Mesdames et Messieurs,

Dans quelques jours, il y aura dix ans que le roi Baudouin nous a brusquement quittés. J'aimerais rappeler, en ce jour de Fête nationale, quelques valeurs qu'il incarnait si bien et certains thèmes qui lui tenaient tellement à coeur. C'est une belle occasion d'honorer sa mémoire, de remercier la reine Fabiola qui fut à ses côtés pendant plus de trente ans, et de souhaiter que l'action de mon frère continue à nous inspirer tous.

Il était profondément attaché aux valeurs de base de notre condition humaine. Il les proclamait souvent, mais surtout, il les vivait dans le quotidien, dans ses nombreux contacts avec tellement de personnes différentes; qu'il s'agisse de hauts responsables ou de simples citoyens, d'enfants du juge, de victimes de la traite des êtres humains ou de tant d'hommes et de femmes blessés par la vie. C'est cette même préoccupation qui fut à l'origine de la création de la Fondation Roi Baudouin, dont le but principal est de soutenir toutes initiatives tendant à améliorer les conditions de vie de notre population.

Un avocat de l'unité

Lors de sa visite d'Etat aux Pays-Bas en mai 1993, quelques mois avant sa disparition, il soulignait et je cite:

«Il est indispensable que dans nos foyers, dans la vie associative, dans nos sociétés soient réapprises les valeurs de base de notre civilisation: notamment le respect de la famille, la dignité de chacun, la solidarité, la justice et la tolérance. Chaque fois que la société s'en écarte, elle en souffre et en fait souffrir d'autres.» Fin de citation.

C'est le vécu concret de ces valeurs qui a tant ému l'ensemble de la population lors de son décès. Car ces valeurs sont universelles, comme le rappelait le père Guy Gilbert lors du mariage de Laurent et Claire. Elles sont basées sur l'amour et le respect de l'autre qui doivent nous inspirer tous, quelles que soient nos convictions ou la culture à laquelle nous appartenons.

Par ailleurs, le roi Baudouin était le symbole, mais aussi un avocat vigoureux de l'unité et de la cohésion du pays, dans le respect de sa diversité. Il considérait le caractère multiculturel de la Belgique comme un merveilleux atout et une richesse, comme une chance unique d'être plus ouverts aux autres, plus aptes à comprendre et à accepter la différence. C'est pourquoi il insistait sur la tolérance, sur l'effort à faire pour mieux comprendre ce qui se vit dans nos diverses Régions et Communautés mais aussi chez les immigrés. Cette unité dans la diversité, soutenue par la toute grande majorité de nos concitoyens, doit continuer à nous inspirer. L'enthousiasme de tout le pays à l'occasion des succès de Justine et de Kim témoigne lui aussi de cette unité.

Mondialiser la solidarité

Mon frère était également convaincu, et c'est un autre thème qui lui tenait à coeur, que si notre modèle fédéral était bien vécu, il devrait stimuler la construction européenne. Il jugeait cette dernière indispensable pour notre prospérité et pour la promotion des valeurs de paix, de justice et de solidarité dans le monde. Récemment, la guerre en Irak et ses suites n'ont fait que confirmer cette impérieuse nécessité. Poursuivons ce grand dessein qui implique l'élargissement de l'Union mais aussi une politique internationale et de défense commune.

Il était fort choqué de voir que le fossé entre les pays riches et les pays pauvres ne faisait qu'augmenter. Aujourd'hui encore nous sommes scandalisés de constater que moins de 20 pc de la population de notre planète bénéficie de plus de 80 pc du revenu mondial. Il est grand temps de mondialiser la solidarité. C'est ce que contribue à faire l'organisation pour le commerce équitable qui vient de recevoir, il y a quelques semaines, le Prix international roi Baudouin pour le développement.

Par la création de ce prix, mon frère s'est efforcé d'encourager la solidarité entre pays industrialisés et pays en voie de développement. Il aimait soutenir tous ceux qui, dans des organismes publics ou dans des ONG, s'efforcent d'éliminer ces injustices.

Il était particulièrement sensible aux grandes détresses de l'Afrique, et à la condition souvent inéquitable de la femme dans le tiers-monde. Poursuivons donc et encourageons les initiatives en faveur de la paix, du développement et de la reconstruction en Afrique centrale, ainsi que les efforts entrepris dans certains pays pour y améliorer la condition de la femme.

Pour conclure, la Reine et moi voudrions remercier chaleureusement ceux et celles qui nous témoignent leur sympathie à l'occasion de dix ans de règne et qui participent aux différents événements organisés à cette occasion. Toute notre famille, qui s'agrandit rapidement, vous souhaite de fêter ce 21 juillet dans la joie et la fraternité.

Unsere ganze Familie, die ständig wächst, wünscht einem jeden von Ihnen einen vergnügten Nationalfeiertag in voller Eintracht.

© La Libre Belgique 2003