Mme Lizin et ses services ont commis une faute (cdH)

"Il est toujours allé de soi qu'aucun mandataire politique ne peut se permettre d'intervenir, d'une manière directe ou indirecte dans une affaire pendante devant un juge. Madame Lizin, qu'elle intervienne comme parlementaire ou comme bourgmestre, et ses services ont commis une faute évidente en adressant à une magistrate un courrier d'intervention", a déclaré, samedi, Joëlle Milquet, présidente du cdH.

Pour Joëlle Milquet, la séparation des pouvoirs constitue "l'une des pierres angulaires de notre démocratie parlementaire. Le respect de ce principe empêche toute intervention des autorités exécutives ou législatives, à quelque niveau que ce soit, dans une affaire judiciaire, civile ou pénale".

Le cdH a pris acte des excuses exprimées par A-M Lizin mais il souhaite qu'un code de déontologie précis puisse être établi par une assemblée parlementaire afin de préciser, "au-delà bien sûr de l'interdiction connue par tous d'intervenir dans une procédure judiciaire, le type de démarches autorisées à l'égard des autres services de l'Etat dans des dossiers individuels".


Onkelinx n'admet pas un tel comportement

En sa qualité de ministre de la Justice, Laurette Onkelinx ne peut admettre un comportement qui, quelles que soient les intentions de son auteur, est contraire à la séparation des pouvoirs, a-t-on appris samedi dans un communiqué du ministère de la Justice.

"Une telle démarche ne peut, en effet, être comprise que comme une pression faite sur un magistrat. Elle considère d'ailleurs que le magistrat concerné a, en l'espèce, adopté une position juste et adéquate en rendant public, dans le cadre du débat judiciaire, le courrier qui lui a été adressé", précise communiqué.

La ministre de la Justice a toutefois pris acte des excuses formulées par la présidente du Sénat Anne-Marie Lizin. Elle insiste par ailleurs pour que chaque responsable politique "veille à ne jamais intervenir dans des affaires individuelles".

"Les citoyens qui estiment avoir des reproches à formuler à l'encontre d'une autorité judiciaire peuvent s'adresser en tout premier lieu à leur avocat qui est leur représentant naturel auprès des juridictions. Ils peuvent également saisir le Conseil supérieur de la Justice, voire le ministère de la Justice qui peuvent se faire le relais de leurs préoccupations", a ajouté la ministre.


Ecolo pour une réunion du Sénat

Ecolo a réclamé samedi une réunion rapide du Sénat pour qu'Anne-Marie Lizin s'y explique devant ses pairs sur son intervention auprès d'une magistrate de la cour d'appel de Liège. Pour Isabelle Durant, secrétaire fédérale Ecolo, il faut que les sénateurs puissent vérifier si Mme Lizin, présidente du Sénat, est encore en mesure d'exercer son mandat.

Pour Ecolo, Mme Lizin vient en effet de "s'immiscer gravement dans le pouvoir judiciaire, bafouant par là les règles constitutionnelles fondamentales de séparation des pouvoirs". Pour Ecolo, les implications inhérentes à la tenue de permanences sociales à Huy sont incompatibles avec l'exercice de la fonction de présidente du Sénat.


La magistrate a agi comme elle le devait, dit la cour d'appel

La magistrate, qui a fait l'objet d'une intervention écrite de la présidente du Sénat dans un dossier de droit de la famille, a agi comme elle devait le faire, a estimé samedi la cour d'appel de Liège après la publication d'articles de La Dernière Heure faisant état d'une lettre envoyée par Anne-Marie Lizin à une magistrate.

Dans un communiqué diffusé samedi, la cour d'appel précise qu'il s'agit d'une affaire judiciaire en cours. Elle souligne que "le magistrat concerné, en joignant cette lettre au dossier de la procédure et en rouvrant les débats aux fins de permettre aux parties de prendre position, a agi conformément aux règles fondamentales visant à la fois à assurer la pleine transparence et contradiction des débats et à protéger son indépendance, garantie par l'article 151 de la Constitution".