Belgique Sur la face occidentale de notre côte, Saint-Idesbald est l’alter ego du Coq. Le village possède, lui aussi, ses rues et ruelles boisées, ses petits chemins qui sentent le ligustrum. On a presque l’impression d’entrer dans un bois de basses tiges où les villas bien espacées respirent et se concertent sur le temps à venir. Le territoire est plus plat qu’au Coq, mais l’ambiance est de la même eau, sucrée de joie de vivre et de communion avec la nature. Il s’y trouve une simplicité de bon aloi qui rend la vie calme et douce. Sans doute sont-ce ces impressions qui donnèrent envie à des peintres et sculpteurs de venir s’installer dans cette zone particulière. Un résidant nous disait : "St-Idesbald, c’est à la fois le charme de la Côte et de Bachten de Kupe, l’arrière-pays du Westhoek… C’est une station très familiale où nous avons le plaisir de faire revivre une vraie ‘Vissershuis’ tout en faisant de la marche nordique et des belles découvertes culturelle s…"

Saint-Idesbald, terre d’artistes ? Oui, bien sûr ! Mais a contrario des villages cités en sous-titre, ce ne fut pas et ce n’est pas un foyer homogène. A Laethem (de Saedeleer, van de Woestyne, Minne, Claus), à Pont-Aven (Gauguin, Sérusier, Bernard), à Saint-Tropez (Signac, Van Rysselberghe, Cross et Luce d’abord, Matisse, Camoin, Marquet, Dufy ensuite, mais de manière plus fugace), à Mons (Anto Carte, Buisseret, Navez, Strebelle et autres Winance, affiliés au groupe Nervia), les artistes formèrent des "écoles", des lieux d’échanges entre des créateurs travaillant dans une symbiose plastique novatrice et cohérente.

Ici, c’est un peu du chacun pour soi, même si entre Paul Delvaux et George Grard (1901-1984; son musée se situe à Alveringhem), il y eut une amitié sincère. A tel point que c’est Grard qui semble avoir convaincu Delvaux de venir s’établir à Saint-Idesbald, où il profitait d’un atelier dès 1931. Taf Wallet (1902-2001), qui venait du groupe Nervia, adorait ce village égaré des fêtes galantes du Zoute ou des étalements de ducats autour des casinos. Il s’installa en 1933 à Saint-Idesbald. Lui aussi y possède son musée, sur l’avenue de Furnes. On y voit ses natures mortes de poissons plus souriantes que celles du Giovan-Baptista Recco (1615-1660) qui utilisait la lumière pour ses accents dramatiques.

Les cimaises du musée Wallet sont couvertes de vues infinies de mers calmes, de plages accueillantes où les enfants jouent et où les aînés se reposent derrière des cloisons de toiles. Il annonce Wolvens dans la chaleur de ses coloris, dans la joie de vivre, les empâtements en moins. Wallet se servait de la clarté solaire pour réinventer un luminisme séducteur proche de Seurat.

Saint-Idesbald permettait en plus la solitude et la discrétion. C’est peut-être moins le cas de nos jours, mais avec des yeux d’artiste, on ressent sans doute la poésie des ciels, l’humeur vagabonde des éléments, l’immensité des paysages où les arbres se marient aux nuages par gros temps, et où les routes et les canaux bordés de peupliers donnent aux pinceaux des perspectives heureuses.

Paul Delvaux fut presque à l’opposé de ceci. Il vivait à la mer du Nord, aimant autant Saint-Idesbald que Furnes, divine villette où il repose pour l’éternité dans le cimetière communal. Il dort près de son médecin de famille et de ce peuple de Flandre qu’il aima. Génie simple qui ne fit guère d’émules, sauf Emile Salkin, avec qui il travailla à la maison Périer, avenue Louise à Bruxelles, et quelques élèves du temps où Delvaux enseignait à La Cambre; nous pensons ici à Walter Vilain (né à Coxyde en 1938). Vilain, qui porte mal son nom, ressemble à Georges Moustaki, c’est dire son charme. C’est le poète du village dont la muse fait des vagues à deux pas de son atelier, situé jadis en la villa Vanneuville, devenu son musée. Delvaux peignit aussi la mer, on le voit en son musée. Et quand il la peignait, l’onde était bleutée et bordée de temples grecs. Peut-être trouvait-il notre mer verte et brune moins avenante, morose, peu compatible face à ses ciels de la Méditerranée, à ses vestales longues et graciles, servantes des dieux, les seins appétissants gorgés de soleil…


Demain, fin de notre visite des stations balnéaires belges, avec la découverte de La Panne.