C’est la crise pour tout le monde. Mais elle frappe encore plus durement les plus pauvres. La dégressivité des allocations de chômage, qui entre en vigueur ce 1er novembre, risque bien d’aggraver encore la situation de milliers de familles déjà condamnées à (sur)vivre au jour le jour.

Pour l’équipe Di Rupo (PS-MR-CDH-SP.A-Open VLD-CD&V), la réforme des allocations de chômage, prévue dans l’accord gouvernemental, a été conçue comme un incitant à un retour plus rapide sur le marché de l’emploi.

Le principe ? Moins on a travaillé avant de perdre son emploi, plus vite les allocations diminueront. La dégressivité s’appliquera en effet plus ou moins rapidement en fonction du passé professionnel et de la durée du chômage.

En pratique ? Les allocations de chômage baisseront progressivement pour atteindre, au final, un montant plancher en fonction de la situation familiale. Pour les chefs de ménage, ce sera 1091 euros; pour les isolés, il tombe à 916 euros; pour les cohabitants, il chute à 484 euros. Soit un minimum tout juste supérieur au revenu d’intégration sociale (RIS) que touchent les personnes qui dépendent de l’aide des CPAS (Centres publics d’action sociale). Pour les cohabitants, la mesure interviendra dès ce 1er novembre 2012; les isolés auront un petit répit jusqu’au 1er mars 2013.

La réforme aura aussi un impact particulier sur les jeunes qui n’ont jamais travaillé. La durée d’attente pour obtenir une allocation d’insertion à l’emploi (les actuelles allocations d’attente) sera nettement allongée; cette allocation d’insertion sera aussi limitée à 3 ans. Sauf si le jeune trouve un petit job ou suit une formation au cours de la période - le droit sera prolongé d’autant.

En Belgique, plus de 400 000 sans-emploi perçoivent chaque mois une allocation de chômage. Combien d’entre eux tomberont-ils du bateau de l’Onem (Office national de l’emploi) pour plonger dans la barque des CPAS ? Le front commun syndical, qui juge la dégressivité "injuste" et "antisociale", estime que 50 000 bénéficiaires des allocations de chômage devraient basculer vers le revenu d’intégration sociale (RIS) d’ici au 1er janvier 2015

Quant aux effets de la mesure sur la mise à l’emploi, les syndicats sont clairs : cela ne changera strictement rien. Dimanche, à "Mise au Point" (RTBf), le secrétaire général de la CSC, Claude Rolin, l’assénait sans hésiter : "La dégressivité ne permet pas aux gens de remettre le pied à l’étrier. Au contraire, elle les marginalise et les précarise." On ne dit pas autre chose à la FGTB : la conséquence essentielle de cette réforme, ce sera de pousser de plus en plus de personnes vers la pauvreté.

Les Réseaux régionaux de lutte contre la pauvreté se mobilisent d’ailleurs contre cette réforme "qui atteint les plus vulnérables de plein fouet". "Netwerk tegen armoede" a d’ailleurs introduit un recours devant le Conseil d’Etat pour la faire annuler. "Cette mesure cible uniquement les chômeurs alors que trouver un emploi dépend aussi largement de la volonté des employeurs et de la création d’emplois adaptés et diversifiés", s’indigne Christine Mahy, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP). Et là, le bât blesse méchamment : les groupes dits à risques (personnes d’origine étrangère, femmes seules avec enfants, personnes confrontées à un épisode de maladie mentale, ex-détenus ) sont refusés par beaucoup d’employeurs. "S’il reste à prouver que la dégressivité des allocations de chômage créera un seul emploi de plus, une chose est absolument sûre : cette réforme précipitera les gens dans la pauvreté." Actuellement déjà, la moitié des enfants belges vivant en dessous du seuil de pauvreté (fixé à 2 101€ par mois pour un couple avec 2 enfants) ont des parents au chômage

La précarité des femmes va encore s’aggraver, souligne de son côté la Plate-forme féministe socio-économique : le passage plus rapide au forfait minimum affectera en particulier les mamans chômeuses avec charge de famille. Quant aux chômeuses cohabitantes (une sur deux, contre un homme sur trois), elles tomberont encore plus vite au montant plancher de 484 euros par mois. Une misère