Abdeslam et Ayari sont impliqués dans la fusillade rue du Dries. L'un est détenu en France, l'autre en Belgique. Ils devraient se retrouver ensemble sur le banc des prévenus à Bruxelles.

La semaine dernière, un magistrat du parquet fédéral a, sur commission rogatoire internationale d’un juge d’instruction français, notifié un mandat d’arrêt européen à l’encontre de Sofien Ayari, un jeune Tunisien incarcéré en Belgique depuis le 18 mars 2016.

Selon nos informations, la chambre du conseil de Bruxelles se réunira jeudi prochain pour entériner le mandat d’arrêt. Contacté par nos soins, le parquet fédéral confirme par la voix de son porte-parole, Eric Van der Sijpt. Sofien Ayari (lire son portrait, ci-contre) sera bientôt convoqué par un magistrat français pour s’expliquer sur son rôle présumé dans l’organisation des attentats de Paris du 13 novembre 2015.

Sofien Ayari est donc aujourd’hui inquiété dans deux cadres : celui des attentats de Paris et celui de la fusillade de la rue du Dries. C’est ce dernier événement qui a fait basculer l’enquête sur les attentats de Paris et poussé la cellule terroriste à précipiter les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek.

De retour en Belgique ?

La chambre du conseil qui s’est tenue récemment a confirmé le maintien en détention de Sofien Ayari, qui n’est pour l’instant inculpé que dans le cadre du dossier relatif à la fusillade de Forest. Selon nos informations, l’enquête menée par la juge Isabelle Panou est proche d’être clôturée. Une source judiciaire indique même qu’une première fixation devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pourrait se tenir après l’été, en 2017. Les seuls concernés sont Salah Abdeslam et Sofien Ayari, poursuivis entre autres pour tentative de meurtre sur des policiers dans un contexte terroriste. Le parquet fédéral n’a pas souhaité commenter, l’affaire étant encore à l’instruction.

La tenue d’un procès de la fusillade de la rue du Dries signifie que Salah Abdeslam pourrait faire son grand retour en Belgique, alors qu’il se trouve en France depuis le 27 avril 2016. Acceptera-t-il pour autant de comparaître en Belgique ?

Le Molenbeekois n’a plus d’avocat et ne dit plus un mot ni aux juges, ni aux enquêteurs, depuis de très longs mois. S’il ne désire pas sortir de sa cellule, il n’assistera pas à son procès. Une dernière commission rogatoire internationale belge a été menée pour interroger Salah Abdeslam sur son implication dans la fusillade de Forest.

Quant à Sofien Ayari, selon une source proche du dossier, il est resté jusqu’ici largement muet, refusant d’impliquer tout autre membre de l’organisation terroriste.

Les empreintes de Sofien Ayari

Le 15 mars 2016, l’équipe commune d’enquête franco-belge était venue perquisitionner cette planque du 60 rue du Dries, à Forest. Les enquêteurs n’imaginaient pas tomber sur trois terroristes armés.

Le premier échange de tirs a été fatal à Mohamed Belkaïd, alias Samir Bouzid. Blessé mortellement, ce logisticien des attentats de Paris a protégé la fuite de ses complices Salah Abdeslam et Sofien Ayari.

Ceux-ci ont décampé en passant par le toit d’un parking, dans la cour intérieure. En passant, ils ont jeté une kalachnikov et deux chargeurs dans la petite cour d’un appartement de la rue de l’Eau. Puis ils ont fui ensemble, échappant de peu aux policiers pour trouver refuge chez un cousin de Salah Abdeslam. Ils ont passé trois jours dans la cave, au 79 de la rue des Quatre Vents, se nourrissant de pizzas, avant leur spectaculaire arrestation.

Les enquêteurs ont pu établir que l’arme retrouvée rue de l’Eau a tiré lors de la fusillade, et que les empreintes digitales de Sofien Ayari y figurent.

C’est pour cette raison qu’il est poursuivi pour tentative de meurtre. Le jeune Tunisien nie avoir tiré. Ses avocats n’ont souhaité faire aucun commentaire.