Plusieurs personnes qui travaillaient mardi matin à Brussels Airport au moment des explosions parlent d'un bain de sang effroyable. Un chauffeur de taxi blâme les secours qui ont mis beaucoup de temps à arriver: "une organisation à la belge".

Il a encore du sang sur les mains et sur son pantalon. "Ce n’est pas le mien, mais celui des personnes que j’ai aidées à sortir de l’aéroport. Alphonse Youla, 40 ans, travaille pour une société qui sécurise les bagages à l’aéroport de Bruxelles-National. Il estime qu’il était à "5 mètres" de la première explosion, survenue vers 8h. "J’ai entendu quelqu’un parler la langue arabe, puis une forte explosion, suivie d’une autre. Je ne sais pas ce qu’il a dit. Je ne parle pas arabe". Alphonse, qui était près du comptoir de Brussels Airlines, dit s’être ensuite caché sous un comptoir. "Mon patron s’est enfui. J’ai vu une dame qui était sur l’escalator menant au niveau des arrivées. Elle paraissait coupée en deux par l’explosion". Une partie du plafond s’effondre et deux personnes âgées demandent de l’aide au jeune homme. "Elles ne voulaient pas me lâcher. Je les ai mises dans l’ascenseur, puis j’ai sorti cinq personnes. Elles étaient blessées ou mortes. J’ai retiré deux policiers avec les jambes broyées. Il y avait beaucoup de blessés, surtout des gens aux jambes coupées. Je suis sous le choc".

Anthony Deloos travaille pour Swissport. Il est encore couvert de poussière, sur le visage et sur son uniforme suite à l’explosion. "J’ai juste eu le temps de me cacher sur le tapis roulant des bagages après la première explosion. Je venais d’arriver et j’ai eu beaucoup de chance car on devait être à vingt mètres maximum de l’endroit où cela a explosé. Un militaire a sorti un homme blessé ou mort. Un de mes collègues a vu une douille de Kalachnikov". Interrogé sur la sécurité à l’aéroport par les médias étrangers, l’homme parait dépité. "Rien n’a vraiment changé depuis les attentats à Paris. Il y a une présence de quelques militaires à Zaventem, mais personne ne contrôle les bagages pour entrer dans le hall d’entrée".

Accès bloqués, défilé d’ambulances et forces de police sur les dents. Zaventem est en état de siège, quelques minutes après les explosions. Des bus sortent avec des passagers, choqués et munis de couverture de survie. Plusieurs personnes âgées sont blessées au visage. Un enfant d’une dizaine d’années nous fait signe de la main pour signaler qu’il va bien . "Ce bus-là va vers l’hôpital militaire", indique un policier.

Au milieu de l’autoroute, nous rencontrons Asna avec son bagage. Elle semble perdue et a les larmes aux yeux. "Nous devions nous rendre à Lisbonne avec notre classe pour un voyage scolaire. On se trouvait près du tableau de bord lorsque cela a explosé. Deux de nos professeurs sont blessés, dont un à la tête. Il a été envoyé aux urgences à Vilvorde. Pour moi, c’est un attentat ciblé, car il y avait de nombreux Israéliens près de l’endroit où cela a explosé. C’est horrible".

Un peu plus loin, ce belge venu de Genève tente de rentrer chez lui. "Je suis prêt à marcher jusqu’au centre de Bruxelles par l’autoroute, s’il le faut. J’étais à la toilette, lorsqu’une première explosion a retenti. Toutes les canalisations ont explosé et je me suis retrouvé trempé. C’était le chaos. Il y avait des poussettes d’enfants vides, des gens qui couraient en laissant leurs bagages sur place".

Le Français Lahouani Ziahi estime lui être un miraculé. "Je suis passé au Bataclan 15 minutes avant la fusillade à Paris. Ici, nous venions à Bruxelles spécialement pour prendre l’avion vers le Moyen-Orient. En quelques secondes, tout s’est effondré. Il y avait de la poussière partout, des gens qui courraient. Cela me poursuit".

Un rabbin vient aux nouvelles. "Je suis là pour soutenir les familles", explique-t-il en néerlandais.



"Un bain de sang effroyable"

Les premiers témoins à Zaventem évoquent des morts et des blessés graves, des gens aux membres arrachés. Entre-temps, des bus font encore la navette pour évacuer les voyageurs des bâtiments de l'aéroport. Alphonse Youla, un Bruxellois de 40 ans, a pris son service vers 4h00. "J'ai entendu une première explosion, puis une deuxième", explique-t-il. "J'ai aussi entendu quelqu'un crier en arabe mais je n'ai pas compris ce qu'il a dit. Il règnait un chaos indescriptible, les plafonds se sont effondrés et il y avait des victimes partout. J'ai aidé à transporter cinq personnes décédées dehors, il y avaient également beaucoup de blessés, des gens dont les jambes avaient été arrachées. J'ai aussi vu des policiers blessés".

Valérie travaille à l'Autogrill et a entendu deux explosions et des tirs. "Nous nous sommes immédiatement jetés au sol, à l'instar des clients. Les plafonds se sont effondrés, c'était terrible. J'ai aidé des personnes blessées comme j'ai pu, en compagnie d'un collègue. Nous avons transporté plusieurs personnes à l'extérieur, où des dizaines de blessés gisaient déjà".

Un couple de Français qui se trouvait à l'enregistrement, à quelques mètres des explosions, déclare: "Nous avons entendu une première détonation, nous nous sommes retournés et regardions ce qui se passait juste devant nous quand il y a eu une deuxième explosion à une quinzaine de mètres. Nous nous sommes alors mis à courir et nous nous sommes cachés au niveau des garages". NLE/BAJ/



Philippe Lenaerts est chauffeur de taxi à l'aéroport. Il se trouvait sur place ce mardi matin.

"J'ai entendu une première explosion du côté charter et j'ai pensé qu’une grue de chantier s’effondrait. Mais deux trois minutes après, cela s'est répété, également aux départs mais de l’autre côté du bâtiment", explique-t-il.

Philippe qui se trouvait avec son taxi à l'extérieur a décidé d'entrer à l'intérieur voir ce qu'il s'était passé. "Je suis allé voir avec un collègue. Tout était soufflé, il y avait une mare de sang avec des gens blessés. Des corps démembrés", confie-t-il choqué. "Dans un mouvement de panique, tout le monde est sorti en courant."

Selon lui, les secours ont mis trop de temps à arriver. "C'est une incurie totale: pas un flic, pas un ambulancier pendant de longues minutes alors qu'on est en niveau 3. Une organisation à la belge..."



"Nous avions peur que des personnes armées arrivent après les explosions"

Antoine et Alan ont 16 et 17 ans. Ils devaient se rendre à Londres pour prendre une correspondance pour Tahiti. Ils étaient chez Exki lorsque la première explosion a eu lieu : "On a regardé au loin mais on s'est dit que ce n'était rien et on a continué à manger. Personne ne semblait inquiet", explique Alan. "On pensait qu'une grande vitre avait explosé. Mais trente secondes plus tard, une autre explosion a eu lieu. Elle était soit plus proche soit plus forte, je ne sais pas. Ma mère, qui devait prendre un vol vers Porto, était figée mais nous l'avons tirée jusque dans les réserves du Exki où nous étions 15 au moins. Nous avions peur que des personnes armées arrivent" raconte Alan. "Après deux policiers nous on vu et nous on dit de sortir. Ils nous ont emmené à travers la douane et puis devant la sortie 44 du terminal. De plus en plus de personnes s'agglutinaient là et on a bien attendu 15 minutes", explique Antoine. Après un bus nous a amené dans le centre du village et nous avons marché jusqu'au hall sportif' termine Alan.


"Pas préparés à un attentat à Zaventem"

Adamo a 43 ans. Il fait partie des employés du service nettoyage de l'aéroport. Évacué dans le centre du village de Zaventem, il témoigne : "J'étais occupé à travailler lorsque j'ai entendu une première déflagration. Le sol a tremblé sous nos pieds, le bruit était assourdissant! Les gens criaient, il y avait du sang... Les passagers ont été mis à l'abris et évacués par les sorties de secours. C'était comme un tremblement de terre". Adamo explique cependant qu'il n'a pas reçu de démarches à suivre en cas d'attaque de grande ampleur dans l'aéroport. "Nous savons comment évacuer l'aéroport lorsqu'un incident survient mais pas un attentat".


"A quelques secondes près, je serais mort"

Cédric a 20 ans, il vient de Knokke-Heist. Il devait se rendre à Londres pour effectuer un stage. Le visage couvert d'une poussière noire, il raconte avoir eu énormément de chance aujourd'hui. 'Je devais monter dans l'ascenseur lorsque la première explosion s'est produite. Si j'avais été dedans, je serais probablement mort. Un nuage de poussière est alors arrivé sur moi. Il y avait du sang partout. J'ai vu un passager avec son visage couvert de sang et une hôtesse de l'air avec ses doigts qui pendaient et saignaient aussi. J'ai vu une porte automatique se faire souffler. Je pense que si mon train n'avait pas eu quelques minutes de retards, je serai probablement dans cet ascenseur, à l'étage de l'attaque.. À quelques secondes près..."


Aéroport de Liège: Sécurité renforcée et calme apparent

C’est le calme qui règne sur Liège Airport. Les militaires sont présents, la police aussi. Les mesures de contrôle sont clairement renforcées… "Nous avons dû assurer la sécurité de l’aéroport d’une part et celle des voyageurs qui débarquaient de Zaventem d’autre part. Nous avons dès lors renforcé les contrôles des véhicules et des personnes entrant dans la zone de l’aéroport grâce au soutien des diverses zones avoisinantes", a expliqué Michel Ost, le chef de zone de la police de Grâce-Hollogne/Awans.

Du côté de l’aéroport, on a su faire face à ce flux supplémentaire de passagers entre autre grâce au rythme hivernal des vols charter actuellement. "13 avions ont été déroutés sur Liège et nous avons encore une capacité d’accueil d’une trentaine d’avions dans l’après-midi si nécessaire", annonce Luc Partoune, le directeur de Liège Airport. "Nous avons dû faire rappeler du personnel et principalement des bagagistes…"
Des navettes conduisent les voyageurs à la gare de Liège et des bus sont aussi affrétés vers Bruxelles.