pour reconquérir la confiance. C'est notre mot d'ordre.

Plusieurs reconversions, ministérielles, s'offraient à vous. Pourquoi avoir choisi la Chambre ?

En tant que vice-Première ministre des 2 derniers gouvernements, je devais assumer. Si le PS va dans l'opposition, je dois y être aussi.

Si vous aviez été à la table de négociation, auriez-vous agi différemment du MR et du CDH ?

La liste des revendications des partis flamands était inacceptable pour tout parti francophone.

Plusieurs négociateurs souhaitent que les socialistes apportent, ultérieurement, leur soutien à une réforme de l'Etat qui nécessiterait une majorité des deux tiers.

Le PS n'est en rien demandeur d'une réforme institutionnelle. Soutenir la réforme ? On ne va certainement pas dire oui, sauf s'il y a des éléments extrêmement favorables soit pour la défense des francophones - un élargissement de Bruxelles, par exemple -, soit pour un meilleur développement économique dans nos régions. Pour le reste, c'est non. Nous ne sommes pas là pour détricoter. Il faut maintenir le fédéralisme actuel basé sur la solidarité et le développement de toutes les Régions.

Le "presque accord" de 2005 sur Bruxelles-Hal-Vilvorde pouvait-il se faire à la majorité simple ?

Non. Il supposait des modifications pour permettre notamment à la Communauté française d'exercer ses compétences auprès des francophones de Flandre, en périphérie. L'accord de 2005 montre qu'en dialoguant, en faisant preuve de créativité, il est possible de trouver une voie : il n'y avait pas de véritable scission mais un aménagement de l'arrondissement électoral et des droits nouveaux pour les francophones. C'était très concret pour les gens. Seul "Spirit", au dernier moment, a dit "non".

Entre Olivier Maingain et Gérard Deprez sur BHV...

...pas du tout d'accord avec Gérard Deprez ! D'abord sur le regard qu'il porte sur Olivier Maingain. C'est un homme qui tient son engagement. Depuis toujours, il a dit : pas de scission sans élargissement. La stratégie de Gérard Deprez et de Joëlle Milquet, concernant BHV, est impossible à suivre car elle néglige la vie des francophones de la périphérie. Le droit de vote pour les francophones est insuffisant. Ce n'est pas cela qui va régler leurs problèmes quotidiens, les tracasseries administratives auxquelles ils sont soumis. Le calcul de Gérard Deprez et de Joëlle Milquet est, ici, purement électoraliste : on scinde et on s'arrange pour que les habitants puissent continuer à voter pour les francophones. Mais que fait-on de leurs droits ? En 2005, ils étaient non seulement garantis mais même élargis.

Il faut donc régler BHV aux 2/3...

Il y a d'autres solutions que la scission. Le plus simple ? Revenir aux anciennes circonscriptions. S'ils exigent la scission, il faut obtenir autre chose que le droit de voter et permettre aux francophones de mieux vivre en territoire flamand.

Didier Reynders a expliqué aux Flamands que la première réforme de l'Etat avait été de mettre les socialistes dans l'opposition...

Cela fait partie du cinéma habituel de Didier Reynders. Mais je n'ai pas envie de recommencer la petite guéguerre.

Pour réduire les revendications flamandes, ne faut-il pas accélérer l'essor économique wallon ?

C'est évident. Mais il faut le faire d'abord et principalement pour accroître la qualité de vie des Wallons et des Bruxellois.

D'aucuns affirment que le PS, par sa politique d'assistanat et sa permanence au pouvoir, est responsable du mal wallon...

C'est faux, cynique... Que dire de tous ces industriels qui ont fait la gloire de la Wallonie et puis qui sont partis : les Boël, Frère et Cie... Ceux qui ont déserté, ce ne sont pas nécessairement des socialistes... Mon père, flamand, a quitté le Limbourg, où il vivait avec difficulté pour venir chercher du travail en Wallonie. Il faut le dire aux jeunes. Cette période-là a existé. A ce moment-là, la solidarité de la Wallonie à l'égard de la Flandre était une réalité. Sans cela, la Flandre ne serait pas dans l'excellent état dans lequel elle est aujourd'hui.

Que dites-vous aux Flamands qui affirment que le "non" francophone transforme les Flamands modérés en séparatistes....

Non, évidemment. Mais le blocage actuel insoutenable, sert les séparatistes.

Y a-t-il encore des hommes politiques qui pensent "belge"?

Du côté francophone, je ne ressens pas de repli communautaire.

En Flandre, la seule institution qui compte, c'est la Flandre.

Pendant les deux gouvernements Verhofstadt, on a gouverné sans déstructurer l'Etat belge. Les responsables flamands au niveau du gouvernement et du Parlement fédéral avaient en tête la Belgique et pas leur région d'origine.

Précisément, le CD& V et la N-VA justifient leur appétit institutionnel par l'immobilisme des gouvernements Verhofstadt en la matière....

L'exigence des Flamands est de vivre mieux. On peut les comprendre. Mais c'est bien ce qui se passe: la Flandre est de plus en plus riche. On ne peut pas dire que l'Etat fédéral actuel n'a pas permis le développement de la Flandre. Mais il faut dire que l'opinion publique flamande est sans cesse alimentée d'idées nationalistes.

Cette tendance est absente dans le Sud. Sans tomber dans les excès de Flandre, ne faudrait-il pas simplifier les institutions afin que les francophones puissent mieux se reconnaître, ou se rassembler?

Là-dessus, les partis francophones ne sont pas nécessairement d'accord entre eux. Ils ont donc décidé de reporter ce débat-là en dehors de la négociation du gouvernement fédéral. Inutile d'afficher nos divisions.

Une autre coalition, à participation socialiste, pourrait-elle, plus aisément, sortir du guêpier communautaire?

Lors des réformes auxquelles nous avons participé, nous avons fait le chemin inverse: nous avons d'abord discuté ensemble, de ce que Flamands, Wallons et Bruxellois voulaient pour les habitants de tout le pays, en termes de qualité de vie, de développement économique, de solidairté. Et à parti de là, nous avons parlé des institutions. On n'a pas d'abord parlé des symboles: les réformes de structures ont servi à soutenir un programme économique et social.

Yves Leterme est-il toujours, à vos yeux, un homme "dangereux"?

On a aussi tous vu ses maladresses! On verra si, le moment venu, il prendra les habits de Premier ministre.

© La Libre Belgique 2007