Le vent de tempête qu'a fait souffler l'opposition sur le Parlement de la Communauté française et la marée de signatures qu'ont récoltées les pétitions des parents frondeurs ne semblait pas devoir faire chavirer la majorité PS-CDH, mardi soir. Bien décidés à aller au bout de leur idée de favoriser la mixité sociale dans les écoles en régulant les inscriptions en première secondaire et en empêchant les changements d'école au sein d'un cycle, élus socialistes et humanistes devaient adopter la nuit dernière le projet de décret de la ministre-présidente Marie Arena (PS).

La journée avait pourtant débuté par la remise des ultimes signatures (plus de 25 000 au total) apposées aux pétitions des parents opposés au projet. Dans la matinée également, les deux groupes de l'opposition avaient déposé des résolutions et obtenu qu'elles soient jointes au débat. Pour Ecolo, il s'agissait de "travailler mieux et autrement en renforçant le financement des écoles qui accueillent des élèves difficiles et en analysant la faisabilité d'un dispositif particulier, et non plus général, applicable aux écoles qui ne joueraient pas le jeu d'une plus grande mixité sociale" . Les libéraux souhaitaient quant à eux "vérifier la compatibilité du décret avec la liberté du père de famille garantie par la Constitution et auditionner une représentation de pétitionnaires" .

Dans un débat parfois virulent, le chef de groupe PS Léon Walry convenait que si "le décret et la norme ne suffisent certes pas pour transformer les comportements, ils y incitent".

Après avoir dû faire face à un débat interne au groupe CDH - comme le confirma l'intervention de Francis Delpérée qui ne cachait pas ses inquiétudes quant au fait que les élèves ayant suivi les cours de primaire dans un établissement n'auront plus la garantie de poursuivre leurs études secondaires dans le même établissement -, la meneuse des troupes humanistes Anne-Marie Corbisier insistait pour sa part sur l'intervention de son parti qui a "demandé et obtenu un amendement important à ce texte trouvé trop interventionniste" , texte qui tient désormais compte d'éventuels problèmes psychologiques ou pédagogiques majeurs pour justifier un changement d'école. Selon elle, on passe donc d'un système d'interdiction avec dérogations à un système d'autorisation légèrement encadré - ce que l'Ecolo Marcel Cheron préfère nommer "le détricotage du décret" . Le CDH rappelait également que la majorité précédente (MR, PS, Ecolo) avait interdit à toute école maternelle ou primaire d'accepter sans raison valable, après le 30 septembre, un élève qui était régulièrement inscrit dans une autre école. La critique du présent décret en deviendrait dès lors déplacée.

Pour les humanistes, il faut désormais se concentrer sur les modalités d'application du décret et notamment la date du début des inscriptions, qui pourrait bien se situer au mois d'octobre.

(avec Belga)