Le gouvernement flamand a fait savoir dimanche par un communiqué laconique qu'il avait démis Rudy Aernoudt, un de ses plus brillants hauts fonctionnaires, de ses fonctions de secrétaire-général du département Economie, science et innovation. En cause ? "Des faits qui ont rendu toute collaboration professionnelle future immédiatement et définitivement impossible"... Lesquels ? Motus et bouche cousue du côté de la place des Martyrs où "l'on n'entend pas perturber la procédure lancée" !

Rudy Aernoudt, de son côté, peu porté sur la langue de bois et combattant des excès kafkaïens et courtelinesques de la fonction publique, ne met pas de gants : pour cet économiste qui est aussi philosophe de formation, la décision de sa mise à l'écart est purement politique.

Et il va jusqu'à dire que "la Flandre a un problème fondamental avec la liberté d'expression !" L'homme peut se targuer de ses expertises successives : rares sont ceux qui peuvent (encore) mettre sur leur carte de visite qu'ils ont été chef de cabinet tantôt du ministre de l'Economie wallonne (Serge Kubla), tantôt de la ministre éponyme flamande (Fientje Moerman).

Et que, par la suite, il a poursuivi son ascension non point en jouant sur ses états de service antérieurs mais en s'imposant comme lauréat d'un examen externe. On précisera que s'il avait postulé à la direction de l'administration, c'est précisément parce qu'il "n'était plus sur la même longueur d'ondes avec sa ministre, tant sur le plan éthique que sur celui du respect personnel". S'il y a été nommé, ce n'est pas avec un coup de pouce politique... Mieux, Rudy Aernoudt ayant eu vent d'une formation spéciale pour cabinettards, VLD s'y était opposé...

Un franc-parler qui gêne

Atypique, Rudy Aernoudt le fut encore plus pour l'intelligentsia flamande fin septembre 2006 avec la publication de son "Vlaanderen - Wallonië, je t'aime moi non plus". Bigre, en y démontrant que "le tout aux régions" n'était pas la seule voie pour la Belgique de demain, il s'attira le courroux de certains milieux flamands. Mais Aernoudt étant jusqu'au boutiste, il se fit appuyer dans sa démarche par une pétition de plus de cinq cents personnes "qui comptent" et qui l'ont rejoint dans son appel au bon sens, au "gezond verstand". Plus récemment, il a remis ça avec une étude sur Bruxelles qui perturbe fort tous ceux qui rêvent d'étouffer la région centrale...

Mais Rudy Aernoudt fut aussi considéré comme un franc emm... lorsqu'il interpella son ex-patronne sur un budget de 67000 euros alloué annuellement à un consultant "pour être positif à son égard dans les milieux VLD". Comme Fientje Moerman ne tint nullement compte de ses remarques, Aernoudt décida de signaler l'irrégularité à l'ombudsman flamand. "Il se fait que son rapport est prêt depuis un mois et qu'il reprend toutes mes remarques. La ministre, plutôt que d'y répondre, a donc décidé de se débarrasser de moi ! Mais ce n'est pas la seule raison de la mise à pied. Dans une interview au "Soir", j'ai eu l'outrecuidance de dénoncer la création de structures nouvelles qui ne sont pas nécessaires. Il s'agissait de la création d'Hercules dont le président est un ex-chef de cabinet d'Yves Leterme alors que le commissaire du gouvernement est l'ancien député VLD Borginon... Enfin, l'on me reproche de ne pas avoir agi contre une pétition qui veut faire de moi le Premier ministre ("LLB" du 27/8). Une action que je considère comme ludique mais dont on a fait un prétexte. Sans parler d'autres opérations de déstabilisation récentes. Mais je vais pouvoir vraiment parler librement. Et continuer à me battre pour une administration efficace..."