Le coronavirus, fabrique à huis clos

Le coronavirus, fabrique à huis clos
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A-t-on jamais entendu aussi souvent parler de huis clos que depuis le début de la crise du coronavirus. Le mot désigne évidemment l’état d’enfermement dans lequel l’épidémie tient tous ceux qui sont confinés et surtout les plus fragiles d’entre nous, condamnés à vivre loin de leurs proches et parfois d’eux-mêmes.

Il est également brandi à tout bout de champ par les organisateurs de spectacles sportifs. Comme il est impossible de faire respecter la moindre distanciation sociale dans les tribunes d’un stade de football, autour d’un court de tennis, au bord d’un circuit automobile ou d’un terrain de basketball, ils pensent à mettre sur pied des matches ou des Grand Prix sans le moindre spectateur.

Sanction puis mesure sanitaire

Ce n’est pas une première mais jusqu’à présent, ces joutes, dont on pouvait croire qu’elles se tenaient au fond de catacombes, tant y manquait l’ambiance qui sied à une compétition sportive, étaient privées de spectateurs car l’une des équipes ou l’un des acteurs qui y participaient avaient été punis, pour mauvaise conduite, d’une sanction de ce type.

Désormais, le huis clos s’est mué en mesure sanitaire. Vous pouvez prester mais sans public, non que l’on veuille vous en priver mais parce que le mélange d’êtres humains venus applaudir au spectacle proposé pourrait faire galoper à nouveau un virus qu’on s’est échiné pendant des semaines à ranger dans sa boîte maléfique.

Une histoire de porte

Mais, au fait, d’où vient le terme huis clos et à quoi correspond-il ? Nos modestes recherches nous ont conduit sur la trace du mot “us” venant du bas-latin “ustium” et utilisé, à partir de 1050, pour désigner une porte, avant de devenir un “huis”, terme qui fit lui-même place au mot “porte” à compter du XVIIe siècle.

L’expression “à huis clos” est, elle, apparue au milieu du XVIe siècle. Elle voulait dire “à portes fermées”, “clos” étant tiré du verbe “clore” dont tout le monde connaît la signification.

Par extension, elle signifie aussi “sans publicité”, soit sans aucune personne extérieure au groupe réuni en un lieu pour assister à ce qui se dit.

Les juristes connaissent bien la locution. Lorsque la protection d’une partie au procès exige une discrétion particulière, le huis clos est décrété par le tribunal et il arrive qu’il s’impose d’office. Ainsi, lorsqu’un des protagonistes est un mineur, le huis clos s’invite souvent dans les débats, afin que la publicité de ces derniers ne rejaillisse pas négativement sur le jeune garçon ou la jeune fille concernés. Le huis clos est aussi actionné pour empêcher d’éventuels désordres de nature à nuire à la sérénité des débats et au bon fonctionnement de la justice.

Sartre et les autres

Pour rester dans le milieu judiciaire, on rappellera que l’huissier était chargé de garder les portes de la salle d’audience.

Comment, enfin, évoquer le mot huis clos sans penser au titre de l’une des pièces de théâtre les plus célèbres de Jean-Paul Sartre, dont la trame se déroule dans un salon empire oppressant qui fait songer à l’enfer et où se meuvent des personnages prisonniers les uns des autres et avant tout d’eux-mêmes et prêts à se servir de bourreaux mutuels dans un infernal et éternel...huis clos ?

Puisse celui que nous impose le coronavirus ne jamais tourner à pareil cauchemar mais au contraire nous aider à conquérir d’autres horizons.

Et puisse aucune porte ne se fermer jamais sur le souvenir de ce que nous sommes en train de vivre car nous, citoyens et dirigeants du monde, aurons besoin de garder une mémoire vive des épreuves traversées pour faire en sorte de ne plus répéter nos erreurs, nos errements et nos abus passés.

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