Les directions des chemins de fer et les syndicats chrétien et socialiste ont entamé une nouvelle réunion de conciliation ce mercredi à 15h00. "Il est temps de trouver une solution", a déclaré devant le siège de HR Rail Marianne Lerouge, responsable générale du secteur rail de la CSC Transcom.

"Je viens avec la volonté de construire, de trouver des solutions", a renchéri Michel Abdissi, secrétaire général de la CGSP Cheminots. "On peut parler d'augmentation de la productivité, mais pas sur le dos des travailleurs", a ajouté M. Abdissi. "Nous avons déjà augmenté la productivité de 6%, les directions aussi peuvent faire un effort."

"Les cheminots sont comme des citrons pressés, la circulaire sur les jours de crédit est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", a-t-il rappelé.

Tout en déplorant les actes de sabotage perpétrés mercredi matin sur le réseau ferroviaire en Wallonie, il s'est dit "quasiment persuadé" que ceux-ci n'étaient pas le chef des affiliés de la CGSP Cheminots: "les cheminots sont conscients de l'importance de leur outil de travail".

Marianne Lerouge, qui ne connaissait pas la teneur des actes commis, a de son côté insisté sur l'aspect "émotionnel" de la grève, ce qui peut selon elle expliquer des modes d'expression malencontreux de toutes parts.

"On ne peut jamais approuver du sabotage. Nous pendrons les mesures qui s'imposent", ont également affirmé Ludo Sempels, de l'Acod Spoor (équivalent flamand de la CGSP Cheminots) et Luc Piens, de l'ACV Transcom (équivalent flamand de la CSC Transcom).

"Le mot sabotage est exagéré. Infrabel grossit les événements pour discréditer notre mouvement", s'est toutefois irrité un permanent syndical de la CGSP Cheminots.

D'après Infrabel, six actes de sabotage ont été comptabilisés mercredi tôt matin. Des pétards d'alerte ont été posés sur les voies, ce qui enclenche automatiquement le freinage d'urgence. Des courts-circuits ont également été provoqués pour brouiller les signaux.

La grève spontanée entamée la semaine dernière par les cheminots, surtout au sud du pays, trouve son origine dans une circulaire de HR Rail, l'employeur juridique du personnel de la SNCB et d'Infrabel, visant à réduire les "jours de crédit". La mesure annoncée avec effet rétroactif dès le 1er janvier 2016 consiste à ne pas comptabiliser les jours où les cheminots ne travaillent pas (parce qu'ils sont en congé ou malades) dans le calcul des jours de crédit, sorte de jours de récupération.

Selon les syndicats, cette mesure est injuste car les jours de crédit compensent le fait que les cheminots reçoivent un salaire correspondant à un travail de 36h/semaine alors qu'ils en prestent 38 ou 40.

Mardi, Jo Cornu, l'administrateur délégué de la SNCB, a jugé dans le JT de la VRT "totalement anormal que l'on puisse gagner des jours de compensation durant ses congés ou en cas de maladie" et dit vouloir simplement corriger des "anomalies indéfendables".

Pour Luc Piens, ces propos ne participent pas à la sérénité des débats. "Ce n'est pas parce que l'on ne fait pas grève que l'on n'est pas mécontent", a-t-il également souligné alors que, selon Jo Cornu, à peine 6% du personnel fait grève en Flandre.


Bellot ouvert au fait qu'on suspende la circulaire

Les directions des chemins de fer belges ont parlé "de suspendre la circulaire litigieuse, mais toujours de manière conditionnée. On fait du surplace", a déploré Michel Abdissi, secrétaire général de la CGSP Cheminots, au sortir d'une nouvelle réunion de conciliation qui s'est terminée mercredi vers 19h00. "Nous aurions été prêts à accepter la proposition du ministre Bellot, mais on nous a répondu que la concertation sociale devait se faire autour de la table", a également expliqué Marianne Lerouge, responsable générale du secteur rail de la CSC Transcom. Le ministre de la Mobilité, François Bellot, s'est dit "ouvert au fait qu'on suspende la circulaire (sur les jours de crédit, NDLR) pour autant que simultanément les syndicats suspendent leurs actions de grève".

Dans un communiqué, HR Rail, l'employeur juridique du personnel de la SNCB et d'Infrabel, rapporte que, durant la réunion, "les directions se sont engagées à suspendre la circulaire litigieuse jusqu'à la commission paritaire nationale, sous condition que les organisations reconnues appellent leurs affiliés à mettre fin immédiatement aux actions".

Mais, selon les représentants des syndicats, les directions n'ont pas plié sur leur volonté d'augmenter la productivité des travailleurs. La mesure à l'origine de la grève spontanée qui affecte le rail depuis une semaine, à savoir la suppression d'un jour de crédit par 18 jours d'absence pour cause de maladie, sera bien à l'ordre du jour de la prochaine réunion de la commission paritaire nationale.

Cette réunion a été fixée au 15 juin, alors que vendredi dernier on parlait du 30 juin, a critiqué Michel Abdissi. "On nous demande de trouver des solutions en deux semaines, mais il nous faudrait deux mois pour faire une analyse fine de la situation", a-t-il ajouté.

Les quatre heures de réunion de ce mercredi n'ont donc débouché sur aucun accord. Aucune nouvelle réunion n'a été planifiée.

Les syndicats rencontreront leurs instances jeudi pour faire le point et prendre position. Mais la CGSP Cheminots devrait logiquement maintenir son mouvement de grève. "La question d'un appel à la grève sera discutée", indique pour sa part Mme Lerouge, alors que jusqu'ici la CSC Transcom n'appelait pas officiellement à la grève.