Selon le PTB, "le ministre libéral ne connaît pas ses chiffres".

Faute de pouvoir faire valoir une carrière de 42 ans, périodes assimilées comprises, 75% des femmes et 25% des hommes devront travailler au-delà de 63 ans, âge plancher pour obtenir la pension anticipée. A cet âge, 60% des femmes et 10% des hommes seront également obligés de travailler jusqu'à 67 ans, n'arrivant pas à une carrière de 38 ans, selon une étude basée sur des chiffres de la KUL et extrapolée par un doctorant en droit des pensions, Kim De Witte, pour le compte du PTB.

Mais celui qui a travaillé 44 ans peut encore prendre sa pension anticipée à 60 ans. Et le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine avait indiqué samedi que moins d'un travailleur belge sur dix sera concerné par le recul de la pension légale à 67 ans en 2030. Or là aussi, a calculé Kim De Witte, "8 femmes sur 10 et 4 hommes sur 10 n'arrivent pas à une carrière de 44 ans".

Affirmer, comme l'a fait Daniel Bacquelaine samedi, que seuls 5 à maximum 10% des gens devront travailler jusqu'à 67 ans est donc "inexact", conclut le PTB selon qui "le ministre libéral ne connaît pas ses chiffres".

Le parti du travail s'interroge également sur les motivations du gouvernement à vouloir rallonger les carrières. Il observe d'une part, que le ministre Bacquelaine soutient que l'âge moyen auquel on quitte le marché du travail en Belgique est de 59 ans, et d'autre part, que la Belgique signale à Eurostat que cet âge moyen est de 61,2 ans pour les hommes, et 61,9 ans pour les femmes.

On motive la nécessité de travailler plus longtemps par l'amélioration de l'espérance de vie. Mais celle-ci est à nuancer, souligne le parti marxiste. "L'espérance de vie moyenne recouvre d'immenses inégalités: une personne diplômée de l'enseignement supérieur vit 6 à 7,5 années de plus - et même 18 à 25 ans de plus en bonne santé - qu'une personne sans diplôme", souligne Kim De Witte.

Le PTB conteste également la logique de travailler plus longtemps alors que la Belgique compte 650.000 chômeurs. "Un grand-père ou une grand-mère est obligée de travailler plus longtemps, alors que ses petits-enfants sont à la maison, sans boulot", résume le parti.

Enfin, le PTB réfute également l'argument de l'insoutenabilité du système de pension. Comme en France ou en Autriche, il atteindra moins de 15% du PIB en 2060, souligne-t-il sur base du Comité d'étude sur le vieillissement. "Si l'on instaure une taxe des millionnaires et que l'on s'attaque réellement à la grande fraude fiscale, il y a suffisamment d'argent pour payer nos pensions", conclut-il.

Chaque assureur va devoir analyser la situation 

Le relèvement par le nouveau gouvernement fédéral de l'âge de la pension, de 65 à 67 ans, va inciter chaque assureur à analyser la situation avec ses clients, a expliqué lundi le porte-parole d'Assuralia, Wauthier Robyns, à l'agence Belga. Les contrats d'assurance vie ou d'assurance groupe sont actuellement fondés sur une retraite à 65 ans. Modifier unilatéralement les données de ces contrats n'est pas possible, chaque assureur pour ses clients et chaque employeur pour son personnel disposant d'une assurance groupe va donc devoir analyser la situation et prendre une décision, précise M. Robyns.

L'âge de la retraite ayant été relevé, il y aura moins de paiements d'assurance vie, mais davantage en ce qui concerne les assurances décès, prévoit-il.

Fédérale Assurance confirme le propos de sa fédération professionnelle. "Nous examinons l'impact de l'allongement des carrières sur nos produits de pension. Nous souhaitons des clarifications rapides de la part du nouveau gouvernement", souligne Philippe Engelen, Marketing Manager Life chez Fédérale Assurance.

L'assureur estime notamment qu'un allongement à 67 ans aura "un coût certain". "La probabilité d'une incapacité de travail est plus forte au-delà de 65 ans qu'à 60, par exemple. Il nous parait dès lors nécessaire que la législation soit adaptée le plus rapidement possible, tant pour la réglementation sur les pensions légales que sur les pensions complémentaires", conclut M. Engelen.