Un tiers des personnes avec une déficience mentale développent dès l’enfance, ou plus souvent entre 15 et 20 ans, des maladies mentales plus ou moins graves  : psychoses, troubles de l’attachement, troubles de l’humeur, dépression profonde… C’est une problématique qui reste mal connue, mais qui touche durement les familles concernées. En ce cas de double diagnostic  – maladie mentale et handicap mental –, la personne traverse des phases de crise aiguës nécessitant des traitements spécifiques. Pour les proches, c’est un véritable cauchemar qui se déclenche brusquement. Tout imprévu, perturbant, peut déclencher une crise violente.

Que faire, quand elle se produit, et que la personne devient un danger  – pour elle-même ou pour les autres ? Actuellement, les institutions confrontées à ce problème n’ont pas d’autre solution que de réagir dans l’urgence  : on appelle la police, on demande un placement judiciaire, on trouve une place libre dans une structure pas forcément adaptée… Et quand la crise est passée, la personne se fait régulièrement exclure de son centre de vie, qui estime la situation ingérable.

Réponse adaptée

Pour le patient, rien n’est réglé. Au contraire. Les personnes sont poussées vers une hospitalisation chronique avec, à la clé, des coûts très élevés pour l’Inami et, surtout, une solution inadéquate pour les personnes concernées.

Dans les services généraux de psychiatrie, le personnel n’est pas formé et ne comprend pas les personnes handicapées mentales; les autres patients, déjà fragilisés, rejettent les personnes déficientes mentales pour les mêmes raisons, ne comprenant ni leur attitude ni leur façon d’être.

Il existe pourtant une réponse adaptée aux besoins de ces patients qui, encadrés et accompagnés, peuvent très bien vivre en institution en dehors des phases aiguës.

Pour mettre un terme à ces crises le plus rapidement possible et stabiliser l’état des personnes, l’intervention du réseau et d’une équipe mobile de soins peut régler le problème dans 50 % des cas, estime le docteur Godelieve Baetens, psychiatre à l’unité 23 du Centre psychiatrique de Manage. “Pour l’autre moitié, une intervention hospitalière temporaire dans une unité spécialisée reste indispensable.” La psychiatre précise : “On peut stabiliser la majorité des patients en 2 ou 3 mois et leur permettre ensuite de réintégrer leur vie normale dans leurs lieux d’accueil.” Mais du côté francophone, l’unité 23 (25 places opérationnelles) est la seule unité “double diagnostic” qui doit couvrir Bruxelles et la Wallonie… Et elle affiche toujours complet. Il faudrait au minimum prévoir une telle unité à Bruxelles pour soulager les institutions (maisons de soins psychiatriques, institutions…) et leur garantir un “sas” pour les patients à double diagnostic en phase de crise.