À la Commission Attentats, des travailleurs sociaux soulignent un quart de siècle de déficit d’intégration.

La Belgique s’est intéressée trop tardivement à l’intégration des communautés étrangères invitées dans les années soixante pour soutenir l’économie belge, ont souligné des intervenants lundi devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats. “Il y a dans ce pays des petits beurs qui n’ont jamais rencontré des petits gaulois, et vice-versa”, a notamment dit Daniel Martin, directeur du Centre régional de Verviers pour l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère.

Les trois orateurs étaient invités à s’exprimer sur l’accueil des réfugiés et migrants en Belgique, dans le cadre du volet “radicalisme” des travaux de la commission parlementaire.

Tous ont rappelé que les attentats de Paris et de Bruxelles avaient été commis par des jeunes issus de la seconde et de la troisième génération, et qu’à ce titre, ils n’étaient pas des migrants mais des Belges. À l’inverse, les réfugiés ou migrants sont souvent des personnes “très vulnérables”, qui peuvent avoir été victimes de la radicalisation dans leur pays, a précisé Bruno Gilain, directeur de l’asbl bruxelloise Convivial.

En Flandre, “nous n’avons pas d’impact direct sur la deuxième ou la troisième génération”, a renchéri Gunther Van Neste, directeur à l’agence flamande de l’Inburgering. “La politique d’intégration n’a démarré que dans les années 90. Tous ceux qui sont arrivés dans les années 60 n’ont pas bénéficié de ce parcours d’intégration”.

La Flandre a été la première à adopter un décret en 1999, qui a mené au lancement de son parcours d’intégration, rendu obligatoire pour tous les primo-arrivants. La Wallonie l’a adopté depuis 2016 seulement, invitant désormais les migrants à suivre 120 heures de cours de français et 20 heures de formation à la citoyenneté. À Bruxelles, le parcours d’intégration n’est pas obligatoire. En Wallonie, 600 personnes suivent actuellement le parcours d’intégration, 60 % sur une base obligatoire et 40 % comme volontaires.


Sortir des “zones de confort”

“Il n’y a pas de lien entre le radicalisme violent, le terrorisme et les primo-arrivants. Mais on se rend compte qu’il y a un large déficit d’intégration dans notre pays”, ajoute Daniel Martin. “Il y a des choses à faire. Il faut sortir des quartiers et des zones de confort”. Pour le Verviétois, dans certains quartiers de nos villes, s’est installée une “oisiveté”, du “temps libre” qui ont donné champ libre à des recruteurs vers le djihadisme. Ceux-ci ont éloigné les jeunes de leur famille et les ont dirigés vers des lieux de prière, et non des mosquées. “On a laissé des quartiers entiers se replier sur eux-mêmes. Le manque de mixité sociale a entraîné un repli identitaire”.


Que faire du secret professionnel?

Certains intervenants se sont montrés favorables à la révision du secret professionnel du travailleur social, une option sur laquelle tant la commission que le gouvernement travaillent. Mais les sensibilités régionales diffèrent. À Bruxelles, “les CPAS préfèrent travailler sur le préventif, la cohésion sociale et le vivre ensemble plutôt que sur la détection d’infractions” a souligné Marie Wastchenko, responsable à Brulocalis, alors qu’en Flandre, les CPAS siègent dans les cellules de sécurité au niveau communal, où la gestion est collective et le dernier mot revient au bourgmestre.


--> La prochaine audition a lieu mercredi, avec Marijke Deroover (Centre de rapatriement 127bis), Jean-Pierre Luxen et Fanny François (tous deux de Fedasil).