Querelles (non anodines) de voisinage

Belgique

Thierry Marchandise, Juge de paix

Publié le - Mis à jour le

Querelles (non anodines) de voisinage
© Photonews

Ils sont nombreux ceux qui veulent vivre à la campagne mais qui n’aiment pas que les feuilles mortes de l’arbre voisin bouchent leurs corniches

Ils sont aussi nombreux ceux qui aiment vivre en ville mais ne supportent pas que le chien du palier d’au-dessus circule la nuit. Cela se passe dans une région semi-urbaine ou dans une cité, là où je vais de la ville à la campagne, et vice-versa, sans m’en rendre compte !

Des familles sont voisines depuis plus de trente années, leurs enfants ont fêté tant et tant d’anniversaires ou de réjouissances dans leurs jardins mitoyens

Mais, subitement, les branches du cerisier débordent de manière excessive, le four à pizzas qui fumait si agréablement lors des fêtes envoie ses volutes dans la chambre de l’étudiante d’à côté, le muret de séparation construit il y a des décennies donne désormais de l’humidité dans la véranda, la citerne à mazout, pourtant bien cachée par la végétation qui pousse chaque année, subitement dégage des odeurs insupportables, les coqs chanteurs qui ont gagné tant de concours, se trouvent trop près de la limite de propriété, la pente de la gouttière crée de l’humidité dans un chambre à l’étage voisin, les grands peupliers font de l’ombre au point que plus rien ne pousse dans le potager d’à côté, si ce ne sont les mousses, qui envahissent la pelouse, la belle haie a été taillée en dépit du bon sens jardinier, le chien des voisins ne respecte en rien les règles des territoires et vient faire ses besoins sur la terrasse d’à côté

Le juge de paix connaît un important contentieux relatif aux troubles de voisinage, et mon expérience quotidienne de magistrat cantonal me rappelle que l’homme vit avec une notion de territoire très ancrée en lui, au point que de modestes incursions sont souvent considérées comme des dépassements de frontières intolérables.

C’est dans ce contexte que la mission du juge de paix devient passionnante.

Combien de fois n’ai-je pas rappelé à de futurs magistrats ou même à des collègues cette réflexion de Paul Martens : "La légitimité du juge vient de sa mission, et sa mission est d’apaiser les conflits."

A inscrire au frontispice des salles d’audiences ! Dans ce contexte, mon travail est fait à la fois d’écoute et de fermeté. La fermeté est indispensable pour le respect d’une méthodologie efficace qui doit permettre à chacun de s’exprimer sans être interrompu, mais cette fermeté doit s’accompagner d’une écoute très attentive pour découvrir, au-delà du conflit, les points de convergence ou d’accord, les perspectives de solution, les aménagements de l’environnement possibles.

Je dois faire travailler au mieux mon imagination et systématiser les points de désaccord pour qu’ils ne se mélangent pas et ne se polluent ainsi indéfiniment.

Il peut paraître quelque peu vain ou ridicule que de tels problèmes puissent occuper le travail d’un magistrat. Cette observation m’a parfois été faite mais je réponds toujours que je reste impressionné de voir les conséquences des tensions de voisinage sur la santé et le bien-être de nombreuses personnes.

Je prends dès lors le temps nécessaire pour que chacun ait l’occasion d’aller au bout de son propos en donnant sa version complète de la situation et des embarras qu’elle lui cause et je tente alors de recréer des ponts disparus ou dégradés

C’est donc bien un métier passionnant où les anecdotes sont nombreuses, qui nourrissent l’ambiance de tous ceux qui travaillent dans notre justice de paix.

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