Ecolo, le CDH et le PS veulent que le ministre s’explique.

La crise, voire le scandale, liée aux œufs contaminés au Fipronil, un insecticide toxique utilisé dans l’éradication du pou rouge et interdit dans le traitement des animaux destinés à la chaîne alimentaire, a pris de l’ampleur et un tour politique au cours du week-end.

Pour rappel, au départ de cette affaire, se trouve la société néerlandaise Chickfriend, spécialiste de l’éradication du pou rouge, un parasite néfaste pour les poules. Elle aurait fait usage de Dega 16, un produit contaminé par le principe actif du Fipronil acheté à l’entreprise Poultry-Vision, sise à Weelde, près d’Anvers. D’après l’avocat de cette société, les acheteurs du produit auraient été dûment informés de sa composition.

1. Alerte aux Pays-Bas et en Allemagne

Au début du mois d’août, les Pays-Bas et l’Allemagne lancent l’alerte. Leurs agences pour la sécurité de la chaîne alimentaire invitent la population à ne pas consommer des œufs portant des codes déterminés en raison de leur haute concentration en Fipronil, qui peut se révéler nocif pour les reins, le foie et la glande thyroïdienne. Des millions d’œufs sont rappelés dans les deux pays. Vendredi soir, le ministre allemand de l’agriculture Christian Schmidt se fait pressant : "J’invite les autorités compétentes à élucider rapidement et minutieusement le problème. En particulier la Belgique et les Pays-Bas", déclare-t-il. Dimanche, il exprime le souhait de s’entretenir téléphoniquement avec son homologue belge Denis Ducarme (MR) dès ce lundi.

2. L’Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire temporise

En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) décide de retirer des rayons les œufs d’un certain nombre d’entreprises de volaille flamandes. Des tests auraient démontré que ceux-ci avaient été contaminés par le Fipronil. Dans le même temps, l’agence affirme que les œufs ne représentent aucun danger pour la santé publique mais dit avoir appliqué le principe de précaution.

Le porte-parole de l’Afsca, Jean-Sébastien Walhin, explique : "Les entreprises qui sont concernées par une potentielle contamination sont bloquées. On ne retrouve aucun œuf qui serait potentiellement contaminé sur le marché." D’après l’Afsca, les premiers résultats des analyses sont rassurants. Les seuils européens ne sont pas dépassés.

3. La contestation politique et scientifique grandit

Des voix s’élèvent toutefois pour regretter l’attitude de l’Afsca. Le toxicologue Jan Tytgat (KUL) appelle celle-ci à publier les résultats des échantillons analysés. Il reproche à l’agence de ne pas avoir donné de chiffres. "Cela peut donner l’impression qu’on cache quelque chose", scande-t-il. L’Afsca répond qu’elle est limitée dans sa communication par l’enquête judiciaire. "Dès que nous pourrons donner davantage d’informations, nous le ferons", précise sa porte-parole. Le parquet, lui, se tait dans toutes les langues, se retranchant derrière le secret de l’instruction.

Les politiques s’en mêlent aussi. Samedi soir, le co-président d’Ecolo Patrick Dupriez réclame à son tour que l’Afsca communique ce qui peut l’être. "Nous sommes face à une situation qui suscite de nombreuses questions", constate-t-il, rappelant que l’Afsca était au courant de la contamination depuis… le mois de juin. L’agence confirme mais évoque la complexité des premières analyses. Elle affirme que dès le 20 juillet, quand elle a disposé des informations suffisantes, elle a pris ses responsabilités.

Cependant, pour Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo à la Chambre, ce qui se passe "pose de nombreuses questions quant à la surveillance du secteur alimentaire et la protection du consommateur".

Pour le PS, l’instruction judiciaire en cours ne peut empêcher de prendre des mesures de prévention et de santé publique. "Pourquoi les mesures de retrait n’ont-elles pas été adoptées dès le mois de juin ?", s’interroge le président Di Rupo. Comme lui, le député fédéral CDH Michel de Lamotte souhaite une réunion d’urgence de la commission Environnement et Santé publique de la Chambre. Cela pourrait se faire dès ce mardi, a laissé entendre, dimanche, le président de cette commission, Jean-Marc Delizée (PS). Dimanche toujours, le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio (CDH) s’est demandé si "une procédure judiciaire pouvait entraver la mise en œuvre d’un principe de précaution sanitaire et donc le retrait de la vente de produits suspects".


Il y a 18 ans, la dioxine…

Le CVP sanctionné. La crise que la contamination de millions d’œufs d’élevages néerlandais, allemands, belges, suédois et désormais français (un élevage du nord de la France a été "bloqué") risque de provoquer rappelle immanquablement celle de la dioxine, qui éclata en Belgique en janvier 1999. Du 19 au 26 janvier, des éleveurs de poulets du nord du pays remarquent que certains volatiles meurent prématurément et que certains œufs n’éclosent pas. Fin avril 1999, un laboratoire découvre, après avoir analysé les poulets infectés, des traces de dioxine. Un laboratoire néerlandais confirme une contamination très élevée. Il faudra attendre encore plus d’un mois pour que le public soit informé. En mai, le gouvernement décide le retrait de tous les poulets des supermarchés. Une interdiction de vente de poulets belges sera même décrétée; 2 500 produits dérivés seront ensuite retirés du commerce puis ce sera le tour du porc, du bœuf et du lait. En juin, les ministres Marcel Colla (SP.A) et Karel Pinxten (CVP), respectivement en charge de la Santé publique et de l’Agriculture, démissionnent. Le 13 juin 1999, le CVP du Premier ministre Jean-Luc Dehaene enregistre une sévère défaite aux élections législatives. Le 4 février 2000 est créée l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) qui a pour mission de veiller à la sécurité de la chaîne alimentaire afin de protéger la santé des hommes, des animaux et des plantes. Elle est à nouveau sous les feux de l’actualité.

Etude controversée. En 2015, une étude universitaire, très contestée par divers toxicologues, mène à la conclusion suivante : la crise de la dioxine aurait provoqué 20 000 cas de cancer supplémentaires chez les femmes, 22 000 cas de diabète et 24 000 cas d’hypertension en plus.


Faible risque de contamination

Critique au départ, le toxicologue Jan Tytgat s’est montré rassuré par la communication des ministres de l’Agriculture Denis Ducarme et de la Santé publique Maggie De Block concernant les taux de l’insecticide Fipronil dans les œufs belges. Selon les deux ministres, ces taux étaient toujours dix fois inférieurs aux normes européennes. Cela signifie qu’une personne de 70 kg peut manger une quinzaine d’œufs avant même d’éprouver - à cause du Fipronil - de potentiels problèmes de santé, a-t-il calculé.