Rétablir des visites en maison de repos où le coronavirus fait toujours des ravages? "Prématuré", "imprudent", "en décalage avec la réalité du terrain"

Le Conseil national de sécurité (CNS) a donc décidé mercredi de permettre aux maisons de repos (et de soins) d’autoriser les visites pour leurs résidents “mais d’une seule personne, toujours la même, qui ne présente aucun symptôme de la maladie depuis 2 semaines”.

Rétablir des visites en maison de repos où le coronavirus fait toujours des ravages? "Prématuré", "imprudent", "en décalage avec la réalité du terrain"
©Bauweraerts
Annick Hovine (avec Belga)

Le Conseil national de sécurité (CNS) a donc décidé mercredi de permettre aux maisons de repos (et de soins) d’autoriser les visites pour leurs résidents “mais d’une seule personne, toujours la même, qui ne présente aucun symptôme de la maladie depuis 2 semaines”.

Dans le secteur, on partageait mercredi soir le souci d’assurer le bien-être psychologique des résidents et de limiter leur isolement social. Une réflexion avait d’ailleurs été entamée en vue de prévenir le syndrome de glissement des résidents pour permettre, de façon prudente et raisonnable, des contacts avec les proches, sans mettre à mal les mesures de précaution, en particulier dans les maisons de repos qui ne sont pas touchées par le Covid-19.

De nombreux problèmes pratiques

La décision du CNS n’a fait l’objet d’aucune concertation avec le secteur des maisons repos, nous revient-il. Elle pose pourtant de nombreux problèmes pratiques. Qui va attester que la personne visiteuse n’est pas atteinte par le Covid-19? Qui va faire l'arbitrage, et comment, en cas de mésentente, si plusieurs proches veulent visiter un résident? Le visiteur devra-t-il porter un masque, des gants, une blouse? Et qui les fournira, sachant que dans les MR/MRS, le matériel manque encore?

Il reste aussi des incertitudes sur la date d’entrée en vigueur de ces visites à nouveau autorisées.

En attente d'instructions

Le secteur attend donc des instructions des autorités de tutelle – les Régions wallonne et bruxelloise, en l’occurrence– avant de mettre en oeuvre la nouvelle décision du Conseil national de Sécurité.

Dans l’intervalle, les directions de résidences expriment déjà de nombreuses craintes. Parce que jusqu’ici, les résidences pour seniors ont dû naviguer à vue, sans possibilité de tester ni leur personnel, ni leurs résidents. Ce devrait être fait endéans les trois semaines - et encore, pas partout. “Nous ne serons dépistés que vers le 5 mai et maintenant ils nous mettent la tête sous l’eau”, s’affole un gestionnaire.

Il y a un véritable décalage entre cet assouplissement en matière des visites des familles et la réalité de terrain aujourd’hui, confirme un autre responsable: “Alors que tous les jours, il faut continuer à se battre pour trouver du matériel, que les tests de dépistage arrivent seulement dans les maisons de repos et que les résultats pourraient amener à redistribuer les équipes, voire à les réduire, cette mesure d’accès pour les familles va clairement demander des têtes et des bras en plus pour être bien gérée et contrôlée, et pour maintenir un haut niveau de protection des résidents et du personnel”.

Un autre responsable se dit “sans voix devant tant d’imprudence, d’incohérence et une telle prise de risque”.

La mesure annoncée suscite déjà aussi beaucoup d’émoi au sein des membres du personnel des maisons de repos qui expriment des craintes quant à leur propre santé. “L’absentéisme risque de faire un nouveau bond”, s’alarme le responsable d’une résidence wallonne.

Une possibilité pas une obligation

Les visites dans les maisons de repos sont une possibilité pas une obligation, a souligné la Première ministre Sophie Wilmès mercredi soir lors du journal parlé de la chaine VTM, commentant les décisions annoncées précédemment lors du conseil de sécurité. Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA), présent aussi dans le studio, a reconnu que la décision de reprise des visites, une personne à la fois par résident, avait été prise sans concertation avec le secteur.

Cette concertation sur la façon dont les choses doivent se dérouler devra avoir lieu dans les prochains jours ou semaines, selon l'ancien ministre fédéral. "Ce n'est pas le but de laisser entrer des personnes infectées dans les maisons de repos", a-t-il pointé, précisant que la mesure concerne des personnes isolées depuis quatre semaines.

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