Salah Abdeslam s’était-il réfugié dans la maison du 47, rue Delaunoy à Molenbeek qui, bien que considérée comme une planque potentielle 48 heures après les attentats de Paris du 13 novembre, ne sera perquisitionnée que le lundi 16 novembre à 10 heures ? A-t-il pu s’échapper de cette maison à l’occasion d’un déménagement mené dans la rue, caché dans un meuble, comme l’affirmait la RTBF ?

Ce sont deux questions auxquelles on ne peut pas encore répondre par l’affirmative.

Cet immeuble a été signalé le dimanche 15 novembre comme un lieu où aurait pu se cacher Salah Abdeslam. La famille Bazarouj vivait précédemment dans cette maison. Elle l’a quittée. Ce sont tout d’abord deux frères qui ont rejoint des groupes djihadistes en Syrie. Leur sœur, séparée de son mari, les avait rejoints en début d’année 2015 avec ses enfants.

Or les frères Abdeslam fréquentaient la famille Bazarouj. Depuis leur départ, la maison est quasiment vide, à l’exception d’une chambre qui a été louée.

Pas de trace ADN

Salah Abdeslam aurait-il pu se cacher un temps dans la maison ? Des analyses ont été effectuées. Elles n’ont pas permis de retrouver l’ADN de Salah Abdeslam et n’attestent donc pas de son passage dans la maison. L’analyse des prélèvements n’est cependant pas complètement terminée.

La loi ne permet pas de débuter les perquisitions avant 5 heures du matin. Mais elles ne débuteront qu’à 10 heures. Pourtant de nombreux policiers étaient déjà déployés dans le quartier. Plusieurs éléments expliquent le délai.

Il faut d’abord tenir compte de l’opération menée par les Unités spéciales à Verviers contre la cellule dont le cerveau était aussi un certain Abdelhamid Abaaoud. Les hommes, qui s’apprêtaient à passer à l’action, étaient lourdement armés. Méfiants, au courant du fait que la police intervient généralement à l’aube à 5 heures, ils se réveillaient quelques minutes plus tôt pour être prêts à riposter, avaient montré les observations.

La rue Delaunoy, densément peuplée, se trouve dans un quartier très fréquenté. Il y a une mosquée, fréquentée à 5 heures pour la première prière à laquelle s’astreignent les musulmans les plus pieux.

Le risque de victimes innocentes n’était donc pas nul en cas d’assaut avec riposte. Peu avant 8 heures, ce sont les premiers enfants qui arrivent dans une école, située non loin du 47 rue Delaunoy.

Salah Abdeslam aurait-il pu profiter du retard dans les perquisitions pour s’enfuir de la maison ? Pour le parquet fédéral, c’est une "extrapolation".

La RTBF affirme qu’il aurait pu fuir caché dans un meuble dans un véhicule de déménagement qui avait profité du remue-ménage dans la rue pour exfiltrer Salah Abdeslam.

Cette thèse pouvait ainsi éclairer les propos du ministre Geens qui affirmait, dans une interview diffusée mercredi, que "les heures entre lesquelles on ne peut faire des perquisitions ne nous ont pas aidés".

Un complice arrêté

Dans ce scénario, Salah Abdeslam aurait fui avec l’aide de Lazez Abraimi, soit l’homme qui sera arrêté le jeudi 19 novembre. Deux armes et des traces de sang avaient été découvertes dans son véhicule. On y aurait retrouvé l’ADN de Salah Abdeslam. Mais cela ne veut pas dire qu’il y aurait pris place le lundi 16 novembre.

Jeudi, Koen Geens a quelque peu rétro-pédalé. Vivement critiqué par l’opposition à la Chambre, il a tenu à dire qu’il n’avait jamais déclaré qu’Abdeslam était présent à Molenbeek le 16 novembre mais qu’il avait seulement fait allusion à une possible présence ce celui-ci.