Dénicher la bonne personne pour le bon poste, c’est son boulot... André de Valensart est chasseur de têtes. Il dirige la société de recrutement Goldhand, basée dans le Brabant wallon. Pudiquement, il confie à nos confrères de la Dernière Heure que "Si les ministres étaient élus par rapport à leur formation, les compétences et leur expérience... bon... ce serait autre chose."

Dans le privé, comment effectuez-vous les sélections ?

“On va très loin dans le contenu et la définition de la fonction. Ses enjeux ? Ses challenges ? Ses objectifs ? On définit ensuite le comportement que doit avoir l’individu.”

C’est la base de la sélection ?

“C’est en fonction de cela qu’on définit le profil du candidat en matière de formation, d’expérience, de compétences et de comportement. Les deux premiers critères sont purement factuels. Nous avons un guide pour évaluer le troisième et des outils (une série de questions) pour déterminer le profil comportemental des candidats. Nous présentons alors à nos clients une short list de deux ou trois noms. Et un candidat sort du lot.”

Nos ministres sont en charge de compétences qui n’ont parfois rien à voir avec leur diplôme. Est-ce rédhibitoire dans le privé ?

“Cela dépend de la fonction. L’expérience peut parfois pallier. Si on cherche un diplôme universitaire et qu’on se rabat sur un graduat, on constate toutefois souvent des différences. Par exemple, en termes de capacités analytiques.”

Selon vous, peut-on être un bon ministre sans un diplôme universitaire (ou équivalent) ?

“Ça ne me paraît pas évident. Le métier de ministre est devenu tellement compliqué et complexe qu’une formation universitaire est à peine suffisante…”

Pourquoi ?

“À cause de la grande quantité d’informations à trier. Il doit pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie. Ce qui est très compliqué.”

Un exemple. Alexander De Croo, ministre des Pensions. Il a une licence et un master en "business administration"...

“Vu ses diplômes, il a sûrement les compétences pour exercer sa fonction. Il aura appris à synthétiser une grande quantité d’informations, à résoudre des problèmes de façon simple. Il sait sans doute aussi gérer des chiffres, établir des plans, des stratégies…”

Mais sa formation n’a pas de liens avec les pensions…

“L’essentiel est de pouvoir entrer en profondeur dans les dossiers, développer un esprit critique et analytique, suivre des objectifs, planifier, etc. Je pense qu’un master de type long (en cinq ans) permet d’acquérir ces compétences. En Belgique, il n’existe pas encore d’université pour devenir ministre…”

Il en faudrait une, comme l’ENA en France ?

“Oh, je pense qu’on a déjà assez de ministres comme ça…” (Rires)