L'interrogatoire du juge d'instruction chestrolais Jean-Marc Connerotte aux assises d'Arlon s'est interrompu jeudi vers 12H30 après que le magistrat ait "craqué" en tentant de répondre à une question du conseil de Michel Lelièvre, Me Olivier Slusny, concernant la protection rapprochée dont avaient bénéficié le juge d'instruction et le procureur du Roi Bourlet.

Me Slusny a demandé au magistrat qu'il explique pourquoi lui et Michel Bourlet avaient circulé en voiture blindée et pourquoi cette protection s'était arrêtée. "C'était une première en Belgique. Jamais à ma connaissance, un tel climat et une telle situation n'ont été infligés à un juge d'instruction et un procureur du Roi. Nous avions appris par la gendarmerie qu'un projet de contrat existait sur des magistrats. Chaque semaine, nous étions informés de l'évolution de la situation et, comme le danger augmentait, des mesures de protection exceptionnelles ont été mises en place, tant dans le domaine privé que dans la vie professionnelle", a expliqué le juge Connerotte, avant de stopper net ses explications en poussant des soupirs, montrant qu'il était très accablé. Le Président Goux a alors décidé de suspendre la séance jusque 14H00.

Avant cela, le juge Connerotte avait dénoncé la campagne de dénigrement et de discrédit dont il avait fait l'objet après son déssaisissement en septembre 96. Il a expliqué qu'on lui avait, notamment, reproché d'avoir manipulé le dossier. Son greffier et les enquêteurs avaient également été mis en cause. "Pour m'avoir", a précisé le juge. "Mais malgré ce climat de pression exceptionnelle, les dossiers n'ont jamais abouti", a-t-il commenté. Ce matin, le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte a expliqué jeudi devant la cour d'assises d'Arlon que le recoupement de deux témoignages ayant vu le 9 août 1996 à Bertrix la camionnette de Marc Dutroux avec le casier judiciaire de ce dernier ont permis de l'identifier comme un suspect très sérieux. Le juge, dessaisi du dossier par la cour de cassation le 14 octobre 1996, s'est longuement étendu sur le "double jeu" de Michel Nihoul qui a menti lors de ces premiers interrogatoires.

Jean-Marc Connerotte a rappelé que deux témoins ont fait état d'une présence insolite d'une camionnette blanche à Bertrix le jour de l'enlèvement de Bertrix. Trois lettres de la plaque de voiture ont permis de remonter vers Marc Dutroux, condamné à 13 ans pour cinq enlèvements, séquestrations et viols commis en 1985.

Dans un premier temps, a expliqué le juge, les perquisitions menées à Marcinelle ont été négatives tandis que les trois suspects interpellés - Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre - niaient. Marc Dutroux n'a avoué l'enlèvement qu'après avoir été confronté à des éléments matériels et aux aveux de Michel Lelièvre qui a reconnu avoir enlevé Laetitia avec Dutroux, a expliqué M. Connerotte.

Pour M. Connerotte, les caches où ont été retrouvées Sabine et Laetitia, conçues de manière à ne pas être décelées, faisaient preuve d'un "professionnalisme effrayant". Il a dénoncé le "conditionnement machiavélique" de Marc Dutroux qui s'était présenté comme le protecteur des deux adolescentes par rapport à une bande. Quand Marc Dutroux leur a dit qu'elles pouvaient sortir, elles l'ont remercié et embrassé. "C'est absolument épouvantable", a dit le juge.

M. Connerotte s'est longuement étendu sur le rôle de Michel Nihoul qui avait été en contact avec Lelièvre et Dutroux début août: "Son emploi du temps n'a jamais été prouvé pendant mon instruction", a dit le juge. Il a dénoncé le "double jeu" de Michel Nihoul qui, se présentant comme informateur de la BSR de Dinant, vendait lui-même de l'Ecstasy à Lelièvre. Il a relevé les contradictions de Michel Nihoul qui, après avoir dit qu'il connaissait le passé judiciaire de Dutroux, dira qu'aucun élément ne lui permettait de le suspecter dans des afaires d'enlèvement. Pour M. Connerotte, il y a eu "échange de bons procédés" entre Nihoul, Lelièvre et Dutroux: trafic d'Ecstasy, trafic de voitures et traite des êtres humains. Il a indiqué que Nihoul avait beaucoup insisté auprès de Lelièvre et Dutroux pour qu'ils lui ramènent des Slovaques, jolies et à la fière allure, pour les placer dans des bars haut de gamme où elles se prostitueraient