On attendait sans doute trop du retour sur scène médiatique de Michel Daerden. Les débats télévisés jumeaux (RTBF et RTL-TVI) de dimanche n'ont pas levé des hypothèques essentielles sur Francorchamps - qui; avec quelles conséquences?

D'abord, les questions plus personnelles. Pourquoi a-t-il dit (LLB du 10/11) que la convention n'avait même pas été discutée par l'exécutif arc-en-ciel et que lui n'a eu vent des problèmes qu'en juillet dernier sur foi de l'expertise juridique de la Sogepa (lire ci-contre), alors qu'il avait déposé le 2 octobre 2003 au gouvernement sa note, dont il se prévaut, sur les risques qu'il y avait à signer le projet de convention? Et pourquoi, en dépit de son avertissement, s'est-il ensuite ingénié, dans la même note, à sa mise en oeuvre? Simple, à entendre le ministre wallon (PS) du Budget: ce n'était alors qu'un projet de contrat; lui n'a pas vu «le vrai contrat» ; il fallait «restructurer les outils» ; c'est le conseil d'administration de la société de promotion dès lors créée qui a marqué son accord et «il était logique que ce soit lui».

Donc, à l'automne 2003, le gouvernement arc-en-ciel n'a pas avalisé la convention ni, partant, apporté sa garantie? C'est ça, ils sont d'accord, et aucune notification ne pourrait prouver le contraire. Chacun ajoutant sa touche. Daerden: comment aurait-il été d'accord après ses propres mises en garde? Le MR Serge Kubla: «J'étais alors dessaisi. La garantie demandée à Meusinvest n'a valu que pour 2004». L'Ecolo José Daras: ce ne sont «surtout pas» les verts qu'on peut soupçonner!

Problème: Jean-Marie Happart ne cesse de dire que «le gouvernement» a demandé à la société de promotion de signer... L'actuel ministre CDH André Antoine témoigne: par trois fois, jeudi soir à l'Élysette, il lui a demandé: mais qui, nommément? «Le gouvernement. Vous pouvez me poser la question toute la nuit, vous aurez la même réponse», a répété le vice-président de la société et co-signataire de la convention-sans-l'avoir-lue. Antoine ajoute la confirmation par l'administrateur CDH de la société, Jean-Pierre Grafé: aux réticences du conseil, son président Yves Bacquelaine comme Jean-Marie Happart avaient répliqué: «Au nom du gouvernement, il faut signer ce contrat».

Un ministre en douce, alors, peut-être? Ou quelque engagement informel? Daerden, dans la séquence «L'Invité» (RTL) qui a suivi: «Le gouvernement aurait refusé officiellement et un ministre aurait donné l'ordre contraire à titre personnel? Je ne peux pas l'imaginer. Et un accord verbal serait sans signification».

Mais alors, justement, quelle est la valeur de la convention? Peter Callens, avocat-associé chez Nauta Dutilh: «La garantie que le gouvernement doit apporter dans les 15 jours est une condition suspensive du contrat, à défaut de laquelle il pourrait être nul et non avenu. La question de l'implication de la Région alors ne se poserait pas». André Antoine prolonge, mais en-deçà: «Puisque M. Ecclestone veut bien négocier aujourd'hui en dépit du contrat, c'est qu'il n'a peut-être pas tous les arguments juridiques dans son jeu». Alors Jean-Michel Javaux «note l'évolution» du discours officiel (au moins, ajoutera-t-on, celui du CDH, puisque M. Daerden convient que le gouvernement wallon traverse une passe difficile): on s'éloigne, dit le secrétaire fédéral des verts, de «la fatalité» dégagée voici quinze jours par le ministre-Président Di Rupo - en substance: le Grand Prix, ou c'est encore plus cher. Mais le risque zéro n'existe pas, reprend l'avocat. Et Antoine rappelle les éléments qui pourraient faire passer le gouvernement comme «administrateur de fait» ou «partenaire implicite» ou «responsable en cascade».

Bref et donc, au moins dans un premier temps, on négocie un partage de prises en charge des Grands Prix à venir. À quelle hauteur de contribution publique? Daerden, retrouvant un sourire: «Négocier avec Bernie Ecclestone, ce n'est déjà pas chose aisée. Si en plus on lui dit une somme avant, on est sûrs d'être battus!».

© La Libre Belgique 2005