Lutte contre les fake news: "Il ne faut pas réagir de manière trop rapide"

Lutte contre les fake news: "Il ne faut pas réagir de manière trop rapide"
©BAUWERAERTS DIDIER

Après la plate-forme Youtube, qui a annoncé ce lundi qu’elle allait commencer à supprimer les contenus manipulés ou falsifiés en rapport avec les élections américaines, c’est désormais Twitter qui se positionne à l’encontre des contenus nocifs ou falsifiés. A l’ère des fake news et l’avènement des deepfakes, quelle est la situation actuelle en Belgique ? Quels sont les bons réflexes à adopter ? Éclairage avec Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police fédérale.

A compter du 1er mars 2020, la plateforme Twitter se réservera le droit de supprimer ou d’étiqueter les contenus falsifiés présents dans les tweets des utilisateurs. Ces contenus, principalement des montages vidéo, tels que les deepfakes, se sont multipliés sur les réseaux et sont bien souvent utilisés pour modifier ou détourner un message politique. Les dernières élections américaines ainsi que le vote pour le Brexit en avaient fait les frais et de nombreuses plaintes à cet égard avaient été introduites ces dernières années. Twitter a donc décidé d’agir.

Principe du deepfake, technique utilisant des images de synthèse, illustré sur l'ancien président américain Barack Obama.

La situation en Belgique

Bien que les deepfakes politiques soient moins fréquents en ce qui concerne les affaires politiques belges, notre pays n’est pas épargné en matière de propagation de fausses informations. "Le numérique a été extrêmement rapide dans sa création et change en permanence. Il est clair que la loi doit être adaptée. Mais ce n’est pas pour tout de suite, ça demande des analyses précises pour aboutir à certains changements législatifs", explique Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police Fédérale.

Au vu des ravages que peuvent occasionner des campagnes de fausses informations, des discussions sont actuellement en cours au Parlement pour faire évoluer les textes légaux en Belgique. Cependant, la provenance difficilement localisable des différentes fake news ne facilite pas les choses. "La grosse difficulté avec les réseaux sociaux vient du fait qu’un utilisateur Belge peut voir arriver un contenu problématique sur son profil alors que celui-ci a été créé à un tout autre endroit de la planète. Vu que ce contenu est relayé et consulté par les citoyens, il arrive indirectement sur notre territoire. C’est en ce sens que c’est beaucoup plus difficile à gérer pour les autorités vis-à-vis de l’origine de ce contenu", étaye le commissaire.

Au niveau européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a promis pour la fin 2020 un "Digital Services Act" qui aura pour but d’améliorer les règles de responsabilité et de sécurité pour les plates-formes, services et produits numériques.

Des réflexes citoyens à adopter

Pour se prémunir des fausses informations ou contenus fallacieux, il existe de nombreux outils à disposition des citoyens. "On dispose de toute une série d’outils créés par des gens qui travaillent depuis longtemps sur la recherche des fake news. Des sites comme Hoaxkiller ou Hoaxbuster par exemple, réalisent un important travail de fond et permettent aux citoyens de s’armer face aux fausses informations", détaille Olivier Bogaert.

Un site comme le Décodex mis en place par le journal français Le Monde se révèle également très utile pour vérifier les sources d’informations. Il suffit à l’utilisateur de copier-coller le lien d’un site ou d’une information pour en vérifier la fiabilité.

Au-delà des outils de contrôle des informations, il faut, comme le rappelle Olivier Bogaert, "que chaque citoyen ait le réflexe de contrôler, de vérifier, de croiser l’information. Il faut qu’il acquière des réflexes de plus en plus importants par rapport à tout ce qui lui est suggéré sur les réseaux. Il ne faut pas réagir de manière trop rapide ou partager sans réfléchir".