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Belgique

Quand s’arrêtera la "danse macabre" ?

An.H.

Publié le - Mis à jour le

La centaine de sans-papiers qui occupent un parking en sous-sol du campus de la VUB sont dans un état de santé déplorable. Ils entament ce mardi leur 58e jour de grève de la faim pour protester contre la surdité du gouvernement, et en particulier de la ministre en charge de l’Asile et de la Migration, Annemie Turtelboom (Open VLD), qui tardent à concrétiser la promesse faite dans l’accord gouvernemental de mars... 2008 de procéder à des régularisations sur la base de critères clairs et objectifs. Les grévistes de la faim, qui ne s’alimentent plus depuis le 16 février (soit bientôt deux mois), absorbent uniquement de l’eau avec de légers apports en sucre et en sel.

Complications sévères

Plusieurs médecins qui tentent de les assister sur le plan sanitaire ont exprimé vendredi leur vive inquiétude. "Les quelques rares études effectuées chez les grévistes de la faim, dont celle parue récemment dans "The Lancet", révèlent toutes que dans les conditions où ils effectuent leur grève, des complications sévères, pouvant être létales, peuvent apparaître dès la 7e, et surtout 8e semaine, mais chez certains déjà plus précocement" , indiquent les médecins signataires (dont le professeur Dupont, doyen de la Faculté de médecine de la VUB) dans une lettre ouverte adressée à la ministre Turtelboom.

Les praticiens ont déjà décelé des signes alarmants chez les grévistes de la faim dont ils prennent régulièrement la température et le pouls ou à qui ils prélèvent du sang.

Sur le campus de l’ULB, les 280 occupants en situation irrégulière en sont à leur 43e jour de grève de la faim. Mais ici, les médecins de différentes maisons médicales bruxelloises, sollicités par le passé pour assurer un suivi médical, ont décidé officiellement, début avril, de ne plus se rendre au chevet des sans-papiers. Un geste politique, pour inviter la ministre de l’Asile et de la Migration à " prendre ses responsabilités" .

Enfin, à l’église du Béguinage, au centre de Bruxelles, 230 sans-papiers ont entamé une grève de la faim début avril.

Motus et bouche cousue

Du côté politique, c’est motus et bouche cousue. On sait que le Premier ministre, Herman Van Rompuy (CD&V), a repris le dossier en mains, en toute discrétion. Mais si la situation progresse, c’est à pas de souris.

Au cours du week-end, les professeurs membres du Comité des universités et des Hautes Ecoles belges pour le soutien aux sans-papiers demandaient "solennellement" au Premier ministre "d’arrêter, avant qu’il ne soit trop tard, ce jeu de miroir où le cynisme sans pareil de la ministre instrumentalise le désespoir de certains sans-papiers pour rendre toute solution impraticable".

Pendant l’été 2008, des étrangers en situation irrégulière avaient déjà entrepris des grèves de la faim, dont certaines ont abouti à des autorisations provisoires de séjour en raison de leur état de santé. Le délai s’écoulait avant même que ces personnes ne recouvrent la santé et redeviennent des sans-papiers...

La ministre, intraitable sur le fond, se prétend humaine; elle régularise quelques familles et donne parfois un court répit à des grévistes de la faim arrivés à la dernière extrémité, relèvent Mateo Alaluf (ULB), Yves Cartuyvels (Facultés Saint-Louis) Eric Corijn (VUB) et Serge Gutwirth (VUB). "En acculant les sans-papiers au désespoir, la ministre hypothèque encore plus toute solution politique." Le cynisme de la ministre et le désespoir des sans-papiers en grève de la faim ressemblent à une danse macabre, qu’il faut arrêter d’urgence, continuent-ils. "L’application effective de l’accord gouvernemental mettrait un terme à cette sinistre situation."

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