Au lendemain de ce sombre jeudi 8 mai 2008, la Belgique s'enfonce doucement, sûrement, dans une espèce de marécage où les Flamands ont attiré les francophones. Avec quelles conséquences ? Tentative d'analyse.

La première chose qui frappe, c'est évidemment la démonstration éclatante de l'extrême faiblesse du Premier ministre, Yves Leterme, qui ne contrôle plus rien, ni son parti, ni sa majorité. Il était monté à la tribune pour plaider en faveur d'une solution négociée pour BHV. Dans les minutes qui ont suivi, le chef de groupe de son parti demandait la mise à l'ordre du jour de la proposition de loi scindant BHV. Que reste-t-il de ce Premier ministre, fort de 800 000 voix de préférence ? Le fantôme d'un Premier ministre qui a tout juste réussi à faire approuver la loi-programme et le budget 2008. A la mi-mai...

Faiblesse ou aveuglement ?

Est-ce de la faiblesse, de l'aveuglement, de l'entêtement ? On le dit toujours très sûr de lui. N'a-t-il pas confié, à certains de ses ministres, que sa méthode était la bonne, qu'en jouant les sphinx, (ne rien dire, ne rien faire...) c'est lui qui avait contraint finalement les francophones à changer d'attitude. Si les francophones ont, après un an, de patience, accepté la discussion sur une réforme de l'Etat, ce serait donc grâce à lui. Si les francophones enclenchent, ce vendredi, une procédure en conflit d'intérêt, bloquant le dossier BHV, ce serait donc parce qu'il n'a pas levé le petit doigt.

Tous ne partagent évidemment pas son analyse optimiste qui, selon certains, confine à l'aveuglement.

Car on ne peut pas faire reposer toute la stratégie de gestion d'un gouvernement sur l'immobilisme d'un Premier ministre espérant qu'épuisés par cette attitude peu responsable, les partenaires finissent par céder.

Fini le temps des leaders ?

Face à cette perte d'autorité d'un Premier ministre dans son propre parti, les membres du cartel sont plutôt résignés : "Il est fini l e temps des grands leaders, des Tindemans, Martens, Dehaene qui tenaient leur parti d'une main de fer. Voyez même dans les autres parti, au PS, même au MR, le président a perdu du pouvoir..." Pas au point, toutefois, de voir un groupe parlementaire agir contre l'avis de son président en tous les cas. Ce terrible aveu de faiblesse en dit long sur l'état du cartel, un cartel tellement mal géré et soumis à la pression constante de Bart De Wever, un cartel qui préfère affaiblir son Premier ministre plutôt que d'affronter les nationalistes flamands.

Pourquoi ? Le cartel a une obsession : celle de n'avoir jamais empêché un vote sur BHV, celle de garder la tête haute face à l'opposition flamande qui ne manque jamais de rappeler qu'il y a un an encore, lorsque le cartel était dans l'opposition, ses responsables déclaraient que la scission demandait seulement 5 minutes de courage politique...

Le Premier ministre a donc perdu en partie la confiance de son parti. De sa majorité aussi qui s'est disloquée hier comme un vieux chariot sur une route un peu trop sinueuse.

Gueule de bois

Mais pour les Flamands, le réveil risque d'être douloureux. Car si, comme cela se dessinait hier au moment de boucler, ils devaient engranger une victoire hautement symbolique, en inscrivant BHV à l'ordre du jour, elle ne servira à rien. A rien du tout. Car il n'y aura jamais de scission pure et simple de l'arrondissement de BHV, contrairement à ce que certains tentent de faire croire en Flandre. Et ce vote fétiche va entraîner des représailles francophones qui risquent finalement, de perturber l'agenda institutionnel que les Flamands croyaient acquis.

Pour autant que les francophones maintiennent le cap, ce sont les réformes du premier mais aussi du deuxième paquet qui sont désormais remises en question par les francophones une nouvelle fois "giflés" par une majorité de députés flamands. Car il y a bien, quoi qu'on en dise, rupture de confiance et de la loyauté fédérale que le Premier ministre ne parvient plus à faire respecter. D'ailleurs, Yves Leterme n'a pu que promettre, le 15 juillet prochain, une simple déclaration et non un accord sur une nouvelle réforme de l'Etat. La gueule de bois, en Flandre, sera bien réelle.

Cela dit, personne n'aura vraiment intérêt à prolonger éternellement les discussions institutionnelles. Les francophones le savent. Et les Flamands doivent comprendre que ces réformes devront être négociées et pas imposées. Si le lamentable épisode d'hier pouvait avoir cette vertu, on n'aurait pas le sentiment d'avoir totalement perdu son temps et ses illusions.