Le matin calme et légèrement frisquet de dimanche a manifestement apaisé les esprits des principaux ministres du gouvernement fédéral : l’équipe de Di Rupo 1er a réussi à goupiller un accord sur les noms des futurs patrons de 5 entreprises publiques fédérales : la SNCB, Infrabel, la SFPI (le holding financier de l’État fédéral), Belgocontrol, la Loterie nationale. Plusieurs présidents de conseil d’administration ont été désignés dans la foulée. 

En ce qui concerne le timing, les contrats des CEO (administrateurs délégués) de ces entreprises devraient être signés dans le mois, à l’exception des nominations au sein du groupe SNCB qui dépendent de la mise en œuvre de la réforme structurelle (passage de trois à deux entités) prévue pour le 1er janvier 2014.

Cerise sur le gâteau : les nouveaux CEO devront signer un contrat avec un plafond salarial fixé à 290 000 euros, comme annoncé, éventuellement amélioré selon les cas de 10 %.

C’était inespéré, tant les difficultés étaient grandes : le kern, le comité ministériel restreint, a subi de lourdes critiques ces dernières semaines en raison de la paralysie entourant la désignation des 5 nouveaux managers publics. Mais un équilibre entre les partis a pu être trouvé : il y aura donc 2 SP.A, 1 Open-VLD, 1 PS et 1 CD&V. Voici donc 4 postes de haut vol octroyés aux partis flamands contre 1 seul à un parti francophone (PS) : le poste de Luc Lallemand, en l’occurrence, qui rempile à la tête d’Infrabel.

On savait que le SP.A, le CD&V et l’Open-VLD étaient à couteaux tirés dans ce dossier très polémique des nominations. Et il semble que cela ait été payant.

Par ailleurs, parmi les postes de présidents de conseil d’administration également octroyés hier, les deux plus importants - celui de Belgacom et celui de l’aéroport de Zaventem - vont à deux Flamands. Et pas les moins influents…

En effet, Stefaan De Clerck, l’ancien ministre CD&V, décroche la timbale chez l’opérateur télécoms et Marc Descheemaecker, "liquidé" de son actuel poste de patron de la SNCB, pourra se consoler à la tête de la société chargée de la gestion de l’aéroport de Zaventem.

Toutefois, une source proche du dossier nuance cette "razzia" flamande sur le top-management des entreprises publiques fédérales. En effet, l’équilibre linguistique dans la répartition de ce genre de mandats est beaucoup plus global que cela.

L’équilibre ? Plus tard…

Les partis francophones pourraient se rattraper plus tard. Il reste encore de nombreuses sociétés publiques dont le mandat des dirigeants va venir à échéance à plus ou moins court terme. Il y aura aussi dans la balance, entre autres, une centaine de mandats à octroyer dans des conseils d’administration d’entreprises publiques.

Au niveau des deux postes de CEO les plus importants, celui de la SNCB et celui d’Infrabel, les noms sortis des palabres des ministres du kern sont aussi le résultat des crispations entre partis flamands. En effet, le SP.A ne voulait pas que son protégé Jannie Haek, actuel dirigeant de la SNCB Holding (maison-mère du groupe SNCB), soit le seul à se faire éjecter de l’entreprise ferroviaire. Du coup, il est rejoint par le libéral flamand Marc Descheemaecker. Oeil pour oeil…

Autre spécificité ferroviaire : les deux futurs dirigeants de la SNCB et d’Infrabel seront socialistes (un SP.A, un PS). Un coup de maître pour la famille socialiste au fédéral. La vice-première Laurette Onkelinx a réussi à sauver la tête de Luc Lallemand qui avait déplu ces derniers temps au sein de l’appareil PS.