Les poissons d’avril sont reportés d’un mois... ou plus

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© Olivier Pirard

La crise sanitaire qui sévit actuellement dans le monde entier a même des répercussions sur une vieille tradition populaire et médiatique. Chaque année, nos journaux écrits, parlés et télévisés n’y dérogent pas. À la date du 1er avril, chacun y va de son information "poisson d’avril" et dans les cours de récréation - et les entreprises où on est un peu taquin -, on colle, dans le dos des autres, des poissons en papier. Mais cette année, cette tradition s’est retrouvée à l’ordre du jour du Conseil national de sécurité.

Juste après avoir discuté de l’éventualité de mettre en place un système de visite domiciliaire chez ceux qui ne respecteraient pas le confinement, les membres du conseil ont évoqué le fait d’interdire aux médias de publier leur "poisson", "Parce que quand même, ce n’est pas le moment. Et en plus, les gens ne pourront pas se coller des poissons dans le dos hors du cercle familial, alors c’est un peu nul. Le poisson d’avril, c’est pour tout le monde ou pour personne", aurait argumenté un ministre qui préfère rester anonyme.

Mais le communautaire qui n’est jamais loin chez nous a refait surface. Les ministres-Présidents de la Fédération Wallonie-Bruxelles et flamand ont rappelé aux autres que la presse, les médias et la culture populaire étaient des compétences communautaires et que "pouvoirs spéciaux ou non pour le gouvernement fédéral, c’était quand même à nous de décider. Non mais des fois".

La question a donc été envoyée vers le comité de concertation qui rassemble les mêmes mais dans un autre bâtiment. Rapidement un consensus est arrivé sur un premier volet. Francophones et Flamands ont décidé de maintenir cette tradition mais en la reportant un peu plus tard cette année.

On apprenait ensuite, par contre, que c’était le blocage. En effet, si chaque communauté était prête à reporter les bonnes blagues du 1er avril, aucune des deux n’était d’accord sur la date. Les Flamands ont tiré les premiers en proposant celle du 1er mai. La réponse francophone ne s’est pas fait attendre : "C’est non", a dit le ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui n’est pourtant pas socialiste mais libéral. Mais il faut savoir qu’en Belgique francophone, les libéraux fêtent aussi le 1er mai, souvent à Jodoigne mais pas toujours, "et qu’il ne faut quand même pas déconner".

Les francophones qui, pour une fois, étaient donc demandeurs de quelque chose, ont proposé le 11 juillet, plus par malice que par réelle conviction. Les Flamands se sont alors levés pour quitter la table de négociation, arguant que "Verdorie (NdlR : zut en français) , c’est une provocation francophone de faire ça le jour de la fête flamande. Notre fête n’est pas une blague, contrairement à votre 27 septembre".

La crise évitée de justesse

On les rattrapa in extremis en s’excusant mais en précisant que c’est "eux qui ont commencé avec la date du 1er mai et que non il faut quand même pas déconner, on a scindé des pays pour moins que ça". Les Flamands se sont rassis en disant qu’ils ne pensaient pas ce qu’ils ont dit sur le 27 septembre, qui est "une fête respectable". On venait d’éviter la crise.

Finalement les deux communautés sont tombées d’accord sur le fait que chacune puisse choisir sa date. Les Flamands ont décidé d’organiser "les poissons d’avril" le 1er mai. En Wallonie et à Bruxelles (mais juste les francophones) on a plutôt choisi le 2 mai qui est aussi la journée mondiale du thon. "Ça thon-be bien" a dit un ministre, hilare à la sortie de la réunion du comité de concertation qui aura duré deux jours. Quant à la communauté germanophone, si le ministre-Président est d’accord que "Ach, il est bon de rire", il a décidé de maintenir la date du 1er avril 2020 et a quitté la réunion avant qu’elle ne commence.