Plusieurs associations professionnelles, ainsi que des représentants des hautes écoles et des étudiants, rejoints par les députées d'opposition Laurette Onkelinx (PS), Karin Jiroflée (sp.a) et Muriel Gerkens (Ecolo-Groen) contestent toujours la réforme de la psychothérapie de la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld). Ils ont rappelé leurs griefs mercredi avant le débat parlementaire à la Chambre. Le vote du projet, annoncé majorité contre opposition, devrait intervenir jeudi. Selon quelque 250 associations, "la psychothérapie est supprimée en tant que profession et devient un acte spécialisé, comme une radiographie ou l'enlèvement d'un organe." Elles dénoncent également l'exigence "des diplômes universitaires mais pas des compétences". Par ailleurs, elles estiment que les différentes approches sont effacées au profit exclusif de l'approche comportementaliste ou d'un panachage superficiel de différentes approches.

Elles reprochent enfin la non mise en application d'une loi votée en 2014, la loi Muylle. Selon les opposants au projet De Block, celle-ci avait rencontré un large consensus politique (seules la N-VA et le Vlaams belang s'étaient abstenues). "Cette modification de la loi de 2014 ne figure d'ailleurs pas dans l'accord de gouvernement", a fait remarquer Vincent Magos, président de l'Ecole Belge de Psychanalyse- Belgische School voor psychanalyse EBP-BSP.

Fabienne Deschoenmaker, de l'APPA (Association des Praticiens en Psychologie Adaptée), enseignante à l'Institut Marie Haps à Bruxelles s'est pour sa part inquiétée de l'organisation des formations en bacheliers en psychologie. "Selon cette nouvelle loi, leur exercice ne sera plus autonome, mais soumis à la supervision par des médecins, psychologues ou orthopédagogues". Des représentants des étudiants en psychologue de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) ont fait part d'inquiétudes similaires.

Les députées d'opposition ont appuyé l'ensemble de ces remarques. "Les patients vont être malmenés", estime Laurette Onkelinx, "car il y aura inévitablement une baisse de l'offre de qualité en psychothérapie." Pour Karin Jiroflée, "ce projet est totalement effrayant". "La loi de 2014 donnait même davantage de garanties dans la lutte contre ce que la ministre appelle les 'charlatans'", a-t-elle fait valoir. Muriel Gerkens a pour sa part dénoncé "la manière mensongère dont les choses sont présentées" par le gouvernement.

Le SETca s'est également joint aux opposants, a-t-il fait savoir mercredi dans un communiqué. Selon le syndicat socialiste, "le projet de loi menace également l'emploi dans la mesure où il mettra en difficulté les praticiens de différentes structures, dont les centres de planning familial, qui ne seront plus autoriser à d'exercer leur métier."

Les opposants au projet de loi ont écrit mardi une lettre ouverte au Premier ministre Charles Michel réclamant le retrait du projet de loi.

A l'inverse, le Groupe de concertation sur la psychothérapie (GCP) soutient le projet, a-t-il fait savoir dans un communiqué diffusé lundi soir. Affirmant regrouper des associations et des acteurs francophones de la santé mentale, le GCP estime que la ministre de la Santé "a assumé pleinement la responsabilité de réparer les lacunes et les insuffisances de la loi initiale en lui assurant des fondements juridiques solides validés par le Conseil d'État."

"Le GCP adhère aux dispositions portant sur la psychothérapie parce qu'elles contribueront à protéger réellement le patient en promouvant un exercice de qualité étayé par une formation exigeante, des méthodes rigoureusement évaluées et les apports constants de la recherche", ajoute-t-il, affirmant que "ces exigences rencontrent les demandes des milieux scientifiques et académiques, mais aussi les attentes des usagers et de leurs associations représentatives."

Le projet de reconnaissance des psychothérapeutes de la ministre de la Santé prévoit que seuls les médecins, les psychologues cliniciens et les orthopédagogues cliniciens pourront à l'avenir proposer des séances de psychothérapie.