Après 12 années de recteurs catholiques, les laïques prônent le choix d’un non-croyant.

Chassez le naturel des clivages belgo-belges, ils reviennent au galop… Si le choix d’un recteur dans les universités de Louvain et de Bruxelles est de plus en plus une question de compétences, de savoir-faire et de savoir communiquer plutôt qu’un affrontement de chapelles (au propre comme au figuré) entre des croyants ou des libre-exaministes traditionnels ou ouverts à la modernité, l’élection d’un numéro "uno" peut encore revêtir une dimension philosophico-religieuse dans les Universités d’Etat. Un combat un peu désuet dans une société dépilarisée mais c’est la rançon d’un vrai pluralisme.

Un sabotage peu humaniste

On en veut pour preuve ce qui se passe à l’Université de Gand où l’on doit, en l’année de son bicentenaire, désigner un successeur à Anne De Paepe, proche de la famille chrétienne - sans faire montre d’un prosélytisme quelconque. Depuis quelques jours, la presse flamande rapporte qu’elle a subi de fortes pressions pour ne pas briguer un second mandat. Pire, son action aurait été sabotée ces derniers mois dans des conditions peu dignes puisqu’elle a voulu se consacrer à son époux malade, décédé depuis lors. En fait, pour nombre de membres de l’UGent, son bilan est à l’image de celui de tous les recteurs, avec beaucoup de bonnes choses et quelques échecs. Certains estiment que la vraie raison de ces pressions serait que si, d’aventure, elle était réélue, l’UGent resterait aux mains des catholiques. Or son prédécesseur, aux commandes pendant 8 ans, Paul Van Cauwenberghe, l’était aussi…

Frères de foi, frères libres penseurs

La querelle aurait été moins médiatique si on n’avait vu surgir, dans le camp des opposants, les francs-maçons. C’est l’évidence même pour ceux que séduit la théorie du complot : le contre-candidat Rik Van de Walle en fait sans doute partie même s’il n’infirme ni ne confirme son appartenance - ce qui est, soit dit en passant, son droit le plus strict de "frère". Difficile à (dé) montrer puisqu’il n’y a pas qu’un courant maçonnique et à Gand, ils sont même relativement nombreux, réguliers ou irréguliers. L’historien Jimmy Koppen (VUB) - une référence pour la franc-maçonnerie - ne croit pas à une alliance vu la grande diversité interne et l’esprit très individualiste des maçons, même au sein des obédiences. D’autres analystes ne l’excluent pas mais uniquement lors des élections. L’équilibre reste difficile mais pas impossible : entre 1817 et 1940, sur 352 professeurs, l’UGent compta autant de croyants que de libres penseurs. Reste à retrouver les vertus de l’alternance… après l’apaisement prôné dans les deux camps.