Certaines sources parlent de 9, d’autres de 12 soldats belges exécutés par leurs pairs entre août 1914 et mai 1915 après avoir été jugés par la justice militaire pour "lâcheté, désertion ou insubordination" . A la veille du centenaire de la Grande Guerre, leurs descendants demandent qu’on leur rende justice car ils n’auraient pas eu droit à un procès équitable voire même valide car l’instruction n’a pas eu lieu dans les formes et la composition du tribunal était irrégulière. Cette situation dénoncée depuis fin 2013 par leurs familles a fait l’objet de diverses questions parlementaires flamandes, de la droite radicale à la gauche socialiste.

"Inique et injustifiable"

Dernier en date : Bert Anciaux (SP.A) selon qui "les récits de ces événements dramatiques, récemment rendus publics, montrent de manière flagrante le caractère inhumain, inique et, surtout, injustifiable de ces exécutions. On a inutilement, condamné ces soldats à être fusillés. Comble de cruauté, les pelotons d’exécution étaient composés de compagnons des condamnés à mort" .

Cette justice expéditive ne perdura heureusement pas et "nos" 9 exécutés de trop sont loin des 550 soldats français et des 312 soldats du Royaume-Uni fusillés par les leurs. Mieux : dès le 19 mai 1915, l’armée belge a changé radicalement de cap puisque les exécutions furent interdites. Les soldats coupables de désertion furent désormais emprisonnés. Bert Anciaux en déduit que ces affaires suscitaient dès cette époque de grands doutes sur le plan éthique.

Remonté jusqu’au gouvernement

"Aujourd’hui , rappelle l’élu bruxellois, leurs descendants mais aussi des historiens, des universitaires, plaident pour des excuses officielles de l’Etat belge. La meilleure solution serait une réhabilitation formelle, mais cela nécessiterait un nouveau procès. Des excuses officielles signifient que notre Etat reconnaît le caractère inique des procès, jugements et peines de l’époque. Le déshonneur qui accable ces familles serait lavé."

Le ministre de la Défense a rassuré Bert Anciaux : la question n’est pas éludée dans les travaux de l’Ecole royale militaire sur ces questions. Elle est aussi en bonne place dans une mégarecherche sur la période de 1795 à 2015. Ses conclusions s’inséreront dans les célébrations du centenaire. Pieter De Crem (CD&V) reconnaît implicitement les abus dénoncés en fait dans un article de l’avocat général honoraire Maes. La Défense ne lancera donc pas d’études supplémentaires sur ce sujet.

Précision du ministre : "On ne peut parler de déserteurs injustement fusillés ! Aucun des soldats n’a été poursuivi ni condamné pour désertion. Les condamnations ont été prononcées conformément à la législation de l’époque." Cela dit, une réhabilitation ne peut être sollicitée que par le condamné. Mais la révision de la condamnation reste possible. "En tout état de cause, il a été décidé, en concertation avec le Premier ministre, de soumettre la question pour avis au comité scientifique adjoint au Comité d’organisation des commémorations."