Entretien

Scinder ou pas l'arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) ? C'est l'un des sujets que les négociateurs du prochain gouvernement devront régler. Mais au fait, pourquoi scinder ? Côté francophone, certains imaginent des mouvements inverses : ainsi Damien Thiéry, le bourgmestre FDF de Linkebeek, une des communes à facilités - qui attend toujours sa nomination - propose, lui, d'étendre la Région bruxelloise, non pas à l'une ou l'autre commune comme Rhode Saint Genèse, mais bien jusqu'aux frontières des provinces du Brabant wallon et du Brabant flamand...

Pensez-vous que les partis flamands puissent renoncer à leur volonté de scinder BHV ?

Les partis flamands en ont fait leur priorité : ils l'ont répété pendant toute la campagne électorale. La menace est donc bien réelle.

Comment les francophones doivent-ils riposter ?

Avant les élections, tous les partis francophones ont dit que si l'on touchait à BHV, ils demanderaient un élargissement de la Région bruxelloise. Je suis donc surpris de voir que le CDH, notamment, se contenterait du fait que les francophones, en cas de scission, puissent aller voter autre part. Cela est en totale contradiction avec la position unanime prise avant les élections : la seule contrepartie à la scission, c'est l'élargissement.

Gérard Deprez partage l'avis de Joëlle Milquet. Il est quand même vice-président du MR...

Je pense qu'il s'est fourvoyé. Il a été remis à sa place par Didier Reynders. En plus, traiter Olivier Maingain d'Inquisiteur... Je pense qu'il devrait se documenter et suivre ce qui se dit au sein du parti.

Vous, vous réclamez une extension des facilités linguistiques?

Je suggère d'accorder des droits si dans une commune 15 à 20 pc des francophones le demandent. Cela suppose évidemment une ratification de la Convention cadre sur le respect des minorités, un acte que les Flamands refusent évidemment d'envisager. Droit ou facilité... Appelez cela comme vous voulez. Pour moi, c'est un droit issu de la démocratie en tant que tel. Mais si, dans une commune du Brabant wallon, 15 ou 20 pc des habitants, parlant le Flamand, demandent qu'on leur offre un service bilingue... aucun souci pour moi. Cela dit, je pense qu'il faut aller beaucoup plus loin...

Jusqu'où?

Sur la base d'études universitaires sur le plan économique, social, démographique, je propose d'élargir Bruxelles aux deux Brabant, wallon et flamand. Avec Bruxelles, cette entité formerait la nouvelle Région bruxelloise. Cela résoudrait les problèmes liés au refinancement de Bruxelles. Et cela réglerait aussi le problème linguistique: à partir du moment où l'on offrirait un service bilingue à toute la population des Brabant et de Bruxelles tout le monde ferait des concessions, Flamands comme francophones. Tout le territoire aurait un statut bilingue.

Pas sûr que les Flamands vous suivent....

Aucune piste ne doit être délaissée. C'est une proposition que je lance. Je suis persuadé que la clé de la réussite se trouve dans cette formule-là.

Sans aller jusque-là, vous contenteriez-vous de l'établissement d'un couloir, d'un lien territorial (par Rhode-Saint-Genèse) entre la Wallonie et Bruxelles? La Wallonie et Bruxelles ont enfin compris qu'elles devaient travailler ensemble. Ce dont je me réjouis. Le problème est plus fondamental que cela. Et je pense qu'il est indispensable de demander l'avis de la population. A partir du moment où plus de 50 pc de la population demandent à avoir le statut bilingue de Bruxelles, on ne peut pas s'y opposer. Le fédéralisme suisse repose sur le référendum pour savoir à quelle région les gens voulaient appartenir. Cela ne fonctionne pas mal. Pourquoi ne pas faire la même chose chez nous ?

Si on laisse Bruxelles tel quel et si la scission survient...

Là, je pense que le scénario sera le suivant : tous les francophones de la périphérie, c'est-à-dire entre 140000 et 150000, seront intégrés à la Flandre et flamandisés dans les dix ans qui viennent. Pendant ce temps, on laissera pourrir Bruxelles : la Flandre aura sucé tout ce qu'elle peut de Bruxelles pour l'affaiblir complètement. Dans ce cas-là, Bruxelles n'aura plus aucune autonomie possible et sera annexée à la Flandre puisque, vu les frontières linguistiques, elle fait indirectement partie de la Flandre. Dans ce cas-là, je ne donne pas cher de la Belgique.

Le compromis de 2005 sur BHV vous convenait-il ?

Cela ne résolvait pas tous les problèmes. Et c'est un parti flamand, Spirit, qui n'en a pas voulu. Moi, je propose de reprendre le problème à la base sinon, dans deux ou trois ans, il faudra renégocier. Voyez les facilités.

Votre idée nécessite une majorité des deux tiers.

Evidemment. Mais si l'on discute de BHV à la majorité simple, les francophones n'obtiendront rien, ils perdront leurs droits à terme. Il est dans l'intérêt des francophones de négocier les compensations aux deux tiers. Maintenant ou en 2009 ? Cela peut évidemment se discuter.