De nombreux policiers fouillent le public venu assister à l'audience de la 61e chambre correctionnelle de Bruxelles avec minutie, jeudi 8 décembre. «C'est pour la protection de certains témoins», nous confie l'un d'eux. Car c'est de secte qu'on parle. Un mouvement international, connu dans 30 pays sous le nom d'«Energie universelle» ou de «Spiritual Human Yoga» (SHY), mais avec pour unique gourou «Maître Dang».

Le vrai nom de cet Américain d'origine vietnamienne, Minh Luong Dang, est moins pompeux. Mais ses disciples «trouvent naturel» le vocable de «maître», explique un premier témoin. Comme plusieurs autres comparaissant en cette première audience (la suite est prévue le 12 janvier), il s'agit d'un médecin. Ces témoins-là ne redoutent pas les foudres de la secte: ils ont été cités par la défense et sont venus expliquer combien «Maître Dang» sait mieux que quiconque «ouvrir les chakras». C'est-à-dire remettre en marche ces sept pseudo-centres d'énergie du corps dont la mise en panne suscite, soi-disant, maladies et... catastrophes naturelles!

Bref, les crédules doivent, pour se délivrer du problème des «chakras» ou, même si l'apprentissage est plus onéreux encore (on parle en centaines ou en milliers de dollars, selon les cas), pour en délivrer les autres, suivre l'enseignement de Dang. Qui s'est inspiré d'une thérapie cinghalaise du 19e siècle... Un business juteux, selon l'accusation qui soumet à la présidente Anne-Françoise de Laminne de Bex des préventions d'escroquerie et d'exercice illégal de la médecine, pour des actes posés dans le centre «Cerehu» de SHY, à Etterbeek, à la fin des années nonante, et pour des «conférences» comme celle tenue en 1995 au Palais des congrès de Bruxelles, devant 1200 Européens.

C'est ce dont doivent répondre Minh Luong Dang, âgé de 63 ans, ainsi que Thi Minh Vo, la trésorière de SHY pour la Belgique, elle-même âgée de 53 ans. Si elle est absente, Dang comparaît détenu. Pas à cause de l'arrestation subie en 1999 à Bruxelles. Il avait été libéré sous caution de 1,25 million d'euros. Non, c'est pour un mandat d'arrêt international français qu'il a été écroué en se présentant en Belgique. Chétif, grisonnant mais souriant et calme, il conteste les préventions et nie le caractère sectaire de son mouvement. Malgré tout, à entendre ce médecin venu témoigner d'Allemagne à la demande dudit «mouvement» et qui affirme que SHY l'aide à choisir les thérapies de ses patients pour mieux «transférer l'énergie universelle», il y a de quoi se poser des questions. A suivre.

© La Libre Belgique 2005